CASTELLION SERA-T-IL PASTEUR
indéniable dans les Registres ecclésiastiques.
Aussi bien, au cours de cette même séance, le Conseil prit une résolution qui était pour Castellion le plus précieux témoignage de satisfaction et de gratitude qu’il pouvait espérer. Voici les termes du procès-verbal :
«Pour ce que Maître Sébastien est savant homme et est «fort propre pour servir en l’Eglise, il est ordonné qu’il lui soit «pourvu en l’Eglise»1.
Le Conseil donc ne veut pas se priver des services de Castellion, et, considérant qu’il a toutes les qualités pour être ministre de l’Evangile, décide de lui confier «une chaire de pasteur.»2 C’était l’ardent désir de Castellion. Depuis sa nomination aux écoles, il prêchait à Vandoe livres et c’est dans l’exercice de ce ministère qu’il trouvait encore quelque encouragement à poursuivre sa tâche aux écoles, dans les conditions où il l’exerçait. Il avait, d’ailleurs, du ministère une idée si élevée qu’il considérait sa nouvelle mission comme la plus haute qu’on pût lui confier. Profondément pénétré de l’esprit de l’Evangile, sur lequel il avait si longtemps médité, initié à tous les points de vue de la science philosophique et religieuse de son époque, animé d’un zèle qui allait
1 Séance du 17 Décembre 1543.
a Buisson, page 194.
CASTELLION À GENÈVE
jusqu’au renoncement et au sacrifice absolu de soi-même, il se sentait vraiment appelé par Dieu à l’œuvre évangélique. Il était donc facile de comprendre avec quelle joie il avait accueilli cette mesure qui réalisait son plus grand espoir et donnait enfin à sa vie l’orientation qu’il était venu chercher dans la Réforme.
Le 14 Janvier, c’est-à-dire un mois après la décision du Conseil, Calvin fait remarquer que : «Le dit Maître Bastian est bien savant homme «mais qu’il a quelque opinion dont n’est capable «pour le ministère, et, en outre, se lamente de son «gage de l’école. Et sur ce, ordonné de lui dire «qu’il se ait à contenter des 450 florins pour année «de son gage. Et que remontrances lui soient «faites de mieux veiller sur ses écoliers. Et ce que «sera nécessaire de faire à l’école soit fait».
C’est une exécution. Calvin ne pouvait-il pas pas supporter l’idée que le Conseil avait offert à Castellion d’entrer dans le ministère pastoral ? Voulait-il, par ce reproche, anéantir la marque de confiance qu’on lui avait donnée % Avait-il l’intention d’atteindre lé jeune professeur dans son orgueil et de le blesser au point de l’obliger à partir immédiatement % Il savait bien que Castellion était démissionnaire, qu’il ne restait que pour rendre service au Conseil et que s’il demandait qu’on accrût le budget du Collège,
il ne devait pas en profiter longtemps. Calvin n’ignorait pas que le traitement de Castellion n’était pas suffisant pour qu’il pût faire face, en ce temps de famine, à son entretien et à celui de ses deux bacheliers. Or, au cours de cette même séance, où l’on repoussait la demande de Castellion, on accordait aux ministres qui se plaignaient «de la cherté du temps» une indemnité collective qui leur permettait de vivre. Castellion, lui, n’a pas le droit de souffrir de la cherté du temps, «il doit avoir à se contenter des 450 florins de ses gages» et des remontrances doivent lui être faites afin qu’il veille mieux sur ses écoliers. Et si Castellion n’a pas assez d’argent, il doit s’arranger ! En vérité, n’était-ce pas lui rendre la tâche impossible ? Calvin eût-il agi autrement si, comme l’en accusait le syndic Koset, il avait résolu de le faire partir ?
CASTELLION Castellion apprend le résultat de sa démarche :
donne sa y la communique à ses deux bacheliers faméliques régent qui souffraient avec lui de la disette générale, mais il n’implore plus. Son attitude vis-à-vis du Conseil reste une attitude de dignité et de déférence. Il s’excuse de la nécessité dans laquelle il est d’abandonner son œuvre, mais, quel que soit le sentiment du Conseil, il ne peut se contenter d’un traitement insuffisant. Il ne quittera pas brusquement les écoles, il y restera jusqu’à ce qu’elles
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soient pourvues d’un Directeur mais il importe qu’on prenne des mesures pour le trouver rapidement. Quant à ce que Calvin lui reproche au sujet de ses convictions religieuses, il est prêt à en répondre afin qu’il ne demeure pas sous le coup de cette suspicion.
On ne saurait être plus digne. Le Consistoire, peu désireux d’entrer dans une discussion théologique et de prendre parti, décide que Castellion et Calvin «aient à en faire dispute entre eux secrè- «tement sans publier telle chose». Tl s’agissait d’un livre biblique «le Cantique des cantiques» et d’un dogme du Credo attribué aux Apôtres : «la descente aux Enfers». Calvin note lui-même les détails de cette discussion dans une sorte de certificat qu’il écrivit, plus tard, à la demande de Castellion. Ce document a trop d’importance pour que nous n’en citions pas ici les passages essentiels :
«Sébastien Castellion qui a dirigé jusqu’à ce jour notre Collège, a demandé son congé et l’a obtenu du Conseil. 1 II avait en effet accepté cette fonction à la condition expresse qu’il lui serait loisible de la résilier, si, après ud laps de temps, il la trouvait trop peu avantageuse et trop lourde. Maintenant, ayant le dessein de se transporter ailleurs, il nous a demandé une attestation
1 Ce document n’est pas à sa place ici. Il est écrit, plus tard, au moment où Castellion quitte définitivement Genève. Nous ne le citons que pour illustrer les motifs que Calvin avait de s’opposer à ce que Castellion devînt pasteur.