LA VALEUR DÉMENTI CALVIN
C’est de Trie qui donne l’adresse de l’imprimeur, mais il s’abstient de dire de qui il la tient : «Je ne vous mande pas les indices par lesquels nous avons
entendu que c’est . . Arnollet mais nous
avons toute certitude sur ce point.»
du Le «gros volume» (Restitution chrétienne) et les ,E autres écrits de l’auteur qui constituent la plus indéniable preuve, sous laquelle l’Inquisition doit accabler Servet, « c’est de Monsieur Calvin » que de Trie les a obtenus. Cependant, il faut noter que si Monsieur Calvin «désire que de tels blasphèmes exécrables» soient «réprimés, il a fait quelques difficultés : «Mais, écrit naïvement de Trie, j’ai tant importuné Monsieur Calvin, lui exposant les reproches de légèreté qui m’en pourraient advenir s’il ne m aidait, qu’à la fin il s'est accordé à me bailler ce que vous verrez ». 1
Voilà un aveu devant lequel le démenti de Calvin s’écroule. C’est donc pour éviter à de Trie le reproche de légéreté que le Réformateur lui a confié des lettres personnelles et un manuscrit qui doivent faire condamner un homme à mort. Est-il possible d admettre que Calvin ait cédé, pour d’aussi puériles considérations ? 2
’ Lettre de Trye, Opéra Calveni, Page 342.
La défense qu’essaie Mr Doumergue dans son livre «Calomnies anti protestantes , » page 87, semble s’arrêter à cette solution. «Calvin, éerit-il, se trouvait dans cette situation : ou bien laisser accuser de mensonge son ami de Trie, ou bien prouver que Servet, quoiqu’il en dise, était bien Ser.
X’est-ce pas plutôt qu’ayant suggéré à de Trie la dénonciation, il est moralement obligé de l’appuyer suiT des preuves % Se fait-on pourvoyeur de bourreau pour éviter à un ami le reproche de légèreté ?
«Au reste, continue innocemment de Trie, j’espère bien quand le cas se dénouerait à bon escient, par delà, avec le temps, recouvrer de lui (Monsieur Calvin) une rame de papier ou environ qui est ce que le galant a fait imprimer. Mais il me semble qu’à cette heure, vous êtes garni d’assez bons gages. » 1
A Vienne, en effet, on était garni d'assez bons gages et de Trie n’eut pas à obtenir, de la complaisance de Calvin, les autres manuscrits du livre que «le galant» avait fait imprimer.
Les gages reçus constituaient des preuves accablantes.
Maintenant qu’on relise le démenti de Calvin : «Il n’est jà besoin d’insister plus longuement à rembarrer une calomnie si frivole, laquelle tombe bas quand j’aurai dit en un mot qu'il n'en est rien. 2»
vbt. Il se décida pour la seconde alternative, non sans grand peine. » Cette grande peine est peut être une circonstance aggravante, car elle montre que Calvin savait ce qu’il faisait. Il consentait à prouver ce que le tribunal devienne voulait établir pour condamner Sebvet- Or, c’est là précisément le crime. S’il l’a accompli pour éviter à son ami de Trie le reproche de légèreté, Calvin avait de l’amitié une notion bien redoutable.
1 Opp. Calv. VIII : 342.
2 Déclaration pour maintenir la vraie foi (page 54). Voici un autre extrait de sa défense : «Si cela m’était vraiment objecté que j’eusse manifesté pour
LA RÉFORME CALVINISTE À L’ ŒTJVRE
LA SENTENCE Hélas, l’argument d’autorité qui lui était si fa