ARRESTATION
dans les geôles du Calvinisme ; mais la prison de Vienne était tenue, au dire de Servet lui-même, comme si l’on eût voulu qu’il s’en échappât. Celle de Genève ne devait pas lâcher sa proie. On déclara d’abord que cette arrestation était étrangère au Réformateur génevois, mais la rumeur publique
1 Calvin par Mr. DouMERGUE-Tome III, page 215.
LA RÉFORME CALVINISTE À L’ ŒUVRE
ne se contentait pas des vagues indications dont on essayait de la repaître. Elle précisa son accusation et Calvin dut avouer, sans bonne grâce, qu’il avait ordonné l’arrestation de Servet : «Je ne dissimule point, écrivait-il, que çà a été à mon aveu que Servet a été appréhendé, en cette ville, pour rendre compte de ses maléfices. Que les malveillants et les médisants jargonnent contre moi tout ce qu’ils voudront. .» Servet donc, sur l’ordre de Calvin, était « appréhendé à Genève pour rendre compte de ses maléfices. »
On comprendra ce que pouvait signifier pour le Réformateur cette décision, si on rapproche de cette arrestation ce que Calvin, six mois auparavant, écrivait à Farel : «Si Servet vient à Genève, je ne souffrirai pas, pour peu que j’aie du crédit dans cette cité, qu’il en sorte vivant.» Calvin n’était pas sans crédit. La mort de Servet était-elle certaine % Servet semble le pressentir, quand il lui demande s’il ne sait pas bien « que ce n’est point l’état d’un ministre de l’Evangile d’être accusateur criminel ni de poursuivre judiciairement un homme à mort. . »
Y avait-il vraiment préméditation et volonté arrêtée de faire mourir l’hérétique ? Les partisans de Calvin s’en défendent avec horreur. Calvin lui-même s’élève contre une semblable accusation. Jusqu’à la fin, il affirme son désintéressement absolu, dans la question que pose le cas Servet. Il va même jus-
SÉBASTIEN CASTELIION
qu’à dire qu’il n’a «jamais poursuivi contre lui aucune injure particulière». 1 Comment pourrait-on le soupçonner d’avoir poursuivi un homme à mort, en invoquant des griefs personnels ? Tout ce qu’il a fait est uniquement pour sauver «l’honneur de Dieu. » Les injures personnelles de Servet ne l’ont jamais préoccupé, le moins du monde. Dieu seul occupe sa pensée. Or, voici quelques-unes des accusations dressées par Calvin lui-même et par son secrétaire qu’il avait fait porter, comme partie civile pour accuser Servet. 2
«Réquisitoire du lé août : Item qu’en la personne de Monsieur Calvin, ministre de la parole de Dieu en cette Eglise de Genève, Servet a diffamé, par livres imprimés, la doctrine qui s’y prêche, prononçant toutes les injures et blasphèmes qu’il est possible d’inventer.
Réquisitoire du 15 août : prononcé contre Michel Servet pour les méchantes calomnies et fausses diffamations qu’il a publiées contre les vrais serviteurs de Dieu et notamment contre Mr Calvin duquel le dit proposant, Nicolas de la Fontaine est tenu de maintenir F honneur comme son pasteur, s’il veut être tenu pour chrétien. » 3
Le dessein du dit proposant était louable mais périlleux. Il pouvait certes, pour rester chrétien aux yeux de Calvin, maintenir Vhonnenr de son pasteur ;
1 Calvin. Déclaration pour maintenir la vraie foi. Page 96. a L’accusateur, au XVlème siècle, devait être mis en prison pour produire ses o-riefs. Calvin chargea de cet emploi son Secrétaire, Nicolas de la Fontaine.
8 Pièces du procès Seevet.