‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 96 sur 155 · LE CERTIFICAT DE CALVIN · texte numérisé non relu

LE CERTIFICAT DE CALVIN

LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT

la un procédé douteux. Mais j’ai hâte de répondre aux accusations précises que tu portes contre moi et, prêt à avouer avec une absolue sincérité, celles qui sont fondées, je tiens à m’élever formellement et nettement contre celles qui sont fausses. de l’oegtjeil premier lieu et en ce qui concerne cet orgueil dont tu par¬

les avec passion, je reconnais que je me suis montré, non pas certes, aussi superbe que tu me supposes dans ton libelle de haine, mais je confesse que j’ai manqué d’humilité et je le regrette, et j’en rougis de honte. Lorsque j’étudiais les lettres et les langues anciennes, j avoue que je dépassais un peu les bornes, dans mes enthousiasmes juvéniles : je donnais à mes études classiques une place plus grande qu’à la culture de mon âme. Et afin que tu puisses te convaincre que je ne veux pas excuser mes péchés je tiens à confesser devant toi et devant tous ceux qui me liront, malgré toute la confusion que j’en éprouve, un fait que tu ignores sûrement sans quoi, dans le zèle pieux que tu mets à me flétrir, tu te serais hâté de le dévoiler toimême. Mais je déteste franchement mon attitude et je voudrais qu elle fût détestee par tout le monde. 1

Et ici Castellion raconte cet épisode que nous avons relevé, lors de son séjour à Lyon : 2 cédant aux suggestions de ses amis et à la coutume un peu fanfaronne des jeunes humanistes qu’enthousiasmait la Eenaissance, il avait substitué au nom trop prosaïque de son père, le nom plus poétique de Castalion, comme s’ü eût été un füs de la nymphe Castalie, déesse des Muses. Castellion peut amèrement se frapper la poitrine pour ce péché d’orgueil, qui lui paraît être une petite trahison de l’humilité de

1 S. Cast. Defensio 356.

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ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

ses origines, mais nous n’arrivons pas à le détester comme lui, surtout si nous plaçons ce fait minuscule à côté de F incommensurable orgueil spirituel de celui qui osait l’accuser d’orgueil. Cet aveu même est une preuve manifeste de l’infinie humilité du grand initiateur de Bâle pour qui l’adoption d’un pseudonyme ronflant était la source de si grands regrets. Celui qui le dénonçait avec tant de véhémence a-t-il jamais exprimé le moindre regret d’avoir adopté des pseudonymes non moins ronflants qui lui donnaient un faux air de noblesse ? 1 Mais Castellion dont l’âme est affinée par la douleur, la méditation et la prière, s’émeut des moindres manquements aux ordres du Maître, doux et humble de cœur.

Il en est de même, ajoute-t-il, en ce qui concerne les farces des plaisande jeunesse et les insipides plaisanteries auxquelles tu fais teries allusion. Ici encore je reconnais que j’ai péché : j’ai péché contre le réglement de l’apôtre qui interdit même les innocentes facéties, et je prie Dieu pour qu’il me pardonne et que ce pardon que je sens habiter en moi s’achève par son fils, Jésus Christ, notre Sauveur. Ce.s deux péchés, je les confesse et je prendrai soin que tes reproches me soient un profit moral 2.

Peut-on plus simplement et plus humblement confesser ses torts % Ces pénibles aveux, faits publiquement à un adversaire tel que Calvin, peuvent paraître un peu puérils. Ils ne l’étaient pas à

1 Calvin signait, par exemple, certaines lettres Charles d’Espéville.

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