‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 95 sur 155 · PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS

CALVINISTÉS

1 S. Cast. Defensio page 352.

LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT

à son adversaire «les tartines» qu’il a mangées dans sa maison :

aComme je n' éprouve aucune joie à calomnier, écris-tu, je tiendrai sécrétés tes infamies : cependant qu'il me soit permis d'attester brièvement devant Dieu, que je t'ai nourri dans ma maison et que je n'ai jamais vu d’être plus orgueilleux, plus perfide et plus dénué d'humanité. Ceux qui ne te connaissent pas comme un imposteur, un cynique adonné à l'impudence, un bouffon qui fait profession d'aboyer contre toute piété, te jugent avec injustice. . . etc. » 1

Castellion relève toutes les accusations de Calvin, et les résume en notes brèves :

accusations de «Tu m’accuses, en substance, d’orgueil, de perfidie, d’inhumanité, d ingratitude, de tromperie, d’impudence, de scurrilité, de blasphème et enfin d’impiété. Il n’entrait pas dans ma pensée de repondre à ce flot d’injures. J’y voyais une manifestation de ton état d’âme et une intempérance caractéristique. Mais la gravité de tes accusations m’oblige à te réponæguments de dre brièvement sur chacune d’elles. En premier lieu, pour aborder le problème général, dis-moi, quand donc m’as-tu connu tel que tu me dépeins ? Est-ce lorsque «tu m’entretenais» chez toi ou longtemps après ? Si tu me connaissais déjà, je te le demande, comment as-tu pu me confier, dans la suite, la direction de ton Collège ? Et pourquoi as-tu insisté, toi et deux de tes éminents amis, pour vaincre ma résistance ? Comment as-tu pu placer à la tête d’une institution où l’on doit faire l’éducation des jeunes, un homme que tu connaissais comme un scélérat, et cela dans cette ville que tu appelles toi-même, dans tes livres, la ville sainte ?

De plus, je te le demande, pourquoi, après une période d’ac- 1 Brevis responsio. . . . par J. Calvin, p. 114.

ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES

tivité de trois ans, m’as-tu domié un témoignage écrit et signé de ta main, véritable certificat de vie irréprochable ? Car ce témoignage, je l’ai cherché pour la circonstance et je l’ai encore dans ma maison. Je n’y attachais, hier encore, aucune importance, mon innocence me suffisait. Mais après l’apparition de ton pamphlet, j’ai été très aise de le retrouver. Je l’ai montré à beaucoup de personnes et à certains personnages éminents. Ai- je besoin de te rappeler que dans ce certificat tu déclares que nous différons seulement sur deux points de doctrine (le Cantique des Cantiques et la descente aux enfers) ? 1

Et Castellion cite ici deux extraits de la pièce que nous avons déjà citée, au moment où il quittait Genève 2.

Voilà ce que solennellement tu déclarais à cette époque. J’ai chez moi l’original de cette pièce. En vérité, si déjà à ce moment tu me connaissais tel que tu me dépeins, tu avoueras qu’il est difficile d’accorder à ton témoignage la moindre valeur. Mais si tu ne me connaissais pas, alors que cependant tu m’avais reçu dans ta maison et que tu m’avais confié la direction de ton Collège pendant 3 ans (je me sers de tes paroles) tu donnes toi-même la mesure de ta perspicacité, puisque tu n’avais pas vu encore que j’étais un imposteur, un être adonné à l’impudence cynique, un bouffon qui fait profession d’aboyer contre toute piété. Quand on a si peu de jugement, on a la pudeur de se taire.

Je n’insiste pas sur ce fait que, s’il en est ainsi, s’il est vrai que tu ne me comiaissais pas encore, il est de toute évidence que tes paroles sont mensongères ; car tu écris de telle sorte que tous tes lecteurs seront assurés que tu m’as connu tel que tu me dénonces, alors que j’habitais ta maison .... et c’est

1 S. Cast. Defensio page 354.

2 Voir pages 65 et 86.

Page 1