MAIRE! DR LA
Or a abondamment glorifié Calvin* Spectacle ad- déformation a mirable, tous les partis étaient représentés, tontes 01î;’ÈTE les tendances, toutes les doctrines fraternisaient.
La voix des libres croyants et des libres penseurs se mêlait à la voix des orthodoxes et même des catholiques. Les unitaires donnaient la réplique aux trinitaires. Les Calvinistes chantaient les louanges de leur chef, tandis qu’en face on exaltait Castel lion. Tous, dis-je, étaient présents à cette fête réformée, tous. . sauf, Calvin et Théodore de Bèze. L’esprit de Castellion était là, vivant dans le cœur de chacun ; la pensée de Curione était là; les principes de Socin et de Coornhert étaient là; mais l’esprit et la pensée et les principes de Calvin et de Théo-
Eü AllBiBiûgne : les cas Iatho et Traub : destitués pour ïiéréde.
TÆ TRIOMPHE DE CASTELLlOtf
dore de Bèze étaient absents, Si à un moment quelconque, soit dans les discours officiels, soit dans le service solennel de 8t Pierre, le vrai Calvin, le redoutable dictateur de Genève, avait pris la parole pour professer ses terribles doctrines, c’est par des clameurs indignées que sa voix eût été couverte !
Vous souvient-il de cette dédicace qu’un des amis de Castellion écrivait sur l’exemplaire du Traité des hérétiques qu’il envoyait à d’Àmerbach : le moucheron contre V éléphant ?
Le moucheron le minuscule moucheron triomphait* Et l’éléphant domestiqué, dressé, désarmé, privé de ses redoutables défenses, émasculé, amolli, les yeux ternes, la démarche incertaine, sans prestige et sans vigueur, se cachait, tout honteux sous les draperies chatoyantes dont on essayait de couvrir ses difformités et ses tares*
J’assistais à cette belle parade et le « triomphateur » me fit l’effet de la plus attristante victime ! Et je me sentis saisi, à son égard, d’une incommensurable pitié* Je me demandais s’il avait mérité cette déchéance, et si ses disciples, en l’affublant ainsi de théories qui étaient la négation de ses plus chères doctrines, n’infligeaient pas à son esprit un supplice plusf grand que celui de Michel Servet!
Les Calvinistes de Hollande sont plus dignes* Ils ne veulent pas souscrire à ces atténuations. Ils ne veulent pas tolérer sans protestation la tolérance re-
LA EÉEOHME DE LA RÉFORME
ligieuse. Ils ne se sentaient plus à leur place, dans une église dont l'esprit latitudinaire est la négation de leur exclusivisme. Leur liberté était opprimée* puisqu'ils n'avaient plus le droit d'opprimer les antres* et ils sont crânement sortis des églises réformées. Leur chef* Abraham Kuyper, les mène* comme un chef incontesté mènerait une cohorte de mercenaires. Et, drapés dans leur belle intolérance, tels des fossiles que la lumière aveugle et que le mouvement pourrait désagréger, ils se sont enfermés, cadenassés à triple tour, dans la cellule de leurs dogmes, d'où leur âme, confite en dévotion, regarde avec une pitié dédaigneuse ces «païens » qui cherchent encore* Détenteurs et propriétaires du Vrai éternel, ils attendent l'heure propice pour l'imposer aux infidèles. Voilà le seul Calvinisme qui, à l'heure actuelle, peut se croire digne de Calvin, Et encore n'est-ce là qu'un Calvinisme honteux \ car si outrancier que soit M. Kuyper, il n'oserait jamais se faire l'écho de l'intégrale doctrine du chef dont il se réclame : on s'en détournerait avec horreur l
\ bir lu belle étude de Mr. C, B. Hylke.via : Qud- en jSieuw Calvinisme. Een vcrgeljjkcnrïe geschiedkimdige étudié.
LE PEOGBÈS RELIGIEUX
Si variée, si féconde, si originale, si hardie que nous paraisse la pensée de Casteîlion, il serait téméraire de croire qu’une étude comme celle-ci en épuise la richesse. Aussi bien, à côté des livres publiés, il reste de nombreuses feuilles manuscrites. La prudence des Oasteïlionistes les tenait en réserve pour des « jours meilleurs. ^ Ces jours semblent venus, Malgré qu’un certain nombre de pages n’aient plus, pour les libres croyants de notre époque, qu’une valeur rétrospective, la pensée tout entière de Casteîlion fait partie du patrimoine réformé et il y aurait plus que de l’ingratitude à la laisser plus longtemps dans l’ombre. Elle va reprendre vie \ C’est pour cela que nous notons ici, d'un trait rapide, un livre sur lequel il conviendrait d’insister
1 Le sixième Congrès, iutorîiatiQnal du progrès religieux (chrétiens progressistes et libres croyants) tenu, à Paris, en Juillet 1013. porto, sur son programme d’action, un, projet de commémoration du quatrième centenaire de Caêtellioiï. Le Comité d'initiative se propose* à cette occasion, de rééditer tout ou partie des œuvres du Réformateur libéral, en vue de la vulgarisation de sa penBéc,
LE PROGRÈS RELIGIEUX
longuement, si nous n’avions l’espoir de le voir bientôt édité et si son étude ne dépassait un peu le cadre que nous nous sommes imposé. Il s’agit d'un manuscrit intitulé : De arts dubüandi. . \ (De Fart de douter et de croire , d'ignorer et de savoir }*
Le titre seul suffit à donner une idée de F œuvre entière. Il est bien digne de la hardiesse de ce libre croyant qui, en plein XYIèmc siècle, avait osé proclamer la légitimité et même la nécessité du doute. C’est plus qu’un discours de la méthode : c’est Fexposé systématique de la pensée d’un libre penseur religieux, qui ne redoute aucune investigation scientifique et qui pose le doute méthodique à la base même de toutes ses spéculations.
Nous ne saurions entrer ici dans l’exposé d’un manuscrit, dont Fétude exigerait presque un second volume Il me paraît cependant nécessaire de signaler les grandes questions que pose Casteliion, et qu’il aborde avec une indépendance d’esprit, avec une sûreté d’intuition, avec une science et une maîtrise, auxquelles les synthèses religieuses ne nous ont point accoutumés. Il faut en arriver à F Essence du Christianisme de Harnach ou à FEsquisse d’une philosophie de la Religion de A. Sabatier, pour trouver une oeuvre qui, toutes proportions gardées, se
1 De arte dubitandi et eonfitendi, ignoraudi et soîendi Bibliothèque dea Remonetrants de Rotterdam. Manuscrit autographe ; No. 605.
s Si le Comité d'initiative du Congrès ne Péditiüt pas, je me propose d*en publier une traduction française annotée.
SÉBASTIEN CASTEIXION