CONNAISSANCE
La blessure devait être mortelle : elle saigne encore an flanc du Calvinisme, qui en meurt.
LA Avant d’entrer dans la discussion des grands ^ blêmes religieux, Oastellion estime qu’il faut arrêter une rigoureuse méthode et, comme s’il était déjà formé à nos modernes disciplines, il s’ingénie à esquisser une originale et audacieux théorie de la connaissance . Il établit que Jésus ne jugeait pas autrement que ses contemporains, il démontre, par des exemples évangéliques, que sa pensée obéissait aux mêmes règles et, après avoir fait nue large place aux facultés d’intuition morale, il en vient à un aréloge de la raison , « fille de Dieu p :
raison, écrit-il, pas plus que Dieu lui -même ne peut abolie. Elle fait partie intégrante du Verbe étemel Antérieure à F Ecriture et aux cérémonies, sa révélation plus sûre. C’est par elle que Dieu a instruit l’ humanité, dans le passé.... et c’est par elle qu’il la conduira dans avenir, vers 2a souveraine connaissance . * . . C’est la raison qui a permis à Jésus de faire la critique de ces livres et de rites que ses contemporains plaçaient au-dessus de la raison .... C’est par la raison, qu’il a établi que le sabbat est fait pour F homme et non l’homme pour le sabbat. C’est par la raison qu’il a vaincu la lettre de la Loi. Par la raison,
1 Feuille 89. Le manuscrit autographe de Gasteluon commence à la page soins de son fila Nathanaël, Il est précédé de iées, «Tai reproduit une ligne de ce manuscrit
LE PROGRÈS RELIGIEUX
qu’il en est venu à dire à ïa Samaritaine : « On adorera en Esprit et en vérité. >> Car cela, on ne le trouve dans aucun passage de l’Ecriture sainte : c’est la raison seule qui lui a permis de T affirmer. » 1
L1 autorité des écrits bibliques on des dogmes leur vient moins de leur origine que des éléments de vérité qu'ils contiennent. Si, dans le domaine religieux et moral, l'expérience on l'intuition morale occupent une place prépondérante, c'est à la raison qu'il faut avoir recours dans les questions que soulèvent la critique du texte, rhistoricité des livres ou l'exégèse biblique. Le Christianisme n'est vrai que dans la mesure où s'impose l'excellence de la vie morale qu'il produit dans Pâme de ceux qui le professent. Mais le «pragmatismes religieux et moral de Castellion n'est pas un acte de suspicion à l'égard de la raison : c'est le résultat d'une compréhension très nette de la diversité des mentalités et des expériences humaines. Sa foi est trop vivante pour engendrer le moindre scepticisme à l'égard du Vrai qu'il affirme eu Lieu, et le moindre doute à l'égard des moyens d'investigation que Lieu lui a donnés.
Cette théorie de la connaissance et cette étude rationnelle des dogmes chrétiens fait de Castellion un précurseur de tous ceux qui, de Lescartes à MM. Boutroux et Bergson, cherchent à étudier,
1 De arte dubitandi Ch. XXV: feuille 91. On comprend après
cela que Leeky, dans son The lise and Influence of rationalisme în Europe ait écrit que Castellion est «un des plus éminente précurseur b du Nationalisme.* Page 47.
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