‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 105 sur 110 · HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

HÉRÉSIE

à la lumière d’une philosophie libérée et respectueuse, le fait religieux. Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que le Réformateur laïque de Bâle ait ouvert à l’âme inquiète des chercheurs, que tourmente le grand mystère des choses et des êtres, des voies imprévues.

Oe n’est pas sans raison qu’on s’émerveille de l’audace de sa pensée. Wetstein, plus de deux siècles après, en reproduisant quelques chapitres du manuscrit de Castellion, 1 croit devoir les faire précéder d’une longue introduction destinée à préparer ses lecteurs. Et pourtant, cette méthode, si hérétique au XVIêm° siècle, n’en datait pas moins des prophètes d’Israël et, Castellion décidé à contrôler toutes les doctrines religieuses, ne faisait qu’obéir à la suggestion d’Esaïe s’étonnant que les idolâtres ne se demandent jamais « si ce n’est pas du mensonge qu’ils tiennent dans leur main. t> C’est par là que Castellion veut commencer. II institue simplement en méthode un fait d’ordre universel, aussi vieux que le besoin de vrai qui, dès les origines, travaille le monde. Son originalité consiste à avoir compris, le premier, que le doute pouvait être une suggestion de l’Esprit vivant, en travail de vérité au sein de l’humanité chercheuse.

C’est de l’application de cette originale méthode

1 Les chapitres 12, 14, 15 et 18, de la 1ère partie, Novum Testamentum grcecum. Pages 856 et 884,

LE PROGRÈS RELIGIEUX

que sont sorties ses fécondes hérésies. Critique du texte, authenticité des livres sacrés, éxégèse biblique, Castellion a pressenti tous les problèmes qui devaient passionner, après lui, les esprits avides de connaître, et ses travaux ont ouvert à la science religieuse l’immense domaine de la foi libre et de la libre recherche : «L’avenir, s’écrie-t-il à propos des dogmes calvinistes, l’avenir ne croira jamais que nous ayons pu nous complaire en un semblable aveuglement. »

Après une critique acérée de la doctrine reçue,

Castellion fait une longue exposition du Christianisme, libéré des servages spirituels \ et il en vient à établir les conditions de la vie en Dieu qui n’est pas autre chose que la vie normale, la vie harmonieuse, la vie divine et humaine à la fois, de l’homme résolu à tuer en lui les puissances mauvaises et à se soumettre aux vivifiantes suggestions de l’Esprit vivant.

Mais ce qui constitue la grande force, en même LA RECHERCHE temps que la grande originalité du Réformateur ”E DIEU libéral de Bâle, c’est moins peut-être son étonnante indépendance d’esprit que son inébranlable foi en T action immanente de Dieu. De toute éternité, Dieu attire les hommes vers la Lumière, vers la Vérité, vers la Justice, et vers l’Amour : toutes les inquié-

C est à eea chapitres quJeet empruntée l’image de l’arbre aau\T£tge greffé, que nous avons reproduite à la page 477.

tildes spirituelles, toutes les tentatives généreuses, tous les efforts moraux, tous les enthousiasmes désintéressés, toutes les victoires humaines, tous les progrès sociaux, sont une réponse à son appel ! L’histoire est la démonstration de son incessante recherche.

Au-dessus de ces pages de foi ardente, que Castellion écrivait dans une hâte fébrile, comme si la mort le pressait d’agir, on sent planer une doetrine qu’il avait jadis esquissée, dans un de ses dialogues, et qu’il me semble nécessaire de reproduire ici. C’est la clef de voûte de cette philosophie de la Religion qu’il formulait si heureusement, et qui, se ramenant à une évolution spirituelle indéfinie, a pour toujours posé le fondement et établi le processus de la Religion de l’Esprit.

igjss Casteliion suppose trois âges : l’âge de la Loi, l’âge du Christ, et l’âge de l’Esprit. La Loi, extérieure et contraignante, a soumis longtemps leB volontés rebelles. Discipline austère, elle était, dans l’enfance de l’humanité, l’expression de la volonté divine.

Puis est venu le Christ : il a transposé les valeurs religieuses ; il a révélé aux hommes, une loi intérieure dont le caractère obligatoire était purement moral. Il a enseigné à l’humanité, dont l’adolescence laborieuse avait besoin de certitudes, des vérités spirituelles, qui lui ont permis d’arriver à une communion plus intime avec Dieu.

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Mais c'était là encore une Révélation incomplète. Le Christ du quatrième Evangile le déclare très nettement : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas encore les porter \ l'Esprit de vérité viendra et il vous dirigera dans toute la vérité. 1 » Aux directions du Christ des Evangiles, succèdent les directions de l'Esprit de Vérité :

«Et comme dans la vie corporelle, écrit Caatellion, c'est un même souffle vital qui anime successivement F enfant, 1 adolescent et F homme, ainsi, dans l'ordre spirituel, c'eat un seul et meme Dieu qui commence an moyen de la loi, qui poursuit par l'Evangile, et qui achève par l'Esprit, l'avènement de P humanité normale, >> 2

C'est là une notion de révolution religieuse que les libres croyants de notre époque, si émancipés quJüs puissent être, n'ont pas dépassée.

L'heure de la justice a sonné pour Castellion. Non seulement sa pensée a vaincu celle de ses adversaires, non seulement ses doctrines sont admises dans les églises de la Réforme, mais par la hardiesse de sa méthode, fille des principes réformés, par sa foi en une Révélation incessante et progressive, par sa géniale intuition spirituelle, il a posé, au sein de la Réforme du XYIème siècle, les fondements du Christianisme de F avenir , Religion d'Esprit et de

1 Jean XVI : 12.

a De liber, arbitr,

p. 144—145. (Dialogua 11).

SÉBASTIEN CASTELLIÜN

vie, où, peut-être, se réalisera le rêve de 1 humble galileen qui, près des murs de Sichem, prédisait IV Ténement de ce culte en espTit et en vérUé^ dont Renan disait qu’il est la Religion éternelle.

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