‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 3 sur 110 · A VA NT- PROPOS · texte numérisé non relu

A VA NT- PROPOS

Il ne serait pas superflu d'indiquer ici , ne fût-ce que d'une façon sommaire, les raisons de cette publication .

Sébastien Castellion est si peu connu que bien des lecteurs se demanderont s'il était vraiment urgent de lui consacrer une étude aussi , * , . massive . Mais étant données tes proportions qu'a prises mon livre } f ai le sentiment qu'on me pardonnera de garder pour moi la « belle préfacer que je méditais.

Je tiens seulement d avertir les lecteurs f dont la pensée religieuse est fille de la pensée de Calvint qu'ils ne trouveront pas dans ces pages f l'écho de leur enthousiasme pour le prodigieux Réformateur» de Genève. Je ne me suis pas préoccupé d’élever un monument nouveau à sa gloire. D'autres s'y sont exercêst et ils t'ont fait avec une telle maîtrise t que je tiens d leur en laisser tout l'honneur.

Je conseille donc aux personnes pieuses qui tiennent Calvin pour un saint homme de Dieut de ne pas lire mon

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livre : leur idole risquerait d'y laisser un peu de sa dorure \ et j'en aurais une peine extrême .

Je n'ignore pas qu'un grand nombre de libres croyants , dégagés des dogmatismes morts et des ecclésiasticismes asservissants, mettent une certaine coquetterie à proclamer son génie et sa volonté de puissance. Je n'g contredis pas, mais ils expriment si bien, et si souvent r leur sentiment qu'il me paraît inutile d'y insister.

Ma pensée se tourne plus volontiers vers ceux quit laissés dans l'obscurité , par l'ignorance ou l'ingratitude des hommes, attendent, depuis des siècles , qu'on leur fasse justice ! Et de ceux-là, est Sébastien Castellion. C'est pour cette raison que j'ai décidé de consacrer ces pages à V étude de sa pensée , de son activité et de son influence. Et alors même que je ne réussirais pas à atteindre ceux pour lesquels j'écris, je me considérerais comme suffisamment récompensé par V émotion que j'ai éprouvée à vivre dans la communion de cette âme de héros de la conscience t d'initiateur religieux et d'émancipateur moral.

D'autres m'ont précédé dans cette voie et c'est avec un sentiment très vif de reconnaissance que j'ai suivi les sentiers qu'ils avaient tracés .

Tous les lettrés , curieux des origines de la Réforme connaissent la magistrale étude que M. Ferdinand Buisson a consacrée au modeste et génial Réformateur de Bâle .

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BUe constitue , pour les biographes de Castellion, une source d’une merveilleuse richesse et il y aurait plus que de la témérité à ne pas s'y reporter avec empressement, 1 Il me paraît presque inutile de dire que je m’en suis largement inspiré , Mais M. Buisson m’en voudrait lui-même si je disais que son heureux labeur a épuisé le champ de la recherche. Aussi , me laissant docilement conduire par lui , le suivant, presque pas à pas, dans la succession naturelle des événements historiques y je me suis ej forcé d’en analyser la portée , en vue du dessein que je me proposais et qui diffère sensiblement de son œuvre de pure documentation , D’autre part, amené par simple scrupule de conscience, au contrôle rigoureux de ses citations, je me suis trouvé en face d'éléments nouveaux qu’il avait dû laisser de coté ou qu’il n’avait pas pu atteindre. Malgré ta crainte de voir grossir démesurément mon livre , que j’aurais voulu plus bref, j’ai cru devoir traduire de nombreuses pages , inédites en français ou en langues modernes, qui me paraissaient essentielles et qu’on lira peut-être sans ennui.

Pour les citations, même pour celtes que fait aussi M, Buisson , j’ai voulu me reporter aux sources et, sauf de très

1 Sébastien Castettton. Sa oit et son œuvre, ISIS — 15G3. Etude sur les origines du ProtestAnttsme libéral français, par Ferdinand Buisson , Deux fort volumes. Librairie Hachette et Boulevard S t Germain 1S&2.

rares exceptions y donner une traduction faîte directement sur le texte original ou sur des traductions hollandaises du XVI* siècle , lorsque le texte latin faisait défaut En ce qui concerne les citations françaises, fai renoncé , après beaucoup d’hésitation, à l’orthographe particulière des écrivains que je cite . Je considère que le style seul suffit d dater le texte et que, dans un livre de vulgarisation, les difficultés orthographiques seraient un sérieux obstacle. Or, les discussions théologiques, éparses dans ce livre t sont déjà une suffisante complication.

J’ose toutefois espérer que, parmi mes lecteurs t ceux que ne laissent pas indifférents l’histoire des idées ou simplement les origines de la Renaissance religieuse , trouveront quelque intérêt à lire ces pages que je leur dédie *

Etienne Giran

Amsterdam , 12 Juillet 1913

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Les profces hollandais se sont livrés à quelques fantaisies orthographiques. D’autre part de petites bavures se sont glissées dans le texte. Je relève ici celles qui risqueraient d’ induire en erreur les lecteurs confiants :

Pages

Lignes

Lisez :

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DE LA RENAISSANCE A LA RÉFORME

La Renaissance avait semé partout ses germes de libération. L’imprimerie, avec une abondance de fée généreuse, répandait à profusion les textes les plus rares. Les humanistes, penchés sur l’âme antique, s’émerveillaient d’y trouver tant de vie profonde. Les étudiants s’exaltaient à l’idée de marcher sans lisière et leur esprit impatient, secouant les vieilles méthodes de la scolastique, se grisait de liberté. Comme par une illumination soudaine, des réalités insoupçonnées, surgissant du mystère des siècles, émergeaient en pleine lumière, radieuses, enthousiasmantes, créatrices d’énergie, de beauté, d’espoir et de foi.

Les lettres, les sciences, les arts, la religion, tout se renouvelait comme à une fontaine de Jouvence, On eût dit que, sous de nouveaux deux, se levait une terre nouvelle.

La

Renaissance

SÉBASTIEN CASTE LLTOIT

La terre et les cieux- étaient restés les mêmes, mais c’est avec d’antres yeux qu’on les considérait. La libre recherche avait touché le monde de sa baguette magique ! L’humanité s’ouvrait à une vie d’enchantement.

La

Renaissance À Laon

Castellion

Dès le commencement du XVIeme siècle, les grands imprimeurs de Lyon remportaient sur ceux de Paris, et ce n ’était pas seulement une élite de typographes, venus de tous les horizons, qui se groupaient autour des presses du plus illustre des imprimeurs du temps, c’était une élite de correcteurs, comme Etienne Dolet et Erançois Rabelais*

La jeunesse studieuse, attirée par le nouveau collège de la Trinité, s’initiait aux classiques latins et grecs sous la direction d’excellents pédagogues.

Jean Raynier \ Barthélémy Aneau 2, deviennent le centre de toute une activité jeune et ardente.

Des groupes littéraires se forment selon les études, les goûts, l’affinité d’esprit ou même selon le pays d’origine. O’est ainsi qu’un de ces petits cénacles d’humanistes semble s’être formé surtout de jeunes gens sortis de la Bresse et de la Savoie : Les Allobroges et les Sabaudos. Parmi

1 Je au Rayniee, principal du Collège. U avait une assez grande réputation d’éloquence*

i * Aneau enseignait la rhétorique. Né à Bodages, il avait été coadLciple d’AinYüT, de Calvin et de Théodore de Béze.

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ces derniers, faisant peut-être un peu contraste avec cette jeunesse brillante qui se pressait autour du collège, se trouve un jeune homme dont les essais poétiques, en latin et en grec, ont déjà trouvé quelques bienveillants suffrages. C’est un étudiant d'origine modeste. Il avait quitté Saint -Martin-du - Fresne, son village natal x, avec sans doute un bagage littéraire assez maigre. Peut-être les leçons d’un brave curé de campagne Pavaient-elles initié aux mystères des déclinaisons latines. On ne sait. Quoiqu’il en soit, il portait en lui toute l'énergie de cette race tenace et laborieuse qui avait su victorieusement résister à la domination des moines du Bugey. Son père, Claude Chatellion était uu humble et brave paysan sans culture, mais honnête et probe, et cette honnêteté scrupuleuse, cette probité austère, avaient fait sur l’âme de son fils Sébastien une impression que le temps ne devait jamais effacer. Elevé à cette rude école des montagnards savoisiens, le jeune Sébastien Chatellion y avait puisé cette résistance des rocs granitiques qui subissent sans émoi les pires injures et contre lesquels les avalanches et les tempêtes viennent se briser, sans autre pouvoir que de les affiner, de les polir et de les rendre plus résistants.

Ce n’étaient pas les subsides paternels qui pou-

1 Dans la partie Nord du Bugey, à 5 kilomètres environ de Nautua(Am)*

valent lui permettre de suivre à Lyon des cours de haute culture.

Comment le jeune provincial parvint-il à vivre ¥ Par quel prodige de volonté triomphante arrivat-il à vaincre les difficultés d'ordre matériel qui s'opposaient à ses études 1 On ne le saura sans doute jamais. La seule chose qui soit certaine, c'est que les premières années furent très dures ; plus d'une fois, sans doute, la faim le tenailla. Avec quelle impatience il devait attendre les maigres envois paternels ! Quels soucis, quelles inquiétudes, quel tourment ! Jusqu'à la fin de sa vie, il garda le souvenir de ces années de labeur et de misère. Mais, un jour, un bonheur inespéré lui vint. Il fut appelé dans une famille aisée, comme répétiteur peut-être ou comme secrétaire, et sa joie fut si vive qu’elle avait encore gardé, au seuil de la vieillesse, la fraîcheur et la naïveté de ses jeunes ans :

« Je me trouvais , dit un des interlocuteurs de son entretien concernant la Foi, dans la situation la plus misérable ^lorsque je fus appelé dans une famille noble et fortunée. J'ai encore présent à V esprit le changement qui, à cet appel, se fit en moi. J’étais donc libéré : pins de soucis, plus de ces inquiétudes qui m’avaient tourmenté jusqu'alors. ! Aussi, comme mes parents devaient m’envoj^er une petite somme d’argent, je me suis hâté de leur écrire de n’en rien faire ; qu'en effet je ne manquerais plus d’argent désormais.

«D'avance je me représentais la demeure, les lieux, les personnes chez qui j’allais habiter, quoique je ne les eusse jamais vus.»

Cette situation modeste qui le mettait à l'abri du

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besoin était pour lui un évènement considérable. Il pouvait désormais se livrer à ses études. Il est même probable que ses obligations professionnel les, loin de Feu détourner, les lui rendaient plus faciles* De toute façon, vers 1538, il était mêlé, et de très près, à la vie du collège* Très lié avec Gilbert Bûcher l, il faisait partie de son groupe littéraire, et ses poésies latines et grecques étaient insérées dans les Epigrammes 2, Elles y étaient d'ailleurs en fort bonne place,

Nicolas Bourbon, Jean Bayîuer, Maurice Sève, seuls, qui étaient les grandes célébrités du moment, passaient avant lui et c'est délibérément avec les poésies de Barthélémy Aneau, de Charles Fontaine, de Jean des Touches, de Sainte-Marthe, et de Bu Moulin que Gilbert Bûcher place celles du jeune Savoisien*

Il convient de noter ici que Sébastien Chatellion n'avait pas encore 23 ans. Et déjà dans ce milieu de lettrés et de latinistes, il occupe une place que beaucoup de jeunes professeurs, formés aux savantes méthodes du Collège, auraient pu envier ; mais sa modestie devait sans doute lui attirer des sympathies bien profondes, car on ne trouve pas trace de la moindre jalousie ou de la moindre animosité à son égard,

1 Probablement professeur au Collège

a Sorte d3 Anthologie,

SÉBASTIEN CA STELLIQN

Alors qu’Bticnne Bolet se rend insupportable par ses vivacités d’humeur ou ses violences, Sébastien Chatellion voit s’accroître et se resserrer autour de lui son cercle d’amis.

On lui dédie des poésies latines qui nous le montrent comme un homme d’étude dont les goûts dénotent un grand amour de T in dépendance et dont la vie, toute de sérieux, d’austérité et de labeur, force l’estime.

Déjà, il semble n’accorder de valeur à la forme littéraire que dans la mesure où elle sert de vêtement on de parure à l’idée.

Les jeunes Bartholomé, Jean Argentier, Philibert Girinet, l’écossais Florent Wilson, forment avec Gilbert Bûcher le cercle étroit des amitiés de Sébastien Chatellion,

Tout ce petit monde avait latinisé son nom, et ce n’est pas un des côtés les moins curieux de cette époque. Les jeux de mots étaient fréquents dans ces milieux de vie exubérante, et il n’était pas rare qu’une pointe de fantaisie fanfaronne mît sur ces noms encore obscurs un peu de la gloire antique, Cabtêllio ou C’est ainsi que Sébastien Chatellion s’appela Castalio ? désormais Sébastianus Castellio ; mais cette traduction, dans le goût de l’époque, ne satisfait pas ses amis et, dans les poésies qui lui sont dédiées, c’est au «Sabaudo Castalione* au Savoisien Castalion qu’on les dédie. On n’avait changé qu’ une

PE LA RENAISSANCE 1 LÀ RÉFORME

voyelle dans le nom propre, et pourtant cette voyelle devait être, pins tard, pour le jeune humaniste, une source de grands regrets et l'occasion d'une des plus émouvantes confessions que jamais homme ait faite* Ses amis avaient identifié son nom à celui de la nymphe Castalic, dont la fontaine était voisine du sanctuaire d’Apollon à Delphes et proche des gorges du Parnasse, Cette fontaine était pour les Eornains la source de toute poésie, et les plus grands poètes passaient pour s’y être abreuvés,

OastcHio devenant Castalio, le jeune Savoisien devenait par là-même un fils plus particulièrement chéri de la divine inspiratrice.

Certes, l’hommage était cherché, mais alors que son outrance en était la meilleure excuse et qu’on aurait dû ne trouver dans cette fantaisie d’adolescents que l’exaltation de jeunes cœurs enthousiastes, on y a vu une pensée d’orgueil.

Sébastien CasteJlion (c’est ainsi que nous rappellerons désormais) craint d’avoir montré en cette circonstance une coupable vanité. Et c’est devant Calvin que, vers la fin de sa vie, il s'en accuse, pour mettre en lumière qu’il a bien tué en lui toute pensée d’orgueil :

«Oui, j’ai eu de la vanité, je 1J avoue, je le déplore et j’en ai honte aujourd’hui, Pavai 3 une sotte et juvénile confiance dans mon savoir : il arrive trop souvent à cens qui étudient les lettres et les langues aneiennes3 d’y attacher plus d’importance

SÉBASTIEN OÀSTELUON

qu’à l’esprit (aux choses religieuses). Et, pour te montrer combien je suis loin de vouloir excuser mes fautes, je te découvrirai, à toi et au monde, pour ma punition et à ma honte publique. un trait de vanité que tu as sans doute ignoré (sans cela, Tau rais- tu passé sous silence ?) mais je veux, en le détestant moi-même, le faire détester de tous.

«Comme je vivais à Lyon, fout jeune, avant d’aller te trouver à Strasbourg, il arriva un jour que quelqu’un, au lieu de m’appeler de mon nom accoutumé, Casteliion, me nomma Castalion. Ce nom, rappelant la fontaine des Muses, me plut aussitôt, je me F appropriai et, abandonnant le nom paternel de Casteliion, je m’appelais désormais Castaîiom

« Bien plus, je consignais ce nom en acrostiche dans les premiers vers de mon petit poème grec : « Le Précurseur >> ; c’était mettre en évidence jusque devant la postérité, mon sot orgueil !

«Je confesse ces choses dont j’ai déjà rougi bien des fois, à part moi, en y réfléchissant, depuis que j’ai mieux connu la vérité, accusé par ma conscience plus forte que mille témoins. Aussi renonçant désormais à cette gloriole grecque, puisque je trouve aujourd’hui l’occasion que j’ai souvent cherchée, je désire qu’on m’appelle de mon nom de famille Castellxon, Je n’ignore pas que quelques-uns pourront s’emparer de cet aveu de ma faute pour me la reprocher. Qu’importe } Cette humiliation même est profitable, à moi d’abord dont l’esprit a besoin d’être abaissé autant qu’il avait voulu s’élever, et aux autres qui, instruits par mon exemple, apprendront à ne plus s’exposer en s’élevant ainsi à tomber de plus haut. Je sais, en effet, combien c’est là une maladie commune, surtout chez les gens de lettres, et combien peu s’en aperçoivent. Puisse cette leçon pénétrer bien avant dans leur coeurs 1

Que ceux qui n’ont jamais eu de plus coupables pensées lui tiennent rigueur de cette fantaisie lit-

1 Défensio* page 355 — 57.

DE LA RENAISSANCE A LA RÉFORME

téralre si fréquente dans le inonde d’humanistes où il vivait. Pour nous, e’est avec une émotion pieuse que nous nous penchons sur cette âme d’humilité, dont le « mea. culpa>> était d’une candeur qui touche au sublime. On y voit, arrivés à leur plein épanouissement, ce sérieux, cette austérité profonde qui attiraient au jeune Sébastien Casteilion tant de vive sympathie.

Aussi bien, on se tromperait étrangement si l’on La Renaissance se figurait que la Eenais sauce lyonnaise, à laquelle nKL,CIE,7SE il prenait une part si acti ve, se bornait à l’étude des classiques ou à la rénovation des lettres françaises.

Les questions religieuses et morales n’étaient pas négligées. Elles prenaient même, dans certains cercles, une importance capitale, et l’orientation que prit l’activité du jeune Casteilion semble indiquer qu’il n’était pas étranger à ces préoccupations.

Il est vrai de dire que personne n’y était étranger.

L étude de la Bible, et en particulier dn Nouveau Testament qui commençait à se trouver entre tontes les mains, faisait naître des besoins nouveaux. Insensiblement toutes les valeurs religieuses étaient mises en discussion et, sans qu’on songeât le moins du monde à sortir de l’Eglise, on sentait l’impérieuse obligation de la réformer dans ce qu’elle avait de trop scolastique ou de trop révoltant. Les savants, les artistes, jeunes et vieux, comprenaient qu’il y

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La réaction

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