CATHOLIQUE
avait toute une œuvre de restauration à entreprendre*
Les humanistes qui s'ingéniaient à restituer à la pensée de Virgile ou d'Horace toute sa valeur, s'ingéniaient de même à restituer au Christ son vrai caractère.
Un grand nombre de prélats se montraient favorables au mouvement* L'évêque BrL
çonnetj 1? évêque d'Oloron, Gérard Bous sel, l'évêque de Saint -Paul -Trois -Châteaux, Michel d’Aratfde, avaient de grandes sympathies pour les audacieux qui essayaient d'entraîner l'Eglise dans une voie nouvelle* Le roi lui-même encourageait les novateurs* Mais l'idylle ne pouvait durer*
Le mouvement que les protestations enflammées du moine Luther en Allemagne avaient fait naître, prenait des proportions inattendues* À peine né, le protestantisme faisait des progrès inquiétants. En France même, le fléau menaçait d'exercer ses ravages* — Des mesures s'imposent. A dire vrai, le Pape Paul III n'est guère enthousiaste, mais, derrière lui, Caraffa veille : l'Inquisition espagnole renaît de ses cendres* Elle s'installe en Italie, car les idées professées à la cour de Marguerite de Navarre troublent profondément le peuple. Le Saint Office se dresse devant les empiètements des novateurs. Les Jésuites entrent en campagne* Jusqu'alors, il n'y avait eu que des répressions ocea-
DE LA RENAISSANCE 1 LA RÉFORME
s io bd elles . Par exemple, les p la card s d ' An to ine C o ur t contre la Messe avaient suscité, en 1534, une politique de répression, mais elle avait peu duré* Dès 153$, les décisions de l'Eglise s'érigent en mode de gouvernement, François 1er devient P exécuteur de la volonté papale, et la persécution commence.
Que vont faire les humanistes ? S'incliner ? le* humanistes Résister ï L'alternative tragique ne semble pas ET LA E s'être posée comme im dilemne bien impérieux à la conscience de tous. S'incliner, pourquoi ?
Qui donc peut pénétrer dans la profondeur de l'être intime ? Pour qui professe-t-on sa religion ?
Pour soi, n3est-ee pas ? Il n'est donc pas nécessaire de publier ses convictions à tous les carrefours ; l'essentiel est de rester libre au fond de soi-même et d3y adorer le Dieu auquel on croit ! — Résister, pourquoi ? Quel intérêt peut-on trouver à souffrir le martyre ? À qui cela profite-t-il % Le problème est-il résolu par la mort du croyant ? Et la généralité des humanistes lyonnais s'étonnaient de cette folie nouvelle qui jetait des hommes, jusqu3 alors sains d'esprit, dans ce qu'ils tenaient pour des extravagances sentimentales !
Erasme, Rabelais, Dolet, Despéri ers, plus accessibles cependant aux mobiles élevés de cette noble passion du sacrifice, déploraient l'entêtement
SÉBASTIEN CASTELLXON
de ceux qu’elle possédait. Mais à côté de ces humanistes prudents, aux arguments de sagesse et dont la haute philosophie semblait leur fane un devoir de se tenir à l’écart des troubles dangereux, il y avait toute une foule de jeunes gens inquiets, émus, vibrants, troublés, qui regardaient avec effarement la prudence de leurs amis ou de leurs maîtres! Et leur sympathie allait vers la foule obscure des martyrs qui affrontaient la mort pour affirmer leur foi.
lies bés™ de Sébastien Castellion était de ceux-là. Le la réjtobme protestantisme naissant n’était pas pour lui quelque chose d’inconnu. Comme tous ses contemporains, il voyait dans la Béforme tentée par Luther, une application aux choses religieuses de l’esprit qui animait la Renaissance, et c’est avec un intérêt croissant qu’il avait suivi les efforts des novateurs. C’était bien à la Renaissance, en effet, que se rattachaient les hardiesses de Zvingli 1 qui, le premier* en 1516, à Claris, avait élevé la voix contre les prétentions du Pape et les doctrines de l’Eglise:
1 Zwirau {1481— 1531) ne dans le canton de Saint-Gall en 1481, curé à Glarîa 1506 — 1516. De 1510 à 1518* il mène une campagne de prédication contre les superstitions catholiques. Appelé comme chanoine à. Zurich, il crée un mouvement contre l’Eglise Romaine et, en 1525, le Sénat et les Bourgeois abolissent la Messe, transforment Ica couvents en écoles et suppriment le célibat des prêtres.
DI LA BENAISSAÏTCyE X IA RÉFORME
«Platon, écrivait-il, a aussi bu à la source divine,
«et si les deux Caton, si Camille et Scip ion «n’avaient pas été vraiment religieux, auraient-ils «été si magnanimes ! »
C’était bien là, la grande leçon qui se dégageait de l’humanisme des lettrés. Communiant avec l’âme antique, ils y découvraient tous les jouis les traces du Dieu vivant, de façon plus manifeste.
Et la conclusion s’imposait de l’Universelie Révélation et de l’action éternelle de l’Esprit immanent au monde! Elle n’avait pas encore trouvé de formule, mais déjà elle était contenue toute entière dans cette hardie déclaration du Réformateur de Zurich; «Tout ce qui est vrai — quel que soit «celui qui le dit — est parole de Dieu.»
On ne pouvait être plus catégorique. Dès son origine, la Réforme s’affirmait comme un principe de protestation contre tous les monopoles religieux, contre les autoritarismes, contre les exclusivismes dogmatiques. Un semblable mouvement de libération spirituelle ne pouvait laisser indifférente la nature ardente et généreuse de Sébastien Castellion, et c’est peut-être parce qu’il avait trop espéré en Zwingli, dans sa jeunesse, qu’il le jugera plus tard si sévèrement, en l’associant, avec quelque vivacité, aux tyranniques proscriptions de Calvin ; mais c’est surtout de Luther 1 qu’on l* ré™** db
* Lctthbb (1483-1546) d'abord moine puÎB professeur de philosophie et
SÉBASTIEN CA3TELLI0N
s'occupait dans les milieux catholiques désireux de réforme. Sa protestation contre les indulgences avait trouvé une approbation presque unanime. Sa comparution devant la diète de Worms avait fait une impression profonde. On citait ses paroles et il semblait qu’une force nouvelle se fût levée sur le monde : «Si l’on ne me persuade pas par «l’Ecriture, disait-il, ou par des arguments clairs
de théologie à Wittenberg. Il s’émut de la corruption du cierge Romain au cours d’un séjour qu’il fit à Rome. En 1517* il s’élève contre les indulgences et rédige 95 thèses qu’il affiche aur les portes de la cathédrale. Maïs il n’avait pas encore rompu avec le Pape qui le cite à Àugsbourg pour s’expliquer devant son légat Cajetan. Après une discussion retentissante ù Leipzig* le Pape F excommunie. Il brûle la bulle du Pape en 1520. Convoqué à la diète de Worms (1521) il refuse de se rétracter. Iî est mis hors la loi, mais l'électeur de Saxe le fait enlever pendant la nuit et le fait conduire à la Wartburg où il reste 9 mois. Accueilli à Wittenberg, il essaie d'enrayer les violences de Caris tadt, son ami, qui a soulevé la jeunesse, et dont les idées révolutionnaires* menacent de soulever les paysans contre les seigneurs. En 1524, Luther quitte son habit de moine et* Tannée suivante, il se marie avec Catherine de Bqea. Mais voici que la diète de Spire (en 1529) confirme la décision de la diète de Worms. Luther et ses doctrines sont à nouveau condamnés. C’est alors qu’un certain nombre de princes et de villes libres 'protestent auprès de TEmpcreur contre la décision de la diète. A partir de ce moment les Réformée sont appelés Protestants. Réunis à Augsbourg* les Protestants exposent leurs principes et donnent un exposé de leurs croyances dans une confession de foi appelée; «Confession d’Àugsbourg*(l630). Afin de fortifier et de défendre la Réforme* les Etats protestants forment une ligue défensive (ligue de Smalcalde). En 1532, on signe là Paix de Religion qui reconnaît aux Protestants la liberté de leur culte.
Afin de bien situer les diverses personnalités de la Réforme dans cette période un peu confuse* il convient de noter que Calvin, à ce momcnt-là, n’avait pas encore quitté l'Eglise. Il jouissait d’un bénéfice ecclésiastique auquel il ne renonça que le 4 Mai 1534.
Le mouvement protestant était organisé et en plein développement en Suisse et en Allemagne, avant même que Calvin ait fait le moindre geste contre l’autorité de TEglîse.
BE LA RENAISSANCE À LA RÉFORME
«et péremptoires, je ne puis ni ne veux rien réfracter ; car il n est ni sûr ni prudent d’agir «contre sa conscience. Me voici : Je ne puis autre - « ment ; que Dieu me soit en aide ! »
C’étaient des paroles nouvelles qui portaient en germe toute la Réforme ; c’était la négation hardie de 1 autorité du Pape, des conciles ou des diètes. C était 1 affirmation de l’individualisme spirituel et de l’absolue souveraineté de la conscience. Le doute n’était plus permis ; l’attitude de Luther était la proclamation très nette du libre examen en matière de foi : «Chacun, écrit-il, croit «à ses risques et périls, et chacun doit s’assurer « lui-même si sa foi est bonne .... Personne ne peut
«m’obliger à croire ou à ne pas croire Prends
«garde que nulle chose de la terre, si grande qu’elle «soit, ne te détourne, contrairement au témoignage «de ta conscience, d’une croyance que tuas toi-même «reconnue et estimée divine. 1 . . . , La conscience «de l’homme vaut plus que mille témoins. Au «jugement de Dieu, nous ne serons jugés d’après «aucun autre témoignage que d’après celui de «notre conscience. Ce témoignage est supérieur «à celui du monde entier. 1 La conscience ne doit «être soumise à personne.» Ses déclarations sur la foi étaient aussi hardies : «La foi est l’hommage
1 Dr. Mabtqt Luther’ b a&mintlioïie Schriften, Tonio Xf p, 453. a rJbicL T, XII, p. 1430,
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SOtTVE Et AÎN ET É DE LA CONSCIENCE
SÉBASTIEN CASTELLIQJS
La réaction luthérienne
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«intérieur le plus vrai que Ton puisse rendre à «Dieu. (Id, IX :37). La foi ne veut obliger personne, «ni contraindre personne à professer l'Evangile ; «elle laisse au contraire à chacun sa liberté, (Id. XI ; «1286) La foi n’est pas autre chose que la vie « vraie, la vie réelle en Dieu même. (Id. Il : 2797). «H faut constamment répéter que la foi ne veut «être ni emprisonnée, ni liée, par quelque puissance «que ce soit. (Id, XII : 22}.» Libre examen et foi libre: c’est bien rindéniabie proclamation (le la souveraineté de la conscience.
Malheureusement ees admirables principes ne pouvaient guère être compris dans leur sens profond par les foules qui les acclamaient. Les paysans, exaltés par la proclamation de la liberté religieuse, se révoltèrent contre leurs seigneurs et se livrèrent à des excès de toute nature. 1
Luther, effrayé des conséquences inattendues qu'on tirait de ses proclamations, s'employa énergiquement à en atténuer la portée. Il combattit avec violence les principes qu'il avait lui-même édictés. Et ce fut là sa grande erreur.
1 ^Loraqi^au début du printemps, le soleil longtemps voilé répand scs chauds rayons sur la campagne naguère blanche de neige et sur les chemine diirds par la glace, son premier effot est d’y produire de la boue. Faut-il pour cela maudire sa lumière et sa chaleur? N*cst-on pas assuré que, grâce précisément à leur action persistante, la boue disparaîtra, les chemins seront désséchés, les champs se couvriront de verdure et de fleurs î *