‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 52 sur 110 · Ô CHRIST, VOIS- TU CES CHOSES · texte numérisé non relu

Ô CHRIST, VOIS- TU CES CHOSES

réclamerait Christ, à liante voix, au milieu de la flamme, et crierait à pleine gorge qu’il croit en lui,»

L’allusion est directe, C’est de Calvin qu'il s’agit. Le «Réformateur de la Réforme» poursuit son œuvre et c’est sur les Réformateurs que porte son effort, Ce n’est pas un adversaire du protestantisme qui flétrit Calvin, ce n’est pas un sceptique qui lui fait la leçon : c’est un protestant, c’est un Réformé qui le rappelle au respect de la conscience des autres, aux principes du Christianisme qu’il dénature en le voulant imposer.

Mais le pamphlétaire audacieux qui fouaille les criminels de Genève n’a aucune haine pour ceux qu’il dénonce ; son cœur s’émeut seulement à l’idée que c’est le Christ qu’on rend responsable de leurs crimes et dans une évocation émouvante, dans une prière d’adoration et de douleur, avec parfois des accents de révolte, il demande à l’humble et doux prophète de la Galilée s’il approuve ces choses :

«0 Christ, roi du monde, vois -tu ces choses ? Es-tu si changé et devenu si sauvage et contraire à toi- même ? Quand tu étais sur terre, il n'y avait rien plus bénin ni plus doux que toi, ni plus patient à souffrir injures. Non plus que la brebis devant celui qui la tond, tu n'as pas ouvert la bouche, étant, de tous côtés, battu de verges, moqué, couronné d'épines: tu as prié pour ceux qui t'ont fait tous ees outrages , , . . Commandes- tu que ceux qui n'entendent pas tes ordonnances et enseignements, ainsi que requièrent nos maîtres, soient noyés, battus de verges, transpercés jusqu’aux entrailles ....

SÉBASTIEN CàÉÉelLION

qu'on leur coupe la tête, qu'ils soient brûlés à petit feu et tourmentés, si longtemps qu'il sera possible, de toutes sortes * de tourments ? . , . ,

0 Christ., commande s-tu et approuves- tu ces choses î Ceux qui font ces sacrifices, sont-ils tes vicaires à oet écorchement et démembrement ? Te trouves-tu, quand on t'y appelle, à cette cruelle boucherie, et manges -tu chair humaine?

Si toi, Christ, fais ces choses ou commandes être faites, qu'as -tu réservé au diable qu'il puisse faire ?

Fais -tu les mêmes choses que fait Satan ? Oh ! blasphèmes horribles î O méchante audace des hommes qui osent attribuer à Christ les choses qui sont faites par le commandement et instigation de Satan I >>

Satan joue un grand rôle, au XVIéme siècle, mais, UES 4 ASSASSINS; au X VIIIe siècle, il n’était pas un personnage RELk5JELX* moins important. Voltaire reprendra, plus tard, la même idée, avec des précisions plus hardies :

Je sais que, souvet, le Malin A chaché sa queue et sa griffe Sous la tiare d'un pontife Et sous le manteau d'un Calvin*,,,

- Je n'ai point tort quand je déteste

Ces assassins religieux Employant le fer et le feu Pour servir le Père Céleste. s

Mais les «assassins religieux >> ne devaient désar- J mer, ni à l’époque de Oastellion, ni à l’époque de Voltaire, Le fer et le feu resteront, durant de longs siècles, des moyens expéditifs de réduire les héréti-

1 Lee Torts — Voltaire — Œuvres choisies — page 357*

LES PRINCIPES DE LA RÉFORME LIBÉRALE

l’qfinion

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