‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 6 sur 110 · LES PREMIERS MARTYRS EK · texte numérisé non relu

LES PREMIERS MARTYRS EK

France

c’esfc par probité d’ esprit ©t de conscience qu’ils font ce sacrifice. Ils meurent autant pour ce qu’ils nient que pour c© qu’ils affirment. Le protestantisme français, à ce premier moment, offre cet exemple, peut* être unique, de plusieurs centaines d’hommes de tout rang qui ont su mourir avant de savoir dire pourquoi. Cette Eglise naissante a des martyrs avant d’avoir des théologiens; elle scelle de son sang un© vérité qui n’est pas encore réduite en dogmes et tout ce que peuvent déclarer ses inébranlables confesseurs, c’est que leur conscience leur interdit de s’associer plus longtemps à des formes qui dépravent la religion, à des pratiques qui la matérialisent. Si c’est un acte sublime que de mourir pour une idée claire et pour une foi précise, qu’est- ce donc que mourir pour cette conviction en quelque sorte négative, qu’il y a des abus et qu’il faut une réforme ?>>

LUS FEDrcirES Et cela est essentiellement «protestant»* Avant de la RÉtoKM£m£me organisé, le protestantisme français

avait scellé de son sang les paroles de Luther à la diète de Worms* Certes, plus tard, comme le protestantisme allemand, la Eéforme française se pétrifiera dan aies do gmes calvinistes, m ai s , pour Trustant, c’est un simple mouvement de protestation contre l'autoritarisme doctrinal en matière de foi. C’est l’acceptation des seules directions du Dieu de la Bible ; c’est la revendication de F individualisme religieux y c’est la proclamation de la liberté de conscience * Et cette conception du Protestantisme s’impose aux yeux de tous ceux qui ont assisté à son élaboration progressive*

Sébastien Castellion ne pouvait pas en juger

DE LA REBAISSA XCE À LA RÉFORME

autrement* Il voit, d’un côté, un organisme tout puissant devant lequel, jusqu’alors, tout pliait, et, de l’autre, un moine, des hommes du peuple, des laïques, sans mission sacrée et sans autorité ecclésiastique, sc dresser, opposer leur veto, revendiquer des droits, proclamer des principes contraires ! Il devait juger du protestantisme naissant comme en jugeaient tous ceux qui le voyaient du dehors et comme en jugeront, par exemple, les Ambassadeurs vénitiens qui, rendant compte à leur gouvernement de ce qui se passait en France, au sujet des nouvelles sectes, disaient; « Quant «à ce qu ils mettent en avant pour avoir occasion «d affaiblir la vérité antique, le tout consiste «en deux points que professent tous les auteurs «des nouvelles doctrines* Le premier point est «d enseigner la vérité de l’Evangile que chacun «peut interpréter à sa manière, le second point «est de prêcher la liberté chrétienne**** Us ne «se font pas scrupule de dire que le roi n’a aucune «autorité pour empêcher chacun de suivre la «religion qui lui plaît et que le roi n’est point «maître de leurs consciences»*1

On ne saurait mieux dire* Et si ces ambassadeurs vénitiens, en 1561, affirmaient aussi nettement les deux principes de la Réforme, c’est qu’à cette

Michel Subi an o — Relations des Ambassadeurs Vénitiens anr les affaires de Eïance au XVIe siècle (Sème Y0Iume 183S).

les martyr?

ns LYON

époque encore j ils n'avaient pas été totalement abolis au sein du Protestantisme français.

Il est de tonte évidence qu’un mouvement de cette nature devait impressionner profondément le jeune Castellion, D’ailleurs, en relations constantes avec les imprimeurs de Lyon qui étaient presque tous de tendance luthérienne, il devait nécessairement se préoccuper de la Réforme,

Le luthéranisme faisait l’objet des conversations de tous les lettrés. Il avait pris même une importance telle, dans la cité, qu’il avait provoqué un édit royal daté de Chantilly \ dans lequel on dit que, «depuis cinq ans en çà, la secte luthérienne pullule dans la ville et diocèse de Lyon. . . , qu’il y a beaucoup de gens dévoyés de l’obédience de cette Eglise et que de fausses doctrines y ont été semées.» L’hérésie dangereuse est entretenue «par de pernicieuses prédications mal sentant de la foi catholique.»

Des prédicateurs hardis développaient, en effet, dans les chaires des cathédrales, les nouvelles doctrines. Le dominicain Amédée Meigret, coupable d’hérétiques proclamations, n’échappa à la mort que grâce à la protection de son frère, président an Parlement de Paris, et à l’intervention d’Erasme et de la princesse Marguerite, sœur du Roi,

1 4 Sept. 1524. Moutarde. Etude historique aur la .Réforme à Lyon,

DE LA RENAISSANCE À LA RÉFORME

Plus tard, vers 1533* au moment où Guillaume Farci à Genève déclarait que «c’est le Christ et non le Pape qui est le chef de la chrétienté », les prédications se firent plus hardies. Alexandre Camus* un jacobin dont le nom en religion était Laurent de la Croix* se déclara ouvertement en chaire pour la Réforme. Il fut immédiatement saisi et sa condamnation ne se fit pas attendre. Ayant fait appel de ce jugement sommaire* il fut transporté à Paris où, après avoir subi toutes les tortures, il fut brûlé vif sur la place Haubert. En 1537, les supplices se multiplient* à Besançon, à Dole. En Janvier 1540, trois Luthériens sont brûlés vifs à Lyon même. Ces supplices devaient frapper l’imagination de tous ceux dont la sympathie allait vers la Réforme, et il n’est pas impossible que l’affreux spectacle de ces hommes mourant pour leur foi n’ait hâté la résolution du jeune humaniste. Il comprend la vanité des études qui se proposent seulement pour objet les lettres antiques* il voit tout ce qui manque à ces érudits dont il partagea si longtemps les joies de lettrés raffinés et qui ne considèrent presque pas comme des hommes «les ignorants.» 1 II y a une mission sacrée à remplir auprès de ces ignorants euxmêmes.

1 Seb. Castelliüîl Défensio, page 362.

OASTELLlON FART FOUS STSASBOUBO

la

BENAJBSANCE ET LA BÉffQBMH A BTBÀSB0UEU

Alors que Marot, pour revenir à Lyon, doit abjurer sa foi, alors que quelques-uns de ses amis pour échapper aux poursuites de T Inquisition romaine j se tirent d'embarras par une pirouette, Castellion se prononce pour la Réforme. Dans ce duel tragique, il se range du côté des victimes et il décide d'aller à Strasbourg se joindre à Calvin. Déjà la personnalité du jeune Réformateur s'impose à l'attention de ceux qui cherchent. Sa lettre à François 1er a eu un grand retentissement. La première édition de son Institution Chrétienne^ 1 malgré qu'elle soit encore incomplète, manifeste une personnalité puissante.

C'est aux côtés de celui qu'il se représente comme un jeune libérateur de conscience, qu'il veut se fortifier et combattre. Il prend congé de ses amis et part pour Strasbourg.

«Strasbourg était à ce moment-là le point de rencontre des idées et des influences de l'Allemagne, de la Suisse, de la France et de l’Italie, l'asile ouvert à toutes les pensées, le milieu savant, large, profond, sympathique où *wi-

ciliation des^systèmes. » 2

1 Publiée en 1536.

a À, ViQurÉ* Calvin- à Strasbourg (page 9).

DE LA RENAISSANCE Â LA RÉFORME 25

«Le rêve de ses hommes d'Etat et surtout de son Stettmeister, Jacques Sturm de Sturmeck, était de réunir dans un même faisceau toutes les forces du protestantisme contre l'ennemi commun* » 1 2 Mais leur rêve aussi était de faire de Strasbourg le centre même des études sérieuses et approfondies de la Benaissance* Jean Sturm, fondateur et organisateur du Gymnase, avait tracé un programme scolaire comme il n'en existait encore nulle part ailleurs. Ses méthodes d'enseignement étaient si pratiques et si vivantes qu'un jeune étudiant wallon qui suivait les cours de deuxième année écrivait à ses parents : «Depuis 4 heures du matin jusqu'à 10 heures du son nous travaillons, et les jours ne me sont point trop longs, mais trop courts», 0 Ce que Sébastien Castellion venait chercher à Strasbourg, c'était non seulement ce milieu intellectuel, cette culture et le contact avec Calvin , mais l'occasion de se donner à Fœuvre nouvelle. Il avait compris tout ce que cette B ©naissance religieuse pouvait apporter au inonde de sève et de vie.

Certes, il savait qu'après un essai de Réformation sérieuse à Genève, Calvin avait dû quitter la ville, mais cet insuccès loin de le rebuter rendait

1 Reuss, Pieeetî Bbuixy (pago 28),

2 Ebjchson. I/Eglise française de Strasbourg (page 2QK

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