‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 7 sur 110 · CA5TELUON OSEZ CALVIN · texte numérisé non relu

CA5TELUON OSEZ CALVIN

plus impérieux encore le désir qu'il avait de se consacrer à la même œuvre.

C'est vers la fin du mois de mai qu'il arrive à Strasbourg.

Calvin avait fondé une sorte de séminaire particulier où des étudiants venaient, au contact du jeune maître, se fortifier dans la foi afin d’aller porter au loin la Bonne nouvelle «retrouvée. C’est an sein de cette intimité studieuse que Castellion fut admis. Comment obtint-il une pareille fortune 1 C’est sans doute sur la recommandation d’un ami commun, le médecin Tissier, que Calvin l'accepta à titre de commensal. Le souci des Eglises naissantes préoccupait beaucoup le jeune Eéformateur et c’est avec joie qu’il accueillait les jeunes humanistes désireux de se vouer au service de l'Evangile.

Castellion occupa une chambre dans la maison même de Calvin et il se trouva tout de suite en relations d’amitié avec trois Français qui se préparaient au ministère évangélique et qui, comme lui, avaient par avance consacré leur vie à l’œuvre de la Eéforme, C’étaient Eynard Bichon, Nicolas Parent et Claude Ferey. Trois élèves de Claude, et Antoine, le frère de Calvin, formaient avec Calvin lui-même, la totalité des hôtes de la maison. Castellion se mit au travail. Il est probable qu' indépendamment de ses études particulières,

DE LA RENAISSANCE À LA RÉFORME

il trouva dans ie Gymnase quelques occupations qui lui permettaient de se suffire, car chacun, dans la maison de Calvin (qui n’était pas riche) devait naturellement pourvoir à ses besoins,

Castelhoo était à peine installé qu’une vieille dame de la noblesse française, Madame du Verger arriva. Elle avait du quitter précipitamment la France pour cause de religion et elle supplia Calvin de la recevoir avec son fils et son domestique. Calvin accepta, mais comme il n’y avait pas de place dans sa maison pour le domestique, il demanda « au dernier venu » de lui céder sa chambre et Castellion dut chercher un logis dans les environs. Il était resté huit jours dans la maison de Calvin. Mais ce départ inopiné n’avait fait qu’avancer de quelques jours la résolution qu’il lui eût fallu bientôt prendre. Calvin, en effet, se maria avec Idelette de Bure. Nicolas Parent, ainsi d’ailleurs qu’Eynard Pickon, durent trouver un autre gîte. Parent vint demeurer avec Castellion. Malgré qu’ils n’habitassent plus chez Calvin, les trois jeunes gens ne cessaient cependant pas d’avoir avec lui d’étroites relations ; mais cette année devait être féconde en péripéties douloureuses.

D’abord un épisode domestique qui montre l’esprit qui régnait dans la maison de Calvin : au cours d’une absence de Calvin, eu Juillet

Sébastien caste lt.toh

1540 j un de ses domestiques tomba malade. Castel lion s'installa à son chevet et le soigna jusqu'à sa mort, Calvin était à peine de retour que des lettres vinrent de Genève, pressantes, impérieuses: Farel rappelait le Eéformateur et il y mettait une telle insistance que Calvin ne pouvait refuser. Mais, comme il devait partir immédiatement pour la diète de Batisbonne, Calvin chargea Claude Ferey de répondre à sa place et, lui ayant donné tontes ses instructions, il partit, 1

Or, voici qu'une épidémie de peste se déclare à Strasbourg, C’est Claude Ferey qui se trouve le premier atteint et il meurt, vers le milieu de mars* Aussitôt, le médecin ordonne d’évacuer la maison, La femme de Calvin se réfugie, avec ses enfants, chez un de ses frères. Antoine Calvin, le frère du Eéformateur, court chez Castellion avec les trois élèves de Claude* Castellion les loge tons* Louis de Eichebourg tombe malade et meurt. Ma1 herbe, atteint gravement, est en péril de mort* Alors, Castellion lui cède son lit et le soigne jour et nuit, se relayant avec quelques compatriotes, tandis que, devant ce désastre, Antoine Calvin et Charles de Eichebourg cherchent un refuge dans uu village voisin,

Calvin était toujours à Batisbonne où se faisait

1 22 Février 1540.

I>E Lâ RENAISSANCE À LA RÉFORME

une dernière et inutile tenta vive de rapprochement avec Borne. Il apprend ces nouvelles ; ses lettres manifestent une grande et noble détresse. «Ainsi, écrit-il a Farci, à la douleur des pertes co nso minées, s’ajoute l’anxiété la plus vive pour ceux qui survivent. Jour et nuit, j’ai devant les yeux ma femme privée d’appui. Quant au jeune Malherbe, je ne puis y songer sans penser en même temps à ces excellents jeunes gens qui le soignent. »

Castellion est un de ces jeunes gens vers lequel la pensee émue de Calvin se reporte en ces jours de tristesse, 1 et nous aimons à nous dire aujourd’hui qu’au moins, en ces circonstances douloureuses, leur âme a communié dans un même sentiment d’angoisse, d’espoir et de foi vivante.

Lorsqu’au mois de juillet de l’année suivante, Calvin retourne à Strasbourg, Castellion avait déjà quitté la ville.

Certes, son séjour avait été de courte durée, mais il avait suffi pour permettre au jeune humaniste de voir à l’œuvre cet esprit de fraternel support qui faisait de Strasbourg, non seulement un lieu de paisible refuge, mais uneoasisdepaix, aux sources abondantes. Castellion s’y était largement abreuvé. Il emportait, de Strasbourg, deux leçons qu’il

1 D nTcn sera paa de même vingt ans plus tard.

SÉBASTIEN OASTEÏpUON

ne devait jamais oublier : Tune, celle de la tolérance, dominera sa vie tout entière ; l’autre, qu’il avait reçue de L’organisateur du Gymnase, orientera sa pensée vers renseignement et en fera un des plus grands pédagogues de son siècle.

CASTELLION A GENÈVE

Lorsque l’ensemble des citoyens de Genève se prononça pour la. Réforme, au cours de la fameuse assemblée du Conseil général de mai 1536, on prit deux décisions qui nous sont parvenues dans leur texte original : «En premier lieu, l’assemblée décide « d abord quon délaissera toute messe et autres «cérémonies, et autres abusions papales, images «et idoles pour vivre en la sainte loi évangélique «et parole de Dieu, » Et, d’autre part, il est proposé, en ce qui concerne «l’article des écoles, que l’on « tâche à avoir homme à cela faire savant, et qu’on «le salarie tellement qu’il puisse enseigner les «pauvres sans leur rien demander de salaire et «aussi que chacun soit tenu envoyer ses enfants «à l’école et les faire apprendre; et tous écoliers «et aussi pédagogues soient tenus aller faire la «résidence à la grande école où sera le Recteur et « ses bacheliers ». 1

1 Registre du petit Conseil de Genève.

SÉBASTIEN CÀSTELIJON

La Réforme, en effet, partout où elle prenait pied se hâtait d’organiser un enseignement populaire. Fille de la Renaissance, elle avait compris la valeur de rinstruction et son premier souci était de faire participer le peuple à ses bienfaits. lu collège dh C’est Antoine Saunier, un des pasteurs de RTVE Genève, qui fut le premier Directeur du collège réformé. 1 Calvin, lors de son premier séjour à Genève, s’employa énergiquement à donner aux décisions du Conseil général toute leur portée. Il appela à Genève 1? homme qui, parmi les humanistes de France, avait le pins d’autorité comme pédagogue : Mathurin Cordier.

La profondeur et T étendue de ses co nnaissances, ses méthodes éprouvées de grammairien, l’influence morale qu’il exerçait sur ses élèves, en faisait le directeur rêvé. Aussi fut-IL accueilli à Genève avec un véritable enthousiasme. Sous sa direction, le collège de Rive connut des succès qui dépassaient toute espérance. Mathurin Cordier introduisit à Genève l’étude du français et ce n’était pas là une petite innovation ! Il fallait une grande hardiesse pour introduire dans les études une langue qu’on n’étudiait encore dans aucune école.

ï Le collège de Versonnei qui F avait précédé venait d’être démoli et le nouveau fut installé dans Faneîcn couvent des Cordeliers à Rive.

CASTELUQN X GENÈVE

Ce que les Maîtres de la Renaissance Savaient pas osé faire à Paris, à Bordeaux, à Strasbourg où cependant triomphait la réforme de Renseignement, Mathurm Cordier le tentait à Genève.

Mais il faut voir avec quelles précautions on devait procéder ; «Au collège de Rive, on instruit « les enfants en trois langues les plus excellentes, «c’est à savoir en Grec, en Hébreu et Latin. Encore «sans compter la langue Française laquelle toutefois «(selon le jugement de gens savants) n’est pas «du tout à mépriser. »

C’est ainsi que s'exprime Fauteur inconnu du «Placard Prospectus» qui, en 1538, expose le programme du collège réformé.

Mais Mathurin Cordier ne devait pas mener à bonne fin F œuvre entreprise. Les autorités de Genève, trouvant que Calvin poussait trop loin les rigueurs de sa discipline î, décidèrent de l'éloigner. C'est alors que Calvin, banni de la cité qu'il avait un instant transformée, se retira à Strasbourg, où nous Favons vu, entouré de toute une pléiade de jeunes gens qu’il formait au ministère pastoral.

Le départ de Calvin avait entraîné celui de

1 II exigeait pour les paeteura le droit de censure et d’excommurdcation. Il avait d'ailleurs écrit dans aon «Institution * : «Il faut que lee dispensateurs de la parole divine forcent tous Ich grands de ce monde à s’incliner devant la majesté de Dieu ; qu’ils commandent à tous* qu’ils parquent les brebis et exterminent Ica loupa ; qu’ila lient, délient, foudroient, »

SÉBASTIEN CASTE LLION

Mathurin Çordier que les autorités de Neuchâtel s’étaient empressées d’appeler,

A partir de ce moment le Collège périclita.

Lorsque le Conseil de Genève décida de rappeler Calvin , ses amis, Farel et Viret, s’efforcèrent de relever ce collège sur lequel Calvin avait fondé tant d’espérance.

Ils résolurent de le réorganiser et d’en confier la direction à un homme de haute valeur. Le premier auquel ils songèrent fut Charles de Sainte-Marthe, cet humaniste que nous avons vu à Lyon, dans l’entourage de Gastellion et de Gilbert Ducher, Il avait spontanément offert ses services à Calvin mais, à peine était-il agréé par le Conseil, que les autorités françaises le faisaient arrêter et jeter en prison. C’était la seconde fois qu’il était emprisonné pour son attachement à la Réforme.

Après d’autres tentatives auprès de personnalités éminentes du monde universitaire, Farel prononça un nom auquel personne ne pensait : celui de Sébastien Castelliom Farel Pavait-il connu à Strasbourg ! En avait-il entendu parler par Charles de Sainte-Marthe $ L’avait-il remarqué à Genève f Ses anciens camarades Nicolas Parent et Eynard Pichon, amis de Farel, Pavaient-ils désigné % On ne possède aucun renseignement à ce sujet. Ce qui est certain c’est

CASTELLI0N À GE3TÈVB

<]ue le Conseil, n’ayant pas trouvé le professeur expérimenté et connu qu’il cherchait, accueille favorablement cette candidature et nomme Maître Sébastien Castellion, Bégent du collège*

Le jeune humaniste, appelé à cette haute fonction qu’on avait réservée à des hommes comme Sainte- Marthe, Claude Budïn et Mat burin Cordier* n avait que 26 ans* Il sentait lui-même combien était redoutable la tâche qu’on lui confiait et il eut de grandes hésitations* Mais Farel et Viret, Calvin lui -même, le pressant de ne pas se soustraire à ce devoir, il accepta*

Quelques jours après sa nomination, le 20 Juin, il entra en fonctions et se mit ardemment à l’oeuvre* Il adopta, dès le début, la méthode et le plan d’études que Sturm avait si heureusement inaugurés à Strasbourg*

Biais voici que Calvin, ayant réglé sa situation à Strasbourg, arrive à Genève* Il n’avait pas revu le jeune humaniste depuis le jour oh il l’avait laissé à Strasbourg pour se rendre à Batisbonnc.

Il lui dit la reconnaissance qu’il lui gardait pour les soins qu’il avait prodigués aux siens et le dévouement dont il avait fait preuve* Il fit même allusion au regret qu’il avait éprouvé jadis de n’avoir pu le garder dans sa maison à l’arrivée

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