LES REŒBÉS AIL¬ LES CALVINISTES
3ûe
SÉBÂ5TIEH CASTELLION
bien conduites. C'est dans ce sens qu'il décide d'agir. Il fait inscrire sur la liste électorale une soixantaine de réfugiés français qui lui assurent une majorité de tout repos ; mais des p rote stations s'élèvent, une rixe anodine éclate et deux pauvres diables sont arrêtés : 1 C'était une occasion «providentielle» et Calvin allait en tirer un merveilleux parti. Les deux prisonniers sont immédiatement accusés d'avoir participé à un complot. Quelques jours de torture ne leur arrachent aucun aveu ; mais, saignant de * tous leurs pores, ils finissent par dire tout ce qu'on veut. Seulement, à peine délivrés de la corde qui fait gicler le sang de leurs veines éclatées, ils se rétractent; peu importe, ils sont condamnés «à avoir la tête tranchée et leur corps mis en quatre quartiers, »
L'exécution a lieu à Champel, le 3 juillet ; le bourreau leur hache littéralement le cou ; le Conseil indigné devait, plus tard, le priver de son office «pour les avoir trop fait languir. »
Calvin n'était pas de l'avis du Conseil. Ces affreuses souffrances de deux pauvres êtres, pantelants sous la bâche du bourreau, lui arrachent de pieuses actions de grâces. «Pour moi, écrit-il, je suis persuadé que ce n'est pas sans un dessein arrêté de Dieu
1 Les deux Compare t. L’un avait été arrêté pour a voir lancé une pierre occasion fiant une blessure insignifiante ; l'autre, son frère, avait essayé de le faire fuir.
LE TBIÛMFHE DU CALVINISME
que T un et l'autre ont eu à subir, eu dehors de la sentence des juges, un tourment sous la main du bourreau. >>
C'est trois semaines après cette terrible boucherie que fut la mise en quartiers de ces deux victimes de son ambition électorale, que Calvin écrit froidement ces lignes, Ne vous semble-t-il pas que Voltaire avait quelque raison de dire que Calvin avait « une âme atroce ?» Mais le Réformateur avait un intérêt trop grand à se débarrasser de ses ennemis pour en rester là* Quand on est l'homme qu'était Calvin et qu'on tient un tel filon, on en exploite toutes les richesses* L'idée du complot admise, il était facile d'y impliquer tous ses adversaires* Calvin n'y manque pas* Des arrestations nouvelles se produisent ; Claude Genève, Berthelier jeune, sont mis en prison* La % corde >> se met à nouveau de la partie : la torture cependant ne peut arracher aux prisonniers d'autres aveux que celui d'avoir voulu «garder la ville des étrangers et empêcher qu'on ne fît plus de bourgeois. » C'était là, certes, un droit qu'eût dû respecter celui que M, Doumergue appelle pompeusement le fondateur des libertés modernes : « Calvin, s'écriait-il, devant un public frémissant 1, a été le fondateur des libertés économiques et politiques ! » Pour fonder ces libertés
1 Discours sur Calvin et les libertés modernes. Séance publique de rentrée à la Faculté théologique de Paris, Novembre 1898.
dans la cité de Genève, Calvin commence par lui imposer, en vertu de son pouvoir discrétioncàlttn et la nuire, le gouvernement des étrangers. Et, comme torture qUeiqUes Génevois protestent au nom de leur autonomie, il les emprisonne et, comme ils ne consentent pas à avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis, il les fait «passer à la torture» et, confiant, il écrit à un ami : «Nous verrons, j’espère, avant deux jours, ce que la question leur arrachera, » 1 La question restait, pour ce fondateur des libertés politiques, la suprême ressource. C’est dans les verges, les roues, les chevalets, les brodequins de torture, le plomb fondu insinué dans les oreilles les yeux ou la bouche, que résidaient ses procédés d’instruction. Et qu’on n’essaie pas ici encore d’accuser tout un siècle pour excuser Calvin. L’excuse n’aurait pas de valeur. Il est vrai, certes que l’usage de la torture était général et que tout le monde l’acceptait, mais le pseudo-fondateur des libertés modernes n’aurait pas dû agir comme tout le monde. Il y avait, de son temps, un homme qui répudiait hautement la torture :
«Ou bien, die ait 41 avec son bon sens d’homme de logique et d’équité, ou bien F accusé est déjà convaincu du crime et la torture est inutile, ou bien il n’ est que soupçonné et alors il est à redouter que la souffrance ou la peur de la souffrance ne faussent son témoignage. Mais, lui objecte-t-on, il y a des
1 Opp. Calvin i XV, 693*
LE TRIOMPHE Htr CALVINISME
coupables qui échapperont à la justice ! Eh bien, répond -il, aucune loi n1 ordonne de punir les criminels que vous ne connaissez pas- Contentez-vous de condamner ceux que vous connaissez 1 — Mais la torture a fait parfois découvrir des coupables î Est-co sûr? Quoiqu’il en soit, il peut arriver à un charlatan de guérir, par hasard- Cela prouve- 1- il en faveur de sa méthode ?
Mais c’étaient là les doctrines d’un monstre, d'un chien, d’un impie, puisqu'elles émanaient de Castelliort. Le «fondateur des libertés modernes» ne donnait pas dans de semblables erreurs : rien ne valait la corde pour violenter les consciences dans leur parti pris de silence ; et un bon brodequin, bien coincé, valait mieux que toutes les exhortations.
Le malheur est que cela ne réussissait pas toujours : la torture ne put arracher aux accusés aucun aveu compromettant- Mais à quoi bon des aveux, quand on a la force $ Bertbelier aîné et un autre prisonnier, Pierre, qui avaient cru prudent de fuir, sont condamnés à mort, par contumace, Claude Genève est exécuté, et le jeune Bertbelier, malgré les suppliques émouvantes de sa mère qui rappelait les services rendus à la cité par le chef de la famille, subit le même sort. Alors, dans tous les pays de la Béforme, on sent passer un frisson d'épouvante. Haller, un des amis de Calvin, écrit qu'à Berne «on ne rencontre plus un homme sur cent, qui dise du bien de Calvin. » Hoffmann affirme «qu'on n’en parle pas mieux à Bâle qu’à Paris». Musculus, de Strasbourg,