DES LETTRES
table échec, il tâcha de redevenir l'humaniste qu'il avait été dans ses jeunes ans. Il fit des éditions savantes d'auteurs classiques et traduisit Homère,
Mais le cœur n'y était plus. Ce qui eût fait jadis sa joie faisait alors son tourment :
«Il y a 22 ans environ, écrit- il avec une confiance pleine d'abandon, j'étais tout jeune, séduit par l’éclat du nom d'Homère et plus encore par la beauté de ses chants; je me suis adonné à cette lecture avec plus de passion que je n’aurais dû. Les saintes lettres, au contraire, tout en m'attirant, me rebutaient alors, par leur défaut d’intelligence et je ne m'y appliquais pas autant qu’il convenait, mais maintenant que mon âme, éclairée par Christ* d’une lumière plus haute, voudrait se consacrer
1 Atticus, surnom de Titus Pomponuts. àr cours de la. rivalité de Marius et de Sïlla, il se retira à Athènes où il se voua à Fétude du grec.
tout entière à ces études meilleures* la nécessité veut que j’exerce, dans Tâge mûr, Fart trop aimé de ma jeunesse* Je ressemble aux Israélites qui, après avoir servi avec joie les Chaldéens, durent les servir ensuite par force*
Saisi par les grandes réalités de la vie spirituelle, Castellion ne peut pas en détacher sa pensée* Un de ses élèves même, le jeune Flatter, s’en plaint, n le trouve beaucoup trop préoccupé des choses religieuses ; cette piété lui paraît trop austère ; Castellion, d’après lui, ne permet pas à ses étudiants de lire autre chose que les Ecritures, «Sans doute, c’est un homme pieux et savant, mais avec tant de piété nous n’oserons pas même vivre,»1
C’est cet homme que Calvin appelait une x>este, un impie, un blasphémateur. Le reproche du jeune Flatter devait être repris, plus tard, par Pierre Eamus qui regrettait que Castellion ne se fût pas voué exclusivement à «la République des Lettres» où il eût pu rendre d’incommensurables services, Bayle qui cite, en l’approuvant, ce jugement si précieux, remarque que Castellion «se fût, de la sorte, garanti de mille chagrins.» Mais il faut croire que Castellion n’était pas de cet avis puisque, entre cette existence de paisible humaniste qu’on lui souhaitait et les périls de son attitude de Réformateur religieux, ce sont ces périls qu’il préfère. C’est que, par-dessus tout, il place la vie religieuse :
1 Lettres do Thomas Plattea; tome XIX
LE TRIOMPHE DU CALVINISME
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«11 faut, écrivait-il, traiter l’accessoire comme accessoire, et l'essentiel comme essentiel» Il ne faut x^as b1 attacher essentiellement aux sciences humaines et ne donner aux sciences divines qu’une attention passagère, car il est juste que les sciences divines aieut le pas sur les sciences humaines. ï>
Sa façon de comprendre les études classiques et de les faire servir à la vie spirituelle et morale de ses étudiants, lui acquiert bien vite une grande popularité» «Ils sont nombreux, écrit Hotman à Calvin, les étudiants qui ont voué à Castellion une affection profonde & ; et il souligne, avec quelque stupéfaction, les surprenants effets de son influence religieuse et de sa piété. Mais il faudrait faire une étude spéciale de ses relations universitaires pour avoir une idée de son action sur l’âme des jeunes. De petits groupes se forment ; ici les Flamands et les Frisons qui se feront, plus tard dans leur pays, les porteurs de sa bonne nouvelle de tolérance ; là, un groupe compact de Français où Fou trouve, avec les fils do son ancien camarade de Lyon, Georges Argentier, trois autres jeunes Lyonnais et un Toulousain au sang chaud, Pierre de Villate qui, devant les attaques dont son maître était l’objet à Strasbourg, songea à dégainer ; mais il se souvint à temps que les luttes de Fesprit se soutenaient «avec d’autres armes.» Les jeunes de la Boissière et Isaac Trégouët formaient un cercle plus intime, mais ces groupements sympathiques de jeunes gens ne donneraient qu’une idée bien
ENTOURAGE Et INFLUENCE DE OASTELLlüN