‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 84 sur 110 · DÉNONCIATION DE TH. DE BÈZE · texte numérisé non relu

DÉNONCIATION DE TH. DE BÈZE

oastellion MIS EN ACCUSATION

C’est là évidemment une accusation que ses adversaires ne produiront pas* Elle domine cependant tout le débat, comme elle dominait jadis toutes les poursuites* Mais voici qu’à la grande joie de son accusateur, réduit à puiser les raisons de sa plainte dans les livres de Théodore de Bèze, un événement nouveau se produit qui devait fort inopinément fortifier son dossier* Castellion avait traduit, pour uu éditeur de Bâle, un livre de Bernard Ochino, le pasteur des réfugiés de Zurich1* Ce livre composé de trente dialogues (c’était d’ailleurs son titre) examinait, au point de vue critique, les dogmes essentiels du Calvinisme : la trînité, l’expiation, la divinité du Christ, les sacrements, etc* Dans le dialogue concernant le mariage, Ochino posait incidemment la question de la moralité des peuples polygames* Les considérations qu’il présentait à ce sujet pouvaient, à condition d’être savamment exploitées, donner lieu à de graves accusations* C’est à Strasbourg que Bodenstein apprit l’événement* Immédiatement il s’en empara et porta plainte, adjurant les magistrats de Bâle de ne pas tolérer de semblables monstruosités* Les magistrats émus

1 Ochino avait été général de P ordre des Capucine et confesseur du l'apc Paul III, Converti à la Réforme, il fut nommé pasteur d’abord à, Genève* puis à Londres et enfin à Ziirich. Il s’était nettement prononcé contre la mort de Serve! Ses tendances individualistes lui firent de nombreux adversaires, II écrivit des études critiques fortement pensées et documentées sur les doctrines calvinistes.

DERNIÈRES LUTTES ET DEFAITE FINALE

sévirent avec quelque intempérance. Qchino destitué, chassé de Zurich, dut sortir de la ville, en plein hiver, avec ses enfants tout jeunes. Son grand âge ne lui permettait pas de longues étapes. Sur sa route, il trouva toutes les portes closes. Avertis par ses adversaires, les hôteliers lui refusaient l’hospitalité. Les villes se fermaient devant lui. C’est ainsi qu’il traversa Bâle, Mulhouse, Francfort et, partout, des ordres mystérieux lui réservaient le même accueil. Il put se réfugier quelque temps à Nuremberg où il écrivit nue éloquente défense et se rendit en Pologne. Mais un décret royal l'expulsait, à peine arrivé, et pauvre, abandonné de tous, il mourut sur la route de la Moravie (1566).

Le sort qu’on réservait à Castellion était-il de même nature 1 Peut-être, dans la pensée de ses adversaires ; mais il semble bien (si Ton en croit les craintes de Fun d’eux) que, l’opinion publique lui étant favorable, les magistrats y eussent regardé à deux fois, avant de le condamner. Castellion d’ailleurs devait échapper à ces nouvelles poursuites. En proie depuis de longs mois à ime fièvre intense, brisé par de graves douleurs d’estomac qu’un régime sévère n’arrivait pas à dissiper, épuisé par le surmenage et les veilles, les soucis et les privations, Castellion ne devait pas résister à ces secousses multiples.

C’est dans rintervaUe des crises qui le laissaient

BUERÊME

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