ÉPUISÉ
s’écoulent sans que la blessure soit guérie ! O mon Dieu, toi qui sondes mon cœur et le cœur de mes adversaires, viens efc juge ma causer
Dieu a tardé à venir, mais déjà, dans la conscience de tous ceux que n’aveuglait pas le parti pris, son Esprit suscitait des protestations indignées. De nombreux étudiants, des professeurs, ses collègues, des amis dévoués, se pressaient autour de lui. Sa réponse était trop respectueuse, trop mesurée, trop émouvante dans sa simplicité pour ne pas faire sur ses juges une impression profonde. Malheureusement, si l’âme restait encore ardente, pleine d’enthousiasme et de vie, d’espérance et de foi, le coips semblait ne la soutenir qu’avec peine. La lame, toujours effilée, frémissait au dedans du fourreau, mais le fourreau vieilli, usé, rompu en maints endroits, refusait tout service.
Vivrait-il assez pour voir ses adversaires confondus Que lui réservait le lendemain ? L’heure n’allait-elle pas sonner de déposer l’armure ? Il sentit le besoin de relire les dispositions testamentaires qu’il avait jadis écrites à un moment où les poursuites haineuses, dont il était l’objet, mettaient tant de crainte au coeur des siens. 11 voulait être prêt. Son testament était bref d'ailleurs. Il l’avait voulu exempt de fleurs de rhétorique et de déclarations retentissantes, mais c’était l’expression des dernières volontés d’un croyant, et le huguenot austère s?y manifeste à chaque ligne-
DERNIÈRES LUTTES ET DÉFAITE FINALE
« Au nom de Dieu qui a fait le ciel et la terre, et de Jésus* Christ son fils, notre Seigneur.
Pour ce que je ne sais quand il plaira à Dieu de me retirer de cette vie, il m’a semblé bon, étant maintenant en bonne .santé et du corps et de F entendement, de faire et écrire mon testament, afin que, cas avenant, mes héritiers sachent ma dernière volonté.
Premièrement donc j’ordonne pour tuteur de ma femme et de mes enfants, Monsieur Nicolas Blesdyck. . . .
Arrivé ici, Castellion s'arrêta : Blesdyck avait quitté Bâle, depuis le jour où ce testament avait été écrit. Il était en Allemagne et ne pouvait être d’aucun secours à ses enfants. Alors, biffant ce nom, Castellion le remplaça par celui de « Monsieur Jehan Bauhin, médecine Et il reprit sa lecture:
Premièrement donc, j’ordonne pour tuteurs de ma femme et de mes enfants. Monsieur Jehan Bauhin, médecin, Monsieur Jehan Brandmiller, prédicant, les priant d’en prendre la charge et, par l’amitié que nous nous portions en Christ, espérant qu’ils le feront.
Secondement, quant à l’héritage (lequel appartient à ma femme et à mes enfants) je veux qu’il en soit fait selon les lois et coutumes de Bâle.
lier cernent, quant à quelques livres dont je suis auteur, qui ne sont pas imprimés, j’ordonne qu’il en soit fait, selon la prudence que Dieu donnera aux dits tuteurs et, quant à moi, je leur en baille pleine puissance . . , . $
Ses «livres qui ne sont pas imprimés,» ses manuscrits en qui palpitait un peu de sa vie intérieure, dû peu de son âme vivante, qu 'adviendra! t-il d’eus; t