‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 97 sur 110 · DE L HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

DE L HÉRÉSIE

de ce qu'aucun livre ne doit être publié sans privilège, comme cela se pratiquait du temps des Inquisiteurs. La liberté a toujours consisté à parler librement et F on a toujours considéré la pratique contraire comme une marque de tyrannie. »

A ce coup inattendu, les Calvinistes répliquèrent « qu'ils n’avaient jamais eu dessein d'imposer aux Etats leurs décrets synodaux, mais .... qu'on devait faire en sorte que le peuple ne tombât point dans une licence eff renée qui ne produirait que désordres et confusion,#

Le moment était favorable pour une discussion d’idées. Les esprits semblaient assez calmes. Coornhert décida d’en profiter. On comprend de qnel prix pouvait être, pour eet homme épris d’une religion de liberté, les écrits de Castellion. Sa première pensée est de traduire les quatre dialogues édités par Socin, Ils lui paraissent porter un coup mortel à cette désespérante doctrine de la prédestination qui lui apparaît comme la négation même de la Bonde Nouvelle du Maître qu'il sert. Il se met à l'œuvre et, en 1581 et 1582, paraissent ses deux traductions du dialogue sut la foi 1 * 3, et du traité de V obéissance a L'éditeur mystérieux les faisait suivre presque im-

1 Mais alors que Socts avait donné aux interlocuteurs dèfl noms symboliques, Gogbnhkrt leur rend les noms que. Castellion avait choisis ; Louis et Frédéric. Avait-il déjà le manuscrit sous les yeux 1 Car il est à remarquer que presque tous les manuscrits de OiSTELLiotr sont en Hollande dans

les bibliothèques des Remontrants.

3 Probablement inédit à cette époque.

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médiatement, des trois autres dialogues traduits par Dirck Kemp (1582) et le tout fut réédité, à maintes reprises. Il serait intéressant de savoir 1? impression produite par ces publications et de suivre, dans la pensée des contemporains de Coornhert, le lent développement des idées nouvelles. Malheureusement le processus de l’évolution spirituelle d5un peuple échappe à tontes les investigations, et ici no us nous trouvons en présence d’une initiative trop hardie pour que les Calvinistes n’aient pas tout fait pour V ensevelir dans l'oubli. Coornhert était trop suspect pour qu’on s’en réclamât, et il lui suffisait de mettre son nom à côté du nom, plus suspect encore, du libre croyant de Bâle, pour que le Calvinisme régnant se livrât, à son égard, à la méthode du silence. Le moment ne tardera pas à venir où ses doctrines, décrétées hérétiques, seront dénoncées comme pernicieuses* Plus tard, sa réputation d’hérétique sera si notoirement établie, que personne ne voudra se rattacher à lui et que ceux-là même qui vivront de sa doctrine déclareront qu’ils n’ont rien de commun avec lui. Aussi devons -no us, pour pénétrer dans l’âme de ses lecteurs, nous pencher sur ces préfaces où se reflète la pensée des traducteurs et qui sont un peu comme le miroir du temps. À propos de la Bible de Oastellion, M. Buisson dit avec raison qu’au XVTéme siècle, les préfaces jouent un rôle capital. Ce qui était vrai pour la France, l’é-

tait, poiu' le? Pays-Bas, qui ne devaient pas tarder à devenir les grands éditeurs de la pensée mondiale :

E3 PKÉFA0H3 nO « ]£n ce temps d'enthousiasme et de controverses, où

Lxvrème siècle rien ûïexîsta|t qui ressemblât à la presse périodique pour satisfaire à la prodigieuse activité des esprits, on faisait volontiers servir les préfaces a F office que remplirent, plus tard, les écrite de circonstance, libelles, pamphlets, brochures puis les mémoires et, de nos jours, les articles de revue. Uepistola nuncupatoria , au temps de la Renaissance, tenait un peu de tous ces genres, qui notaient pas encore nés. Là s'épanchaient volontiers les passions du moment, là perçait à Pimproviste mainte opinion nouvelle. Tantôt naïves comme une suite de confidences, tantôt ardentes comme Pécho de la controverse d’hier, tantôt graves comme une déclaration de principes, ces préfaces sont la page la plus vivante de Phistoiro des idées au XVI&» siècle. Et dans la littérature protestante en particulier, on pourrait presque marquer les étapes de la Réforme par les manifestes lances sous cette forme en tête de quelque traité tkéologîqne. 1 »

Et c’est une circonstance heureuse, car sam cela, dans la genèse progressive des idées libérales qui précédèrent l’éclosion de l’Arminianisme dans les Pays-Bas, nous ne posséderions aucun document. Or, comme c’est de cette orientation nouvelle de l’âme religieuse qu’est née l’âme moderne, il y aurait là une lacune regrettable. Kous ne prétendons pas apporter, à l’histoire des idées, des éléments absolument inconnus; mais il nous semble qn’en cette

M. Buissok page 30Î (tome I)

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période, trop peu explorée, les moindres grains de mil seront un enrichissement \

Coornhert, dans la préface de sa traduction du LE DESS3mr ™

COORVHSftT

traité sur la foi , nous donne quelques renseignements sur son dessein. . * *

«Dans le domaine de la pensée, écrit-il. la possession du vrai ue peut être une joie que si on la partage* * . * Les 4 lépreux de Samarie éprouvaient sûrement un sentiment de même nature, lorsqu’au lieu de se complaire dans Fîncom. mensurable richesse de leurs trésors royaux, ils répandirent sur leur ville affamée, avec une abondance inusitée, toutes sortes d’aliments que se partageait le peuple* Mais vous vous demandez sans doute, lecteur, oû je veux en venir ?

Voici* C’est que je constate — non plus dans une ville seulement, mais dans un pays tout entier — une extrême disette spirituelle et une grande faim , L’esprit de secte, redoutable ivraie, a étouffé le divin froment* Or voici que, précisément me tombe entre les mains ce petit livre avec quelques autres livres du même auteur. Il était en latin, mais il m'a paru si attrayant , il m'a paru si riche en pur fr ornent t que je n’ai pu résister à la joie de partager ma fortune imprévue avec mes compatriotes.^

On ne saurait dire plus ingénument la surprise heureuse qui s’est emparée de lui, à la lecture de ce petit livre d’inspiration si chrétienne :

Je l’ai traduit, contîmie-t-il, et Dieu voulant, je me promets les effets des bien d'en faire autant pour les autres traités et les autres ouvrages calomnies calde CaMellion. , , * Certes, j’estime qu’il est assez indifférent

1 II noue semble aussi que les historiens hollandais ont un peu trop négligé une source do documentation qui a sa valeur.

en général de savoir ce quêtait Fauteur d’un bon livre, il suffit que son livre soit bon. Mais comme des écrivains aimés du publie se sont efforcés} dans des libelles pleins de fid , de souiller le nom de cet auteur, et comme d’autre part, il &e pourrait que des hommes de bonne volonté mais, crédules, éprouvent des scrupules à lire ce petit livre, et à se nourrir de sa féconde substance, il me paraît que c’est là une raison suffisante pour produire ici les témoignages plus autorisés d’habitants de la ville où Castellion a vécu, où i! est mort et où il a été enterré. Ces témoignages- là méritent autrement de créance que les témoignages de n’importe qui et, en particulier, de ses persécuteurs, que leurs poursuites ont rendus odieux* Ils disent ce qu’ils ont vu de leurs propres yeux et non pas ce qu’ils ont entendu dire. » 1

Et Goornhert cite ici successivement une série de documents, extraits du « Théâtre de la vie humaine», dont nous connaissons la pensée générale a. Mais cette préoccupation de défendre la mémoire de Castellion montre quel mal lui avaient fait les injurieuses accusations des Eéformateurs de Genève, Par avance, ils avaient empoisonné V atmosphère; il n’y avait plus un seul endroit au monde où la calomnie n’eût fait son œuvre et il suffisait d’évoquer le nom- de Castellion pour qu’immédiatement les épithètes grossières et haineuses des Réformateurs de Genève surgissent en la mémoire de tous et lui enlèvent tout crédit. Par là peut-être, les Eéformateurs ont reculé, de plusieurs siècles, la libération spirituelle des églises de la Béforme,

1 Proeve vaut ware ende valsche Gheloowe. 1581. a Voir le récit des épisodes qui ont suivi la mort de Castellion,

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et donné le caractère d’une révolte à ce qui aui^ait pu être une naturelle évolution. Du bûcher, où iis brûlèrent Servet, ou du pilori où ils clouèrent leur victime de Bâle* on se demande ce qui, dans Patfcitude ecclésiastique des Réformateurs, est le plus criminel ou le plus odieux* Mais <<!e méchant, dit Fauteur du livre des Proverbes, fait une œuvre qui le trompe.» Et celui qu’on avait dénoncé partout comme un « brouillon » devenait, pour les nouvelles générations, rinitiateur aimé et respecté de la paix religieuse, l’écho de la vérité divine, et l'annonciateur d’une aurore imprévue* Voici comment le LË LrvBE PAfiLB traducteur des traités de Oastellion fait parler son ouvrage, car, dans les éditions hollandaises du XVIe siècle, par une jolie fiction, c’était le livre lui-même qui prenait la parole ;

« Le petit livre parle ; Cherches ! vous ne trouverez rien qui ait soulevé plus do querelles et plus de haine que les questions de prédestination, de salut, de libre arbitre et de foi* On dirait que F esprit de F homme s'ingénie à obscurcir la lumière de Dieu. Le coeur docile se complaît dans une certitude redoutable et trompeuse ! Hais voici, ces ténèbres çt ces sottes quer elles ^ je les dissipe sans contestation possible, simplement, brièvement, de lumineuse façon — non par un escamotage habile — mais par la vérité meme de Dieu. >> 1

Et comme si l'amoncellement de calomnies haineuses ne devait peser que sur les épaules de ceux

Du hollandais; Teæmctiapnickcii, 1681,

qui s’en étaient rendus coupables, Coornliert ajoute, selon r habitude, ce quatrain auquel je voudrais conserver toute sa grâce naïve :

Sans la bonté, nul ne vivra vraiment,

Le méchant endurci se ferme à la bonté,

Tti ne vivras vraiment que si tu meurs au mal.

Si tu ne veux mourir, meurs donc au mal. Sois bon. 1

N’y a-t-il pas, dans ce raccourci rapide, une petite esquisse de la religion de la Bonté qui procure la vie ? Et n’est-ce pas un peu la religion de celui qui disait : « Il n’y a qu’un seul bon ! C’est Bien. » cooenheut et Coornhert ne devait pas cesser, un instant, de s’ocles cÆVEiisTES cuper de ceg graves questions qui troublaient si profondément son âme et l’âme de ses contemporains. Mais il avait à soutenir des luttes redoutables qui ne lui laissaient guère de repos, et ses travaux personnels exigeaient qu’il leur accordât aussi quelque attention, s’il voulait mener son œuvre à bonne fin. Il avait alors soixante ans, et ses adversaires le harcelaient sans trêve. La répulsion qu’il ne cessait de manifester pour le régime d’intransigeance calviniste, lui créait de constants conflits avec les autorités. C’est à ce moment qu’ü écrivit son étude critique du Catéchisme néerlandais 2 et il n’est pas nécessaire d’insister, pour comprendre l’influence

1 Du hollandais Van de Gehoorsaernheyt. 1582. a Elle parut en 1582.

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que les idées de Castellion, dont il était rempli, po uvaient exercer sur sa pensée. Sa réfutation était très énergique. Les « ecclésiastiques » s'en plaignirent amèrement, dans une requête à la Cour de Hollande : « On tolère, disaient-ils, des personnes qui blasphèment contre la vraie Beligion.,.. On imprime et débite des livres écrits contre la Foi, et même Von attaque le Catéchisme et on dédie aux Etats les ouvrages où on le critique.»1 Les Etats répondirent « que Ton supprimerait tous les exemplaires du livre qui aurait été publié contre le Catéchisme. » 2

Mais ces mesures ne décourageaient pas l’héroïque défenseur de la liberté de conscience. Le professeur Juste Lipse, ayant soutenu dans un de ses livres qu’on ne devait tolérer qu’une religion dans le pays et qu’il était permis de punir les hérétiques, Ooomhert se dressa en face de ce nouvel adversaire et soutint énergiquement la doctrine contraire. Les arguments qu’il invoque sont directement tirés du Traité des hérétiques et les témoignages qu’il cite sont ceux que citait Castellion*

Comme si sa pensée, au cours de cette généreuse campagne, lui avait montré la nécessité de combattre ses adversaires avec les armes du Béformateur

1 Requête aux Etats de Hollande I5S7. Cité par G ; Bbajïdt. Histoire de la Réformation dea Pays-Bas» pages 315 et 3 16.

s * H est à craindre, ajoute F historien hollandais, que Fintranaîgeancü dea Calvinistes, an cours dn XVI6 siècle, n’ait augmenté le dégoût que plusieurs personnes avaient déjà conçu pour leur religion. * Page 316.

libéra! de Bâle, malgré que la préparation de son ouvrage sur la prédestination l’absorbât profondément, il décida de traduire sans retard ce livre mysencohe cas- térieux que Calvin avait jadis dénoncé et combat-

TELUCN

tu avec tant de violence dans sou libelle intitulé: « Calomnies d’un brouillon. » Le titre qu'il lui donne était probablement celui de l'édition d'Anvers \ mais sa pensée ne s'immobilise pas dans la critique d'une doctrine qu'il a depuis longtemps jugée. Sa préface est révélatrice de son état d'esprit :

«Voua savez, écrit-il, vous savez, ami lecteur, l'importance que Calvin et Bèze donnent au dogme de la prédestination éternelle de Dieu, Us le tiennent pour indispensable au salut, et Théodore de Bèze dit que c’est le seul fondement de *a foi. Leurs écrits sont là pour montrer le zèle qu’ils ont mis à plonger dans cette mer sans fond de choses mystérieuses et inconcevables, mais leurs écrits sont là aussi, pour témoigner des sottises qu’ils ont pu émettre à ce sujet. , , , Il faut dire que leur doctrine a fortement déplu à un grand nombre de gens qui se réclament de cette religion qu’on nomme réformée Elle a aussi fortement déplu à Fauteur de ce traité qui, d’après Us Réformateurs de Genève, serait Gastellion, Je n’ai pas cru pouvoir laisser ignorer à mes compatriotes un document semblable. Si la doctrine prédestinatienne vous rebute, évitez -la et ne craignez pas de V éviter. À quoi bon d’ailleurs l’étude approfondie de mystères qui nécessairement nous échappent ?

1 Voir page 328 * Critique abrégée du dogme de Calvin sur la FrédestimUon divine, écrit, d’ après ^affirmation de Calvin et de Bèze, par Sébastien Cas* tellton et combattu par le susdit Calvin dans son libelle : * Calomnie* d’un vaurien »,

2 Cette désignation assez dédaigneuse est familière à Goüenhmït et montre bien que, comme Oasteluon, il avait le sentiment quJà Genève, bous le pontificat de Calvin, il n*y avait pas grand’ chose de changé

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Cherchez premièrement la vie en Dieu* Imitez le Christ* Vivez en sa lumière, qui est la lumière de Dieu. Cela seul est nécessaire à votre salut . * * * -Je voudrais que ce traité vous montrât que ce sont là des questions oiseuses et que F essentiel est d’obéir, dans une humble consécration de toutes vos énergies, à cette exhortation évangélique: «Ne visez pas à la connaissance de toutes choses, mais gardez la foi* >> Ceux qui veulent pénétrer les mystères de Dieu seront confondus Puissiez- vous laisser de côté ces choses inutiles qui, fermées à tous, remplissent d'orgueil ceux qui prétendent les connaître* mais ne les rendent pas meilleurs, La vie est trop brève pour l’épuiser à ces choses stériles* L'essentiel n'est pas tant de savoir que de tendre à la perfection. Et cela, Dieu, la source de toute grâce excellente, le dispense à tous par Jésus Christ, notre Seigneur* 1 * 3 * A vous

D* V* COÛRNHERT*

Voilà certes, une belle lettre ouverte aux habitants de la Hollande* Croyez-vous que des manifestations de cette nature pouvaient passer inaperçues %

Nous sommes en 1590* Coornhert, épuisé par ses luttes, s’était retiré à Gouda et c’est là qu’il mourut* Son ami Spieghel écrivit pour lui une épitaphe familière aux Hollandais qui la citent sans cesse, sans savoir que c’est sur sa pierre tombale, devant le chœur de la grande Eglise, qu’elle fut pour la première fois gravée* û

1 Du hollandais Préface de la * Critique abrégée. * Tome XII des osuvrea

de Oû Û-RJï HE et .

3 «Hier rusfc — Wiene lusfc — En vreugd — Waa deugd, — —

En 5 1 waer — Hoe ewaer - — ’Ûok vie), — Noch eticht — Syn

dîcht — Gegchrijf; — Ma a* ’t lijf — Hier bleef st — God heeffc — De zieh*

L'influence de Ooornkert n'avait pas été vaine* Certes les Calvinistes ne perdaient pas l’espoir de régenter les consciences, mais les autorités faisaient la sourde oreille. Les Magistrats n’étaient pas tous acquis à leurs idées. Plusieurs d'entre eux étaient fort instruits et très émancipés. Ils lisaient couramvinent le latin et le français, et ils n'ignoraient rien de la lutte émouvante que Castellion avait soutenue jadis contre le tout-puissant Calvin. H y en avait même un certain nombre qui se réclamaient ouvertement de Coornkert, Une des personnalités les plus brillantes de cette époque, C. P. de Hooft, bourgmestre d’Amsterdam, ne faisait pas mystère de sa sympathie pour ses idées, et à maintes reprises, il en a fait Féloge \ Il les professait d'ailleurs lui-même, avec une fermeté qui n'était pas sans prix dans ces temps troublés, A l’occasion d'un pauvre diable d'hérétique qui professait des idées bizarres, il prononça un discours qui restera comme un des pins beaux témoignages de la tolérance des libres croyants du XVIe siècle et qui semble un résumé des idées émises quarante ans auparavant par le persécuté de Bâle, Avec quelle émotion, les disciples de Castellion retrouvent, dans ce discours, d’une si belle tenue et d’une si haute éloquence, les idées chères

1 Brandt page 325.

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à leur maître ! Le Bourgmestre d’Amsterdam était un authentï q ne Èeïïianw te * 1

«Est- il raisonnable* disait -îl en plein Conseil* de faire mourir tous ceux que le clergé2 traite de blasphémateurs! D’ailleurs on donne à ce mot un sens si étendu, qu'il renferme les Papistes, les Luthériens, les Mcnnonites, les enthousiastes et presque tous ceux qui ne se conforment pas entièrement à notre Eglise. , , , >>

Ici I1 orateur évoque le douloureux souvenir des récents massacres du duc d’Àlbe :

« On dira peut-être que les Espagnols persécutaient sans raison, et que nous le faisons très justement. Mais les Papistes et les Luthériens disent la meme chose partout oû ils sont les maîtres. Chacun s'imagine avoir la raison de son côté , et personne ne manquera de prétextes pour exercer des cruautés. Si nous continuons sur cc pied la, ne doutons pas de la ruine de notre patrie. Nous devons donc prévenir un tel malheur dès le commencement. Au lieu d'employer la violence, nous ne devons employer que la douceur et la modération : c'est ainsi que Von doit établir la vraie Eglise. »

Quel est le partisan de Calvin qui oserait soutenir, eu lisant ces lignes, que P, O. de Hooft s’inspire de Calvin I N’est-ce pas contre Calvin qu’il parle et contre Théodore de Bèze ? ÎTest-ce pas dans le sens du Réformateur de Bâle s ! Mais voici qui est encore plus caractéristique ;

1 Voir Traité des k&êtîqueé do Martin Bellte (Castellton). Le Bd lia marne resta longtemps Peîcprcssion par laquelle on désignait les défenseura de l’idée de tolérance.

Léÿ autorités ecclesiastiques de Li Réforme calviniste.

Et n’y a-t-il pas une analogie de termes presque absolue avec le - conîra UbeUum Calvini ? »

SÉBASTIEN CASTELUON

« Il serait avantageux à P Etat, continue P, de Hooft, d'ordonner à Messieurs les Ministres de se renfermer dans les bornes de leur vocation» L'expérience nous apprend que ces ecclésiastiques 1 2 3 ont de la peine à se modérer si nous nous relâchons trop, et qu'ils tâchent non seulement de renouveler la persécution des autres sectes, mais encore d'exciter des troubles parmi le peuple.»»* Il me semble que la vie des hommes ne doit pas dépendre des subtilités des savants . , , , d’ailleurs il est fort surprenant que ceux qui soutiennent avec tant d'ardeur la doctrine de la Prédestination soient si disposés à persécuter les errants et à violenter les consciencest car si leur doctrine est vraie, il riy a personne gui puisse éviter les choses auxquelles on est prédestiné* 2 Pour ce qui est des passages de l'Ancien Testament* que les Ministres citent, quelques savants ont justifié la persécution et d'autres Vont condamnée par ces mêmes passages, 3 II me suffit d'observer

ici que les méchants ont toujours persécuté les bons -

D'ailleurs les habitants de ce pays ne croient-ils pas généralement que l'on ne doit inquiéter personne à cause de sa religion ? Cette opinion est sans doute fondée sur ce fait, que c'est pour obtenir la liberté de conscience qu'on entreprit une guerre si onéreuse. Ce même sentiment est aussi fondé sur les diverses déclarations et protestations publique, touchant la Religion, qui furent faites par tous les Reformes 4 . . - - On peut aisément connaître les intentions des membres du Consistoire, par le mémoire qu'ils présentèrent le mois de mai dernier. Ils voudraient que l'on fît des Lois qui défendissent, à ceux qui ont des sentiments différents des leurs t de les com-

1 II s'agît surtout des réfugiés calvinistes qui, venus de Belgique, animés de V esprit de Calvin, se montraient intraitables*

2 Gornparcr avec îea argumente de Gastelliqn* dans le Contra Ubdlum Çalvini.

3 Allusion évidente au Traité des hêrétigues*

fl On dirait* tant P. de Hooft est sur d'établir ici le postulat nécessaire de la Réforme* qu'il oublie Calvin et Bèïe,

Là RÉFORME OE LA EÊFORAIE

muniquer aux autres ; ils appellent cela répandre des erreurs, inquiéter les Réformés et troubler leur conscience ,

Cette plainte aurait quelque fondement si ceux qui répara dent leurs opinions, étaient convaincus que ce sont des erreurs.

Mais peut-on s’imaginer raisonnablement qu'ils cesseront de communiquer leurs sentiments, comme s’ils étaient persuadés qu'ils sont dans F erreur ? Toutes les sectes ne se croient pas moins obligées que les Calvinistes de travailler à F avancement de leur religion ? 1 Supposons maintenant qu’il soit convenable de les empêcher et voyons de quelle manière cela doit se faire* Il faudra sans doute que les magistrats interposent leur autorité , au cas où on ne pourrait pas, par des conférences amiables, ramener ceux qui errent* Examinons ensuite si on doit les corriger, selon les Lois de 1’Eeritou» Sainte ou selon F espri t du papisme ; c’est-à-dire par des lois sanguinaires - Quel effet ont-elles produit lorsque le Roi d’Espagne

les appliquait ? - Malgré les supplices les plus cruels , le

nombre des hérétiques augmentait de plus en plus, de sorte qu’après un massacre continuel, qui dura 25 ans..** les habitants de cetto province secouèrent le joug. Mais certainement ce ne fut pas dans le dessein de le subir une seconde fois. Réfléchissant sur les accusations injustes des Calvinistes contre tous ceux qui ne se joignent pas à l’Eglise, considérant la hardiesse de quelques personnes qui, venues de pays étrangers et s’étant incorporées avec FEgîise Réformée, ont entrepris d entrer dans les maisons des Meimonites pour les chicaner sur leur croyance, quoique ces zélateurs n’ignorassent pas que les Etats toléraient les eonventicules des Mennonites dans toute la province, réfléchissant, dis- je, sur tout cela, quelle conclusion en puis- je tirer, sinon que si nous permettons un jour qu’on châtie les hérétiques, on traitera bientôt do la même manière tous ceux qui ne se joignent point à 1 Eglise Réformée ? On ne manquera pas de prétextes, on dira qu Us répandent des erreurs , qu'ils froissent la conscience

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