CONNUS
1 Comparer avee Gastnllioîl
SÉBASTIEK CASTELLlOîT
des simples, qu'ils troublent lu Société, qu'ils attaquent f dusse ment la doctrine de V Eglise ; et peut-être même qu'en évitant la communion de V Eglise, ils scandalisent les bonnes ttfjie.s, Qu© chacun juge à quoi cela aboutira» 1 * * 4 Je crois que moi et mes semblables,, avons autant d'intérêt a nous opposer a ceux qui paraissent si zélés pour V Eglise, qu'aux Espagnols* et je ne suis pas moins persuadé qu5tl y a un nombre incroyable de personnes qui me ressemblent dans toutes les sectes de ce pays* Je ne consentirai jamais que tous ces honnêtes gens soient tourmentés par les Calvinistes. >>
Il faudrait par la pensée, se représenter Calvin écoutant ce discours. D’autre part, que tout lecteur impartial, qui a lu le Traité des hérétiques et le Contra ïibellum Galvini dise s’il n’aurait pas immédiatement prononcé le nom de celui dont l’esprit et la pensée triomphent dans cette admirable manifestation oratoire.
1 À rapprocher de ces déclara tiens, une pétition que la minorité calviniste
de l'Eglise Wallonne d'Amsterdam* faisait déposer* il y a 4 ans, sur le bu*
reau du Consistoire* Je venais de publier une brochure intitulée : * Le Chris- Uanieme et l& s chrétiens, rnod&rties * quî était un simple exposé du Christianisme libéral; c'cst de cette brochure qu’iï s'agit:
4 Les soussignés, membres de l'Eglise wallonne d'Amsterdam* profondément attristés et indignés -de la publication dans notre Eglise de brochures qui attaquent la foi évangélique dans ce qu'elle a- d'essentiel, froissent la coîiæcienec d’un grand nombre de chrétiens et troublent la paix de l'Eglise,
prient respectueusement* mais instamment* le Consistoire qui est chargé de veiller d F enseignement de la pure doctrine, de faire cesser an pareil état de choses. En adressant cette pétition au Consistoire, les soussignés sont assurés d'exprimer les sentiments de toute la fraction évangélique (sic) de 1 hgliee. p Tout y est : attaquer la doctrine, froisser les consciences et troubler la paix ! Les Calvinistes n'ont pas changé de mentalité* Le malheur pour eux est qu'il y a encore des 4P. bb Hooft * pour s'opposer à leur dessein 3 — Mais n'est- ce pas édifiant ? Et la question qui ae débattait au XYIe siècle e&t-elle assez actuelle ?
LA RÉFORME DE LA RÉFORME
<ïSi ropimon de GamaJiel, continue P, de Hooft (et on attendait presque ce nom qui avait fourni à CastelKon un de ses plus émouvants arguments), si Fopinion do Gamaüel était, dans ce temps -là, fondée sur la Eaison et T Equité, comme nous en sommes persuadés, pourquoi ne F approuverions nous pas aujourd^îiui ? Pourquoi persécuterions- nous ceux qui ne pensent pas comme nous sur la religion ? 1
Et après quelques conseils de sagesse, l'orateur terminait sur nue invocation demandant à Bleu « de bénir » son dessein de tolérance mutuelle.
On ne peut résumer de façon plus heureuse la grande doctrine de Bell lus et à chaque phrase on pourrait noter en marge une idée parallèle, prise dans les écrits de Cas tel lion,
Mais si les Etats se montraient tolérants, les Calvinistes s'agitaient. En Prise un mouvement se produit contre les Anabaptistes. Des pasteurs de Haarlem demandent qu'on oblige les fidèles à signer tous Us am la Confession de foi.
Le Consistoire, inquiet des progrès que font les idées de Coornhert, demande à un jeune pasteur, qui a étudié à Genève, avec Théodore de Bèze, de réfuter l'hérésie naissante. Il s'agit de montrer aux magistrats que les idées de Coornhert dont ils font si ostensiblement profession, sont erronées et impies,
1 Histoire de la déformation de» Pays-Bas, page 337 tome L
LA RÉACnOîT CÀLVCÏI&TE
SÉBASTIEN CASTBLLION
Ce pasteur est Àrminius. Un ministre de Middelbourg, Jean Semv? publie un traité du Magistrat où il se déclare nettement contre la liberté de conscience. Deux ministres de Frise 1 éditent en hollandais le livre de Théodore de Bèze sur la Nécessité de châtier les hérétiques . Un vent de réaction calviniste se lève qui menace d'emporter tous les rêves de pacification.
la chandelle c'est alors que Ton voit soudain apparaître un de bA^otE presque oublié déjà et qui pourtant semblait
devoir apporter quelque lumière. C’était encore le Conseil à la France désolée . Mais sous un titre bizarre: Une lanterne du Seigneur, avec en sous-titre: << pour y déposer la chandelle de Savoie 2 qui fut jadis allumée dans le but d'éclairer la France . En dessous, on lisait cette remarque en vers :
Lanterne, chandelle et limette.
Tout cela sera vain Si Pon ne veut pas voir.
La préface était claire et ne dissimulait pas les préoccupations de l'éditeur :
Vous savez sans doute que 4 ou 5 scribes sans esprit critique et sans autorité 3 ont traduit le livre de Théodore de Bèze, concernant le châtiment des hérétiques. J5 ai cru
1 Geldqsp et Bagekmân.
a Allusion au pays dorigînc de Castelliûn.
3 Ici les nome des pasteurs Sedw, Bûqt, Geldohp et Bgoebman,
La RÉFORME DE LA RÉFORME
qu3il iv y avait rien de mieux à faire que d'opposer à cet écrivain avide de sang, le bon, le pacifique, le bienheureux Casteilion, ce vrai fila des prophètes dont le témoignage — k l'encontre de ces suggestions infernales — est tout à V honneur de Dieu, et peut être d’un si grand poids dans la pacification du pays* * . . >>
Jj éditeur s’élève ensuite contre les calomnies dont on a essayé de salir Casteilion :
Maiaj ajoute- t-il en terminant, il est temps de donner la parole à l'auteur. Ma lanterne risquerait d'atténuer l'éclat de la chandelle de Savoie , Je tiens cependant à P élever dans f obscurité de nos voies, en attendant que la lumière de Dieu brille dans le eosur de tous les hommes 1 1 *
À I heure donc ou les doctrines calvinistes menacent d’enténébrer l’horizon de la jeune nation hollandaise* il y a des hommes qui considèrent comme une nécessité primordiale d’allumer à nouveau la << chandelle de Savoie >> pour éclairer leurs sentiers obscurcis. L’utilisation pratique de la pensée de Casteilion aux Pays-Bas* au sein de l’Eglise déformée est devenue d’usage courant* contre la domination calviniste . Bien de tout cela n’échappait aux autorités ecclésiastiques, mais les magistrats* jaloux de leur pouvoir civil* ne voulaient pas sévir. La. situation pourtant était d’autant plus redoutable que les idées de Coornhert n’avaient pas été
1 Ben lanterne dea Heerem {page 2) par l’érudit et chevalier chrétieu
bus, Oàstellïün, d5 heureuse mémoire 1603),
ATurmitra
réfutées. Ànnmius, le jeune pasteur qu’on avait désigné à cet effet s’était récusé, prétextant des travaux plus impérieux. Mais la réalité n? échappait à personne. Ce jeune ministre, disciple de Théodore de Bèze, en qui on avait mis tant d’espérance, montrait des tendances dangereuses, et le bruit courait que la demande du Consistoire lui avait été extrêmement pernicieuse. En étudiant les œuvres de Coornhert pour les réfuter, il en avait approfondi le sens et il y avait reconnu tant de vérité évangélique et de substance chrétienne, qu’il ne pouvait se défendre à son égard, d’une intense sympathie. Le jeune théologien s’était «trouvé » en celui qu’ii devait réfuter. Winckler, dans sou Encyclopédie, note cette transformation intérieure avec une précision de procès-verbal : « Sur l’invitation des autorités ecclésiastiques d’Amsterdam, Arminius se préparait à réfuter Coornhert, mais la lecture attentive de ses écrits devait transformer en allié, celui qui se présentait en contradicteur. » 1
Cela suffisait pour le rendre suspect. Une chaire de professeur était devenue vacante à Leyde 2. Ar* minius semblait tout désigné pour l’occuper. Mais g o mar Gomar, un professeur calviniste, s’y opposa violem¬
ment. Un pasteur wallon de La Haye, ami d’Àrminius, et partageant ses sentiments, disait un jour
1 Encyclopédie geiDuetreerde. Wincki^-Prins. Art. Arminius. 4 Le professeur du Jon (JVntus) venait de mourir {1602).
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à un pasteur d’Amsterdam que & certains réformés paraissaient croire qu’il leur était impossible de se tromper .... qu’ils refusaient de tolérer ceux qui avaient des sentiments différents des leurs dans les moindres choses : que si quelqu’un doutait de quelque article, on le faisait passer immédiatement pour un homme coupable d’hérésie ; et que quelqu’un n’avait pas fait de difficulté pour traiter Arminius d’hérétique ! 1 »
Mais la personnalité d’Arminins s’imposait. H fut nommé professeur et, le 7 février 1604, mis dans l’obligation de traiter la doctrine de la prédestination, il émit quelques thèses qui s’éloignaient si sensiblement de la doctrine Calviniste que, malgré ses précautions oratoires, elles en étaient la négation. Il assurait que son « Système ne contenait rien de nouveau , » « . que Von pouvait avoir des sentiments différents 7 sur divers articles, sans se condamner mu tueîlementj et que l’on devait accorder sur ce point une liberté raisonnable à ceux qui reconnaissaient
les vérités essentielles etc, » 2
En effet, rien n’était nouveau dans cette manifestation universitaire, ni la jrevendi cation d’une liberté raisonnable, ni le support mutuel des opinions de chacun, ni surtout l’idée des thèses hétérodoxes, Arminius aurait eu mauvaise grâce à ne
1 Histoire de la Réforme page 102.
s Bsandt, page 163.
AÀMINIUS ET CASTELLI O N
pas l’avouer puisque sa pensée n'était que le reflet de celle de Coomhert et de celle de Castellion. Quelque chose est nouveau cependant : c’est F introduction de Vhérésie de CasteUkm dans renseignement officiel d'une université calviniste. Et il faut voir avec quelle habileté, quelle prudence, mais quelle clarté, Armiiüus résume la doctrine de T humaniste de Bâle :
« Dieu étant un juste Juge et un Père miséricordieux, avait fait, de toute éternité, cette distinction entre les hommes, que ceux qui renonceraient à leurs pêchés et qui mettraient leur confiance en Jésus Christ , seraient absous de leurs maumises actions et qu’ils jouiraient de la vie éternelle ; mais que les pécheurs endurcis et impénitents seraient punis. Dieu veut que tous les hommes renoncent à leurs péchés, et qu’ après être parvenus à la connaissance de la vérité, ils y persévèrent constamment, mais il ne force personne ! »
Il est inutile de rapprocher de ces quelques lignes les déclaration s de celui que Calvin traitait comme le pins dangereux des hérétiques : elles contiennent l'essence même de la pensée de Castellion : Liberté morale de V homme ; responsabilité spirituelle ; possibilité pour chacun (avec l'aide de Dieu et du Christ) de parvenir à la vie éternelle ; salut offert de toute éternité par le Père céleste , à tontes ses créatures ; râle essentiel de la volonté libre dans V obtention du salut ou dans le juste châtiment du péché .... tout y est, et il est naturel qu’ Arminius n’ait pas voulu revendiquer la paternité d'une doctrine, que de nom-
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breux traités avaient déjà fait connaître sous la paternité de Castellion.
Gomar, le farouche calviniste de Leyde, ne s’y trompe pas. Il prend vis à vis d’Arminius l’attitude de B or r liée à l’égard de Castellion. La discussion s’engage, violente, passionnée, et...* de part et d’autre, les mêmes arguments reparaissent. Gomar accuse Arminîus de pélagianisme et d’orgueil; Arminius accuse Gomar de faire de Dieu V auteur du
pêéhê et de ressusciter le fatalisme antique
Retracer ici cette bataille d’idées, serait reproduire presque textuellement les pages que nous avons consacrées à la discussion de Castellion avec Borrhée et Calvin. 3Tous ne le ferons pas. D’autres l’ont fait en détail et de façon très documentée. Mais (à part M. Buisson qui a indiqué cette influence en quelques lignes) je ne connais pas d’historien qui ait établi, dans la grande lutte qui, un instant divisa si profondément ï’Eglise Réformée des Pays- Bas, l’influence directe , prépondérante même , de la pensée de Castellion. La chose la plus extraordinaire peut-être de tout ce débat et de son écho dams l’histoire de la Réformation, c’est le silence qu’on a fait autour du grand initiateur de Bâle. On dirait un mot d’ordre. Ce n’était pas un mot d’ordre, c’était une mesure de prudence. Malgré les témoignages que les amis de Castellion avaient répandu dans les éditions successives de ses œuvres, les odieuses dé-