‹ sebastien le clercChapitre 134 sur 193 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

être Fénelon, ont donné l'idée du sujet que, du reste, l'exécution a rendu transparente sans avoir besoin de recourir aux rêveries de La Beaumelle. Mais l'enfant tenant la houlette, n'est pas le jeune prince ; c'est le Sauveur annoncé par le prophète Isaie. Sa présence suffit pour changer le caractère des animaux les plus féroces : l'ours, le lion et le tigre, ont perdu leur voracité ; ils sont côte à côte avec les moutons, les chèvres, les chevaux et les bêtes à cornes ; le lion et le bœuf mangent au même râtelier, etc.

Telle est, au surplus, l'explication donnée par l'abbé de Vallemont, qui écrivait en 1715, l'année même de la mort de son ami Le Clerc, et qu'on doit supposer avoir été bien instruit

Voici ce qu'il dit de cette estampe et de son sujet : « Monseigneur le duc de Bourgogne, qui connaissait la capacité de M. Le Clerc, conseilla à quelques personnes de lui faire graver une planche, et de lui indiquer un sujet où tous ses différents talents se trouvassent assemblés. Pour cet effet, on lui donna ces paroles du prophète Isaîe, chap. XI, V. 6 : Plier parvultis minabit eos, dont l'intelligence dépend de ce qui les précède et de ce qui les suit; et que je vais transcrire ici, afin de faire mieux sentir les beautés de l'estampe, qui en représente la Lettre, et peut-être l'Esprit. Mais il faut auparavant remarquer que tout ce chapitre XI d'Isaie est une admirable Prophétie de la Naissance du Sauveur, et de la conversion des peuples et des Gentils, dont la barbarie, adoucie par la

Prédication de TÉvangiie, les mettra dans la disposition d'entrer dans l'Église : le loup habitera avec l'agneau; le léopard se couchera auprès du chevreau ; le veau, le lion et la brebis demeureront

ensemble; et un petit Enfant les conduira tous

L'Enfant, qui sera encore à la mamelle, se jouera sur le trou de l'aspic, et celui qui aura été sevré portera sa main dans la caverne du basilic. On voit là, dit saint Grégoire-le-Grand, une excellente description de la divine puissance de Jésus-Christ, qui humanisera, par l'efficace de sa Parole, les mœurs farouches et cruelles des Gentils, figurés par le loup et le lion, afin de les réunir dans son Église, avec les fidèles qui sont les agneaux, par l'innocence de leurs mœurs.

» M. Le Clerc, pour répondre à ce que le prince attendait de lui, a exprimé toute cette description prophétique dans son estampe, avec une exactitude qui fait que, tandis que les yeux se satisfont à voir €6 charmant spectacle, l'esprit se répète les Paroles du Prophète.

» On observe que dans cette belle campagne, tous leç animaux, qui sont touchés admirablement, ne forment qu'un seul troupeau , sous un jeune berger, selon le Prophète, qui dit : Un petit enfant les conduira tous.

» L'auteur, entrant dans le sens d'Isaîe, s'est bien gardé de conserver aux animaux féroces leurs carac^tères; au contraire, ils y paraissent apprivoisés, et ne diffèrent plus les uns des autres, que par la forme extérieure. La douceur qui fait le sujet de cette pièce,

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