CHAPITRE n
aussi un compositeur à imagination féconde, dessinant à merveille, et sa protection fut acquise au jeune artiste qui, dès ce moment, renonça complètement au génie militaire pour se livrer exclusivement à la gravure à l'eau-forte.
Les premières planches publiées, après l'arrivée de Sébastien Le Clerc à Paris, sont tellement semblables à celles qu'il avait exécutées à Metz, qu'on pourrait supposer qu'elles avaient été commencées dans cette ville. Cette supposition est fondée quant à la suite gravée pour Brioys (Jomb., n® 75), qui fut certainement exécutée et publiée à Metz en 1666 K Il est également certain qu'un grand nombre de planches de la petite Géométrie, publiée seulement en 1669 (Jomb., 92), ont été commencées à Metz. Tous ces ouvrages présentent la plus grande analogie avec ceux qui datent des premières années de la vie parisienne de notre artiste, comme par exemple : Le roi David pour le Psautier de Dumont (Jomb., 74) ; les Gonds de pierre (79) ; la Chapelle de Sainte^Catherine à Stockholm, improprement appelée le tombeau du roi de Portugal (J., 6), voyez ce que nous avons dit supra, chapitre i^^ ; Trots estampes d'armes et de chiffres (81) ; sept pièces pour la Cour d'amour de du Perret (J., 82) ; douze autres pour V Abrégé du roman de Cléopdtre (J., 83), etc. Ce ne fût qu'en 1668 que Le Clerc commença à modifier sa manière en
' Malgré la date de 4666 qui se lit sur le livre de BrioySy il est certain que les planches de Le Clerc qai s'y trouvent ont été eiécatées avant 1665 à Metz et non à Paris.
gravant la grande el belle estampe pour les Chevaliers de V Arquebuse de Nantes (Jomb., 86).
L'extrême rareté de cette pièce rend difficile la vérification du changement que nous signalons et qui est tout à l'avantage de l'artiste. Cette rareté est due au tirage excessif de la planche dont les épreuves étaient distribuées, tous les ans, aux Chevaliers de l'Arquebuse et par conséquent perdues. Ajoutez que cette belle composition ayant été gravée sur un cuivre mou, la planche, promptement ruinée, ne fournissait plus que des épreuves tellement faibles qu'on l'abandonna. Quand elle fut retrouvée, beaucoup plus tard, elle eut encore à subir les maladroites retouches d'un ignorant nommé Garreau. En cet état, quoiqu'elle ne donne plus que la composition,* on en recherche encore les très-rares épreuves portant la date presqu'effacée de 1708.
Ce travail était, jusqu'alors, le seul qui n'eût pas été exécuté pour le compte des libraires parisiens. C'était eux, en effet, qui faisaient gagner à Le Qerc le pain de chaque jour, et ses charmantes estampes ne contribuaient pas peu au débit de leur marchandise.
Ce fut encore un éditeur, mais qui était en même temps un artiste, le miniaturiste Bailly % qui vint commander à Le Clerc un ouvrage très-important.
* Jacques Bailly, de Gracey en Berry, peintre en miniature, membre de TAcadémie de peinture, mort le S septembre 1679, âgé de 110 ans. (Liste des membres de l*Académie, par ReynèSy publiée par M. Duplessis, p. 45.)