CHAPITRE I
travail analogue, il fat cependant, dès 1660, préféré à son futur collaborateur pour occuper la charge d'ingénieur géographe, qui lui fut conférée par le maréchal de la Ferté '. « Ce fut par son ordre, dit l'abbé de Yallemont , qu'il leva les plans des principales places du gouvernement du pays Messin et du Verdunois *.
"» Ayant parfaitement réussi à faire le plan de Marsal, dont le roi (Louis XIV) pensait à démolir les fortifications, il se piqua de ce qu'on avait envoyé ce plan à la cour sous le nom d'un ingénieur, à la vérité plus vieux que lui, mais qui, depuis quelques années, n'était plus capable d'agir. »
Reconnaissant qu'il se plaignait inutilement, il abandonna cet emploi où il ne voyait aucun avantage ni pour sa fortune ni pour sa réputation. Tel est le motif que l'abbé de Yallemont assigne à la résolution prise en 1665 par Sébastien Le Clerc de se fixer à Paris. Il y en eut peut-être un autre dont aucun biographe ne fait mention et qui se joignit à celui ci-dessus signalé pour l'engager à se démettre de ses fonctions d'ingénieur.
' n s'agit ici de Henri de la Ferté de Senneterre ou Sennecterre, dont Sébastien Le Clerc avait gravé le portrait en 1659. (Jombert, n^ 98). Sa seconde femme, Madeleine d'Angennes, fut célèbre par ses galanteries, et ses prouesses amoureuses remplissent les romans - pamphlets publiés pendant la seconde moitié du XVII* siècle. En faisant la part de l'exagération dont ces écrits sont empreints , il reste encore trop de vérités.
* On ignore ce que sont devenus les plans levés par Sébastien Le Clerc ; ils n'ont jamais été publiés. Ce fut beaucoup plus tard qu'il dessina et grava à Teau-forte la belle planche représentant la reddition de Marsal (Jombert, n^ 474), qui fut terminée au burin par Ch. Simonneau.
Nous avons vu qu'il devait ce titre au maréchal de la Ferté, gouverneur du Pays Messin, dont Tavarice proverbiale est attestée par les contemporains. Avant d'être pourvu du gouvernement de Metz, il avait succédé à M. de Lenoncourt dans le gouvernement de Nancy, vers 1643. Une députation des bourgeois de Nancy lui ayant fait présent, à son arrivée dans la capitale de la Lorraine , d'une bourse de jetons d'or, où ses armes étaient gravées d'un côté et de l'autre l'effigie de la ville. Qu'est-ce ceci f dit-il. On lui répondit que c'était Nancy. — « Quoi, une si petite empreinte pour une si grande ville ! Faites-moi faire des jetons plus gros et vous verrez que je la reconnaîtrai mieux. » (M. d'HaussonviLLE. HisL de la réunion de la Lorraine à la France, 2« éd., p. 175, d'après l'Histoire mss. de Charles IV, par Guillemin.)
Les auteurs qui rapportent cette anecdote en racontent une autre qui concerne la ville de Metz et qui témoigne du goût du maréchal de la Ferté pour les riches cadeaux. A son entrée dans cette ville, les chefs de la synagogue avaient demandé à lui présenter leurs hommages. « Je ne veux pas, dit -il en colère, voir ces marauds-là ; ce sont eux qui ont fait mourir mon maître. i> — Mais quand on lui eut appris qu'ils apportaient un présent de 4000 pistoles. « Ah! faites-les entrer, dit-il, après tout ils ]» ne le connaissaient pas quand ils l'ont crucifié. »
Ces témoignages sont confirmés par le marquis de Beauveau, contemporain du maréchal de la Ferté et qui, dans ses Mémoires, en trace le poraait suivant :