Petite île de la côte d'Afrique
on représentera une belle tragédie qui apprenne aux hommes à red(mter les passions; une bonne comédie qui les instruise de leurs devoirs et qui leur en inspire le goût*. » Voilà le grand mot lâché : l'art dramatique élevé à la dignité de sacerdoce. Sur quoi les adversaires de se récrier. L'année même où paraît cette audacieuse profession de foi, Palissot la relève en ces termes : u On vit à la tête de quelques productions philosophiques un ton d'autorité et de décision qui jusqu'à présent, n'avait appartenu qu'à la chaire". »
Observons-le toutefois, Diderot est bon prince et sa poétique garde une certaine modération : en réclamant les droits et en prônant l'excellence du genre sérieux, elle n'attaque point la tragédie, ni la comédie qui conservent chacune un domaine séparé. Le même préjugé qui a dénaturé le vrai caractère de l'art en a rétréci arbitrairement les limites. Diderot restitue l'un et il étend les autres. Entre les genres comique et tragique, seuls reconnus et cultivés, il en a découvert un intermédiaire, le sérieux, qui les surpasse en étendue et en fécondités Par delà les deux premiers, il en aperçoit même encore deux extrêmes, attenant, l'un au tragique : ce sera le merveilleux, la féerie; l'autre au comique : ce sera le burlesque, la farce'. Puis, poussant plus à fond la division, dans le genre sérieux il distinguera une partie limitrophe du tragique : là trouvent leur place nos malheurs domestiques; — une autre plus voisine du comique et comprenant les cas usuels de la destinée humaine, les devoirs de l'homme, ses travaux, ses intérêts". Autant de terres vierges qui reviennent à la philosophie. Tant pis pour les voisins s'ils réclament le privilège de les tenir en friche. Diderot, qui les dédaigne, leur reste d'ailleurs clément. Ce grand novateur conquiert et ne détruit pas 6.