Préface de Jenneval
3. Ann. litt., 1770, vu, 98. Mercure, janv. 1770, ir, 95, sept. 1770, 141 ; juin 1771, 84; oclob. 1774, ir, 76. Joxirn. EncycL, 1770, 1, 2S2, vr, 300, etc.
SA VIE, SON OKllVHK, SON TKMPS 171
carrière du théritre. J'ai rélléchi à l'art dramatique et je suis fondé à croire qu'il a pris en France une direction fâcheuse'. » Tout le stimule, d'ailleurs. Le drame ne marche pas dans le monde d'un train bien triomphal. Se frayant un chemin par force et admis à la longue, il n'en fait pas moins encore figure de factieux. Parfois, il trouve accès à la scène, mais pour un drame que l'on représente, combien de tragédies! Le théâtre est toujours au pouvoir des anciens occupants, et, tout combattus que soient ceuxci, réduits même à céder une part du terrain, ils gardent néanmoins leurs positions : l'œuvre capitale, la scène aux éducateurs de la nation, est bien loin d'avancer comme il faudrait. Qu'on imagine les trésors de courroux qui s'amassent dans cette âme impétueuse! Partir, d'un élan de croisé, pour l'œuvre de salut, et se voir opposer quoi? des futilités misérables, l'art et ses formes surannées, la tragédie avec son appareil sacramentel, tout ce qu'on méprise d'instinct depuis l'enfance. Mercier n'y tient plus : joignant le précepte à l'exemple, il proclame, dans toute sa rigueur, dans toute sa violence et aussi dans toute sa logique, une théorie qui n'a pas encore eu le courage de son audace et ne s'est jusqu'alors produite en public, même sous des plumes résolues comme celles de Diderot et de Beaumarchais, que mitigée d'atténuations circonspectes.
C'est en 1773 et sans nom d'auteur que paraît ce nouvel Évangile, sous le titre suivant : Du théâtre ou Nouvel Essai sur fart dramatique* . L'esprit toujours en travail des idées qu'il y avait exprimées, Mercier projetait d'en donner un nouvel éclaircissement dans un « Examen -pliilosopkique de quelques pièces du théâtre français, allemand^ anglais, espagnol, avec les observations de plusieurs écrivains célèbres sur la nécessité de réformer le sy sterne actuel du théâtre français, n Mais il arriva malheur à ce travail. Lors de son retour de Suisse à Paris, Mercier, qui l'avait laissé à Neuchâtel, écrivit qu'on le lui envoyât. Par malheur, le manuscrit se perdit en route ^ et nous devons nous contenter d'un opuscule intitulé : Nouvel Examende la tragédie française^, qui
i. Lettre du 10 juillet 1770. Voir à l'Appendice.