‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 105 sur 521 · Représenté le 17 janvier · texte numérisé non relu

Représenté le 17 janvier

2. Publiée dès 1763, mais suspecte au gouverûement de Louis XV, comme on l'a vu plus haut, tenue pour ce motif à l'écart de la scène jusqu'au règne suivant, la Partie de chasse ne fut jouée à la Comédie- Française que le 16 novembre 1774.

3. Ces audaces obtenaient des principaux critiques un encouragement non équivoque. Fréron traite avec honneur, sans toutefois eu déguiser les défauts, VHojinâte Criminel, Eiifjénie, Beverley {Ann. Liti., 1767, VIII, 73 et 289, 1768, vri, 217). Le Mercure fait un éloge démesuré du Comte de Comminqe'i (janvier 1763), il rend la justice la plus sincère au Philosophe sajis le savoir et à la Partie de Chasse (janvier et mars 1766). Avec plus de discernement, Grimm, qui met hors de cause le principe du drame, ne radoucit son ùpreté coutumière ni pour Comminges {Corr. litt., vi, 134), ni pour Eugénie {vu, 227), ni pour Beverley (vnt, 74).

poètes ne seront plus seulement des hommes de génie, mais des hommes d'État '. »

Le poète instituteur des mœurs, dispensateur de la vérité, mais voilà justement ce qui obsède Mercier. Quoiqu'il n'ait pas trente ans, sa foi littéraire et morale est déjà enracinée en lui, inébranlable et pour la vie. Conspirer de sa personne à rendre les hommes meilleurs, en imprimant dans leurs âmes d'émouvantes images du bien et du mal, en remuant au fond de leurs entrailles la sensibilité qui fait aimer et crée le bon vouloir, en versant dans leurs cœurs attendris la semence des exemples vertueux : c'est le rêve qui l'enflamme d'enthousiasme. Il a dû s'enivrer de la parole de Diderot, quand celui-ci, se livrant à son démon, épanchait tout haut, en de torrentueux monologues, les idées de sa Poésie dramatique; et dans ces écrivains philosophes qui, depuis tantôt dix ans, marchent à la conquête, à la rénovation du théâtre, il a reconnu et salué des frères. Il sera des leurs et, dès 1769, « échauffé par le désir de donner un drame utile* », il écrit .lenneval, de la même plume qui n'a pas encore achevé l'An 2440. Puis, en trois ans, coup sur coup, cinq autres drames suivent : Le Déserteur {illO}, Olinde et Sophronie (1771), V Indigent^ le Faux Ami, Jean Hennuyer (1772), autant de gages éclatants donnés aux idées nouvelles et non sans honneur pour Mercier à qui, en ce débuts les journaux montrent d'abord quelque bonne grâce : on signale chez lui de la chaleur, de l'enthousiasme, de l'éloquence, de la passion, des scènes fortes^. Mais il n'y a pas là de quoi contenter son ambition. On peut pressentir qu'il ne sera point timide à l'assaut, quand on lit dans une lettre à Thomas, son confident révéré : « Je me destine à suivre quelque temps la

1. Corr. iitl., viii, 80. 11 écrivait ces lignes à propos de Beverley qni, dans cet ordre d'idées, lui semblait une tentative manquée.

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