‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 14 sur 521 · De J.-J. n., H · texte numérisé non relu

De J.-J. n., H

de son cru. On y trouve la trace de ses préventions. C'est ainsi qu'àreiulroit (chant Ilj où le jeune marquis ofTre en holocauste à l'amour une douzaine des romans français qui le célèbrent, le traducteur n'y tient pas, il faut qu'il les déclare fastidieux, cette Clélieei ce Cyrus auxquels plus tard dans le Tableau de Paris ', il marquera plus d'indulgence. C'est ainsi encore qu'il insère ce trait de sa façon, qui n'existe point dans l'original anglais. « Comme le marquis n'avait pas brûlé avec ces rom-nns les soporifiques tragédies qu'ils ont fait naître, l'amour, fjoursevenger, n'exauçaquela moitié de sa prière». Voici encore la plainte qu'il prête àBelinde, après le rapt de la boucle : « Quel démon a guidé mes pas?... N'aurait-il pas mieux valu cent fois m'ennuyer solitairement à la lecture de quelque tragédie française*? »

Parmi les héroïdes qui parurent la même année réunies en un petit recueil, on trouve un autre morceau d'origine britannique, une imitation du Paradis perdu intitulée : Lamentations de Milton après la perte de sa vue. Depuis longtemps déjà, à cette date, tous les ouvrages anglais se voyaient traduits, accueillis, accrédités en France, sans que la guerre eût arrêté l'élan, et une feuille spéciale, le Journal étranger, se proposant un objet plus vaste encore, avait, pendant plusieurs années, sous la direction succcessive de Prévost, de Fréron, de Suard et de l'abbé Arnaud, rassemblé, à l'usage du public français, tout ce qui se produisait de meilleur en Europe. Le branle était donné et se continua. Nous verrons assez, par la suite, que Mercier, pour sa part, n'y nuisit point.

Dans la ville où il montrait le rudiment à des écoliers de cinquième, le duc de Richelieu était gouverneur. « Il faisait avec assez de faste, de hauteur et quelquefois de dureté, le lieutenant de roi. » Il n'imposait guère au jeune professeur. « Je savais^ dès ce temps-là, qu'il ignorait l'orthographe et qu'il n'avait que de l'esprit^ » Ce genre de

2. L'Année litléraire a relevé ces ■. mauvaises plaisanteries », en rendant compte d'une nouvelle édition de cet ouvrage, ms, i, 73. A cette époque, nous le verrons, elle ne voulait aucun bieu à Mercier. Le ton de l'article s'en ressent. « Partout il délaie les pensées dé Pope, partout il substitue un vain galimatias à la finesse et à la précision de l'original ». Ihid., 109.

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