Mercure, déc
SA ViE, SON OFXVRK, SO>J TEMPS 353
drames suscitent des parodies où Mercier est pris directement à partie et couvert de ridicule. La Harpe en montre une joie inconcevai)lc : déclamations vides et ténébreuses, importance, affectation, galimatias, prétention de régenter l'opinion et de moraliser le peuple, il se joint de tout cœur aux bons plaisants qui fustigent le présomptueux '. De sages réflexions interviennent, d'ailleurs, qui ne sont pas sans ajouter quelque poids aux sarcasmes. « Le naturel louable et qui ne choque point le goût est, déclare-t-il, précisément la qualité la plus rare dans ces drames où l'on semble surtout se piquer de naturel.., Telles sont les rares productions qui doivent faire disparaître tous les chefs-d'œuvre de notre langue devant le genre qu'on appelle honnête comme si les autres genres étaient malhonnêtes^ » Si étrangement prévenu pour sa propre et seule conception de l'honnête, quelle singulière idée se fait aussi du vrai un homme qui ose trouver factices le Néron\ VAcomat et VHermione de Racine 1* Le critique, au surplus, a grand soin de faire observer qu'à son avis les ripostes provoquées par un novateur outrecuidant ne doivent pas tomber sur le genre du drame « qui, comme tous les autres, est bon quand il est bien traité, mais sur l'abus qu'on en fait et qui est si facile et si commun 1' » En cela, il persiste, quoiqu'on le fâche, dans son ancienne opinion.
Pour la violence et la crudité de l'injure, Frérou l'emporte de fort loin. Le premier, il affubla Mercier du nom de dramaturge, hors d'usage alors, et qui fit aussitôt fortune comme sobriquet grotesque. Bien que celui-ci le brandît comme un litre d'honneur, il ne servit longtemps qu'à le mieux désigner aux huées. C'est naturellement à l'occasion du Nouvel Essai suri" Art dramatique que Fréron procéda à ce baptême, et on reconnut incontinent l'homme qui ne
1. Mercure, juiu 1775, 133-147. Jouni. de Pol. et de Litt., 25 mai 1778.