Journ. tieU\, juill
il est sans cesse question aujourd'hui. C'est, pour ainsi dire, une invention moderne. Je ne connais pas même un mot grec ou latin qui réponde précisément à notre mot de sentiment'. » Et ceci enfin qui conclut l'arrêt: « Ah! s'il renaissait un Molière? combien les précieuses ridicules du xvine siècle seraient bonnes à mettre sur la scène avec toute leur morale, leur indulgente, leur tolérante, leur bienfaisante morale et leur sensiblerie '. »
Autant de traits portés d'une main sûre. Hors d'état de s'en préserver lui-même, Mercier aurait eu victorieusement à répondre qu'ils atteignaient seulement le dramaturge et non le drame. Pour le coup, il aurait eu raison contre Chaillet qui le niait'. Mais il était vraiment difficile qu'il acquiesçât à ce que son implacable critique disait de plus juste, et on sent un amer dépit dans le dédain affecté avec lequel il s'excuse sur la multiplicité de ses occupations de n'avoir pu prendre encore connaissance des articles qui le concernent, promettant, sa tâche finie, de lire tous les folliculaires « depuis M. Fréron jusqu'à M. Chaillet » *.
Bien moins fondées en justice, mais tout autrement acharnées contre lui et outrageantes dans les termes, étaient les diatribes des La Harpe et des Fréron \ Complices de hasard, par le fait d'une animosité commune, ces deux hommes qui, d'ailleurs, s'entre-dévoraient, avaient eommis contre Mercier une sorte de félonie dont il leur garda un âpre ressentiment. Le Nouvel Essai avait paru anonyme. « 11 est d'usage que l'on ne nomme point les auteurs qui ne se sont pas nommés. MM. Fréron et de La Harpe ont enfreint les premiers cette coutume respectée et chère à tous ceux qui écrivent. Ils n'ont pas craint de violer à mon égard l'ancien privilège des gens de lettres ^ » Trivialité et enfiure, voilà tout ce que La Harpe aperçoit chez Mercier : « un déclamateur qui tour à tour se fait enfant ou philosophe et qu'on aperçoit toujours sous ce double masque » '. Les