Mercure, juin
craignait même pas dédire son fait au dieu Voltaire. Parmi les fous de ce siècle, déclare-il, Mercier se signale par la violence de son délire. « Non seulement l'auteur ne soupçonne pas que son organisation pourrait bien être dérangée, mais il ne cesse de faire entendre que, jusqu'à présent, il n'y a eu que des imbéciles et que lui seul dans l'univers a le privilège d'être raisonnable. »
Elle non plus, d'ailleurs, cette critique ne s'égare pas toujours. Du premier coup elle touche les points faibles. Si l'on veut que la France ait enfin un théâtre, « Mercier vous dira qu'il faut absolument faire des drames, qu'il faut endoctriner et ennuyer l'humanité entière pour son bien. Jusqu'à ces derniers temps on avait caché la morale tant que l'on avait pu, il est temps qu'elle paraisse à découvert et prêche hautement en plein théâtre. » Et pourquoi?Dans le dessein insolent d'y gourmander les vices du prochain. Lq dramaturge n'en a qu'à cette grosse proie et prétend dédaigner les ridicules, ce fretin. Voici qui fera justice de son impertinence : « Les crimes sont du district du lieutenant criminel, et les vices, de celui du lieutenant de police, et les ridicules seulement, de la juridiction du poète comique *. »
Dans son Aymée littéraire, Fréron s'embusque pour cingler au passage chaque drame nouveau de Mercier *. « Quand on se fait gloire de ne reconnaître aucun principe et qu'on s'abandonne aux délires d'une imagination déréglée, on marche nécessairement au hasard, on essaie différentes routes, on y tombe à chaque pas, on prend tous les styles, on se fait trois ou quatre manières plus barbares les unes que les autres, enfin, à force d'essais et de travaux, on finit par se faire la réputation du littérateur le plus extravagant et le plus ridicule. C'est ce qui est arrivé