Du Théâtre
SA VIF, SON OFIUVRE, SON TF.^tPS 363
épuiser la faveur de la société toute entière, de la plus haute comme de la plus humble. Ainsi, par un sordide calcul d'intérêt, les comédiens privilégiés concourent au succès d'écoles publiques de dévergondage, en échange de quoi ils assurent à leur industrie propre le bénéfice des petites loges et du prix des places triplé '.
Le même privilège nuit gravement à l'art, en livrant les auteurs à la discrétion des comédiens. Il n'y a pas d'autre théâtre. Si on veut se faire jouer, force est donc de s'adresser à ceux-ci. Mais ils ont, eux, bien moins besoin des auteurs. Riches de tout l'héritage de Corneille;, de Racine, de Molière, de Voltaire, de Crébillon, ils s'en font un revenu assuré, en même temps que, par une arrogance singulière, ils s'approprient la gloire de ces poètes. « Mangeant le blé des épis que d'autres ont moissonnés, ils s'endorment dans une oisiveté autorisée, visitent fréquemment leurs maisons de campagne, ou vont lucrativement rétablir leur poitrine sur nos
théâtres de province Chaque comédien a environ seize
ou dix-huit mille livres de rente". » Une part rend au moins
autant que six compagnies d'infanterie Corneille ne
gagnait pas le quart de cette somme ». Mais à Paris, observe Mercier, on ne paie bien que les infiniment petits. « Un danseur de l'Opéra gagne plus que tous les régents du collège royal. Jamais gouverneur n'a eu les gages d'un cuisinier. » Assurés de leur rétribution, tenus à l'abri de toute concurrence, nos comédiens « chérissent une certaine paresse qui
donne aujourd'hui à tous les états un air de dignité
Sans autre peine que de débiter toujours les mêmes rôles, jls ont une recette considérable et s'embarrassent peu de pièces nouvelles qui leur occasionneraientquelques moments d'étude... Si Corneille revenait au monde, il lui faudrait quatre-vingt-dix années pour faire jouer son théâtre, car il faut être très heureux, pour ne rien dire de plus, pour savoir placer une pièce tous les trois ans'. » Vient-on à forcer tant