‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 239 sur 521 · Journ. Encycl., 1775, vi, IH · texte numérisé non relu

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à lui, il n'admettait pas de telles distinctions et, se réservant soigneusement ce nouveau chef de plainte contre les « histrions '•>, il n'en continuait qu'avec plus de zèle la distribution de son mémoire.

Là-dessus, le lieutenant de police le mande pour le cha= pitrer •, et Mercier dans cette entrevue se comporte « comme un Romain. M. Albert, homme dur et difficile à émouvoir) lui a dit d'un ton sévère : « Le gouvernement, Monsieur, sait que vous répandez un mémoire contre les Comédiens, il vous défend de passer outre. — Monsieur, lui a répondu Mercier d'un ton fier quoique modeste, je ne sais ce que vous voulez dire par ce mot gouvernement-^ j'ai un roi et je suis un de ses sujets les plus soumis. Lorsqu'il me donnera des ordres, je saurai obéir, mais encore une fois, j'ignore ce que vous entendez par gouvernement. Le magistrat a continué : Si vous persistez, il pourra vous arriver quelque chose de fâcheux. — Monsieur, je n'ai fait que me servir de la loi, je me crois blessé dans mes droits de citoyen, je réclame un tribunal admis par la nation pour recevoir les plaintes de tout homme quelconque, je ne crains que ses jugements. » Avec toute sa belle assurance, Mercier cependant faillit bien voir l'effet des menaces du lieutenant de police. Le gentilhomme de la Chambre en exercice, cette année-là, était le duc de Duras, amant de M""^ Vestris, de la Comédie-Française, et d'autant plus engagé, à ce titre, dans la querelle. Pour réduire l'entêté plaideur, il s'avisa du moyen le plus commode et fit décerner une lettre de cachet. Mercier apprit à temps qu'on devait larréter chez lui à quatre heures du matin. Il put se réfugier au Parlement, et par bonheur les choses en restèrent là2.

Quelques jours plus tard (24 juin), on lui signifia un arrêt du Conseil qui qualifiait sévèrement « les déclamations affreuses » que cet écrivain s'était permises contre les règlements de la Comédie, de la licence d'opinion qui le conduisait « à avilir aux yeux de la nation une profession que Sa Majesté protège et dont le but intéressant est de concourir aux progrès des lettres et à la perfection des mœurs ». En suite de quoi, l'arrêt supprimait le mémoire que Mercier

1. Notons que l'afFaire à'OIinde et Soplironie avait déjà contribué à le desservir, peu d'années auparavant.

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