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obstinée. Comme l'arrêt du Conseil précité du 9 décembre 1780 portait que le roi, annulant les réceptions jusque-là faites de pièces non jouées encore, permettait aux auteurs de les présenter de nouveau à la lecture, Mercier demanda à se prévaloir de cette disposition, représentant que la radiation de son drame devenait illégale, puisque le roi n'avait pas prononcé là-dessus, et olïrant aux comédiens de saisir cette occasion pour oublier des torts réciproques. L'existence de cette curieuse démarche nous est révélée par la réponse dont les archives de la Comédie-Française conservent la minute. Rédigée par Mole, elle est en vérité d'une fîére allure. On y relève vertement cette prétendue réciprocité de torts, « 11 est important à la Comédie, monsieur, en rappelant les époques, de vous prouver que ce que vous appelez nos torts réciproques sont les vôtres à vous seul et que, cela vérifié, les paroles de paix que vous offrez, loin de pouvoir porter en vous le caractère de la générosité, ne sont que l'elTct du désir que vous avez de voir votre pièce représentée. » Les comédiens ne sauraient, à la considération d'un calcul aussi évident, oublier l'offense infligée et, puisque celui qui l'a commise se met dans le cas de se la faire rappeler, leur orgueil trouve son compte à lui en retracer complaisamment la noirceur. De combien de bons procédés ne l'ont-ils point comblé! « Nierez- vous, monsieur, que depuis ce 8 août 1773 jusqu'au 7 mars 1775, jour où la Comédie a délibéré qu'elle ne pouvait avoir rien de commun avec un auteur qui a cherché à la couvrir de ridicules et d'infamies, vous avez joui de vos entrées à notre spectacle, vous avez été accueilli avec l'honnêteté que les Comédiens du Roy vous devaient et se devaient à eux-mêmes, avec la cordialité qui doit régner entre la partie et son avocat, avec les égards dans lesquels nous nous plaisons à nous renfermer envers tout littérateur dramatique dont le génie peut enrichir la scène française? Non, vous ne le nierez point et, quoique vous méprisiez les comédiens au degré le plus éminent et le plus connu, cette voix intérieure à laquelle il est impossible de résister vous forcera d'avouer ces vérités qui les honorent. »
Voilà pourtant quel ton de majesté offensée on prend naturellement avec l'habitude des grands premiers rôles. Lui, cependant, qui se présente avec un rameau d'olivier, oublie-
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t-il à quel degré d'ingratitude il est descendu? « Si donc, monsieur, les Comédiens du Roy, pendant près de deux ans ont rempli envers vous les devoirs que leur prescrivaient l'honnêteté, le droit et la justice, n'appelez point nos torts réciproques la publication d'un livre flétrissant, avilissant, révoltant pour nous, d'un ilivre fabriqué dans le sein du mystère, dans un temps de paix, de cordialité et d'union, ou, s'il a été composé avant la réception de votre pièce, d'un livre fait dans un temps où, travaillant pour le Théâtre- Français, vous essayiez d'avance à plonger dans un mépris uijuste et avilissant les instruments futurs de la gloire que vous ambitionniez, en sorte que vos honnêtetés, vos marques d'amitié et d'estime, lors et depuis la lecture de votre pièce, étaient un mensonge à vous-même et une trahison à nos déférences pour vous. Cet exposé fait, monsieur, vous n'appellerez plus probablement nos torts réciproques cette première semence de division qu'il vous a gratuitement plu jeter entre vous et nous. »
La conclusion n'est pas empreinte d'une dignité moins pompeuse. L'initiative de la rupture n'est point venue de la Comédie : elle a longtemps attendu dans le silence un désaveu qu'on lui devait et qu'on lui a refusé; elle ne saurait, malgré sa mansuétude, accédera un rapprochement que ne précéderait point une réparation publique. « Il faut que vous ayez des comédiens une idée aussi incroyable que celle que vous vous en faites pour appeler un tort en nous le ressentiment légitime que nous vous devons et sans lequel nous mériterions l'avilissement que vous avez essayé de répandre sur notreétat. C'est en conséquence de ce ressentiment légitime que la Comédie persiste dans sa délibération du 7 mars 1775. A l'égard des moyens qui peuvent réparer vos torts envers elle, ils sont bien à votre choix, pourvu qu'ils soient aussi publics que l'ont été vos assertions flétrissantes sur notre état. Jusque-là, monsieur, nous n'aurons ni mémoire pour vous apprendre, ni liberté d'âme pour vous exprimer, et rien de tout cela ne peut se commander. »
Celui qui avait écrit cette lettre s'entendait, on le devine, à composer un personnage, celui du juste qu'on outrage, et ce juste, c'était, pour l'heure, la Comédie tout entière, à laquelle il prêtait, lui Mole, ses solennelles périodes. Il était d'un art aussi consommé de ne point négliger
un élément essentiel du rôle, et allant au devant du trop Yictorieux argument qu'il pressentait dans la l)ouche de Mercier, l'interprète de la Comédie écartait d'un geste dédaigneux l'accusation d'avoir soustrait leur différend à la justice. « iNotre intention n'est nullement d'éviter les tribunaux, que nous révérons, que nous regardons comme l'asile le plus respectable et le plus sur dans lequel puisse se réfugier tout citoyen ou tout corps outragé. Nous connaissons nos titres à leur justice et quels griefs nous aurions à vous reprocher ^ » Le trait, il faut en convenir, attestait une belle assurance et faite pour décourager la contradiction. On n'aura pas de peine à croire que ce superbe ultimatum marqua la fin des relations contentieuses entre Mercier et la Comédie. Il n'y avait, après cela, de part ou d'autre, plus rien à dire. C'est par l'œuvre du temps que la réconciliation devait se faire, plusieurs années après, à l'occasion de la représentation de la Maison de Molière dont il sera parlé en son lieu.
L'avortement du procès, le facile triomphe des comédiens, l'espèce de fatalité qui semblait retenir les drames de Mercier hors des barrières de la capitale, on pense bien que cette série de disgrâces n'était pas pour ralentir la verve des détracteurs et des mauvais plaisants. D'abord, et cela n'a rien que de naturel, nous trouvons un affidé de la partie adverse, Coqueley de Chaussepierre", avocat et conseil de la Comédie-Française. Ce jurisconsulte se divertissait à composer des parodies. On lui devait déjà le Roué vertueux qui contrefaisait \' Honnête criminel de Fenouillot de Falbaire. Sous le pseudonyme de Doucet, il fit paraître, à l'intention de Mercier, Monsieur Cassandreou les Effets de l'amour et du vert-de-gns^, drame en deux actes et en vers dont tous les personnages mouraient, qui par le poison, qui par le couteau, qui par suffocation, entassement d'horreurs renouvelé des pièces que l'on prétendait tourner en déri-