‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 248 sur 521 · Amsterdam et Pari?, m · texte numérisé non relu

Amsterdam et Pari?, m

sion'. Gomme dans les livres de Mercier, un luxe effroyable de préfaces, d'avant-propos, de dissertations mettait le public dans le secret des profondes inventions de l'auteur. On s'y excusait de n'avoir point tiré le sujet de la littérature britannique, encore du moins était-ce bien à un Anglais qu'on assurait le devoir,digne inspirateur de noirceurs qui avait fini par le suicide. On appuyait avec une gravité bouffonne sur l'importance des enseignements du théâtre. Quatre poètes dramatiques, affirmait-on, feraient bien plus pour la sécurité de la ville que les quarante-huit commissaires de police de Paris. On n'avait garde d'oublier les sens suspendus, les lignes de points, les indications de pantomime dont les auteurs de drames attendaient beaucoup pour l'émotion du lecteur. Ces facéties faisaient pâmer d'aise La Harpe, et le Journal de Bouillon ne dissimulait pas non plus sa satisfaction ^

Puis venait un certain rimeur de petit vers, courtisan de Dorât et pourvoyeur assidu de V Almanach des Muses, le chevalier de Cubières. Destiné à devenir un jour l'ami de Mercier, il le prenait pour l'heure plus directement encore à partie, intitulant le Dramaturge^ certaine petite comédie dont les comédiens français mirent quelque complaisance à offrir l'étrenne aux spectacles de la cour réunie à Fontainebleau. Elle y tomba d'ailleurs, à ne s'en pouvoir relever, le 29 octobre 1776, et l'auteur s'efforça de la ressusciter en trois actes, sous un titre nouveau, celui de la Manie des drames sombres y l'ancien, pensait-il, atteignant Mercier trop

1. Applicable sans doute aux drames d'autres auteurs, ce genre d'allusion facétieuse convenait bien mal, il faut l'avouer, à ceux de Mercier. Loin qu'il ait raffiné sur l'horreur des dénouements, on en voit chez lui peu de sanglants. Le seul qui eût ce caractère était alors celui du Déserteur, qui fut modifié depuis. Dans Jenneval, en dépit des promesses du sujet, nul ne périt qu'un assassin de profession, personnage de troisième plan, à peine entrevu. Bien qu'une terreur indicible remplisse Jean Hetinuyer, les atrocités qui la provoquent sont éloignées, n'agissent que par retentissement. H y a dans Olinde, dans Cliildéric des cas de mort violente, mais qui, comme tout le reste de ces tragédies manquées, relèvent du vieil appareil tragique. Et ce sont des drames, en revanche, bien aulhentiquement drames que le Juge et l'Indigent, oh tous les héros pourtant ont la vie sauve.

2. Mercure, juin 1775, 133-147; Journal Encyclopédique, 1775, v, 306- 315. V

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