‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 363 sur 521 · T. de P., II · texte numérisé non relu

T. de P., II

légèreté, la folie remplacent les occupations utiles où elle avait été élevée dès l'enfance. Loin de fixer dans son ménage l'aisance et la paix par un sage travail, elle se livre à la frénésie des parures... Elle a mis dans sa tête que tout l'entretien d'une maison devait rouler sur le mari, tandis que le rôle de la femme était de se livrer à une vie dissipée. Cet artisan aura beau être laborieux et économe, l'insouciance journalière de son épouse mène une maison qui s'abime insensiblement, parce que la mère de famille a manqué de vigilance, de tendresse et d'économie. »

Et ceci encore : « On en voit dans l'ordre de la bourgeoisie dédaigner les soins de l'intérieur de la maison, les abandonner à des valets, frémir au seul nom de cuisine et dire à leurs maris qu'elles ne leur ont pas apporté quarante mille francs pour avoir soin du linge. Or, vous saurez que cette dot de quarante mille francs rend une petite bourgeoise impertinente et fait qu'elle compte avec sa marchande de modes, mais jamais avec son boucher... Fière de sa dot, la bourgeoise, faisant dresser son contrat de mariage sur le même modèle que celui d'un prince ou d'un duc et apprenant que les princesses et duchesses n'obéissaient pas toujours à leurs augustes époux, n'a pas voulu de la soumission. Le contrat rend exigeante et hautaine celle qui, étant fille, tenait les yeux baissés et parlait d'un ton doux, la discorde et le désordre s'établissent au lieu où la subordination aurait dû régner et, comme le nœud est indissoluble, le mal est sans remède..., et voilà l'histoire de la moitié des mariages qui se font à Paris dans le second ordre de la bourgeoisie '. »

Le mari n'est pas assez protégé par la loi. La femme qui a une dot le tient par l'intérêt pécuniaire, car la coutume de Paris l'a investie de droits très étendus. Il faut la consulter sur toutes les affaires. Elle en devient d'autant plus impérieuse et exigeante. De plus, le mari qui perd sa femme est ruiné si elle le juge bon. « Elle aura été malade, pendant dix années, elle lui aura coûté infiniment ; il faut qu'il restitue tout à son décès^ »

Les mœurs conspirent de leur côté à aff'aiblir l'autorité conjugale. « Un homme qui veille sur sa femme passe pour

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