III, loû; VI
SA VIE, SON ORllVRE, SON TEMPS 559
jaloux et on le blâme. Est-elle infidèle, on ridiculise le mari... Autrefois l'adultère était puni de mort, aujourd'hui celui qui parlerait de ces lois austères et antiques serait prodigieusement sifflé. Voyez dans toutes nos comédies si l'on ne rit pas toujours aux dépens des maris; voyez les petits vers de nos poètes légers, ils plaisantent incessamment sur le mariage avec un sel qui réjouit tout le monde. Ces gentillesses ne sont qu'une apologie perpétuelle de l'adultère : on dirait qu'on a peur que les femmes ne comprennent assez tôt que leurs charmes ne sont pas faits pour n'appartenir qu'à un seul*. » Le scandale est tel que JVlercier s'en prend à une règle trop exigeante. « L'indissolubilité du mariage fait les adultères : on ne peut délier le nœud, on le rompt. Faut-il s'en étonner?... Notre législation... n'a point su composer avec nos passions, ni avec notre nature". »
La vie commune, malgré ce tempérament, est-elle décidément intolérable, on a pour ressource la séparation, « beaucoup plus révoltante que le divorce, car la séparation isole deux êtres et les laisse dans une espèce de néant. » Le plus souvent d'ailleurs, on s'abstient de la demander à la justice. « Les séparations volontaires sont fort communes à Paris... Ni les lois civiles, ni les lois ecclésiastiques ne vous interrogent sur cette désunion, pourvu qu'aucun des contractants ne se plaigne... Ordinairement, le mari ne fait point retentir les tribunaux de ses disgrâces domestiques ; il dit à sa femme : c Je ne veux pas causer vos malheurs; soyez libre, jouissez de tel contrat de rente, le revenu vous en sera payé en quelque lieu que vous vous transportiez, mais nous ne nous verrons plus. Je vous prie seulement de quitter la capitale pour quelque temps, afin d'efïacer le bruit qui court. Une nouvelle en détruit aisément une autre dans ce pays frivole. »
Encore n'en use-t-on guère de la sorte que si on y a été contraint par quelque éclat. Tant que les choses demeurent dans l'ombre, la \ie commune, après tout, est légère à porter. « Les maris parisiens ne sont pas des maîtres absolus dans leur maison ; leurs épouses ne sont point asservies à l'obéissance. Un air d'égalité règne entre eux; point de ton marital, chacun vit de son côté et choisit ses amusements et