‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 381 sur 521 · III · texte numérisé non relu

III

Mais, ne nous y trompons pas, il ne se tient point satisfait qu'un exhorte et qu'on persuade. C'est d'injonction et de répression que les cœurs lâches ont besoin. « Des censeurs du scandale public des mœurs, tels qu'ils étaient établis chez les Romains, seraient très nécessaires parmi nous. Car nos lois imparfaites préviennent-elles la confusion des rangs? Répriment-ellos les extravagances du luxe qui ruine les fortunes médiocres? Empéchent-elles les banqueroutes? Arrêtent-elles la débauche qui va partout le front levé? On a créé des censeurs pour les livres : ces censeurs proscrivent tout ce qui pèche contre la décence, tout ce qui contredit les lois de l'honnêteté, etc. Pourquoi n'y aurait-il pas des censeurs qui demanderaient compte à cette foule de désœuvrés de l'emploi de leur temps, qui iraient au devant des scandales, qui préviendraient les délits?» Par exemple, les jeunes gens qui aiment trop à s'amuser avec des danseuses relèveraient du ministère de ces moniteurs. L'idée, après tout, n'est pas si neuve, et Mercier se réjouit de citer un précédent. « En 1661, ils'élevaen France une espèce de compagnie qui, éprise d'un zèle ardent pour le rétablissement des bonnes mœurs, se mit à censurer toutes les actions malhonnêtes que les lois ne punissent pas ». Ces hommes de foi « faisaient des perquisitions secrètes sur les mœurs et les personnes, en établissaient le rapport dans leurs assemblées et, après une délibération motivée et unanime, ils exposaient au public les délits et la honte des coupables. » Malheureusement, Louis XIV « ombrageux à l'excès sur tout ce qui avait un caractère d'union, » prit mal l'influence que la « Compagnie des œuvres fortes » exerçait avec un succès croissant, et il lui fallut se dissoudre*. Dans cet ordre d"idées, on imagine sans peine que des lois somptuaires ne répugneraient en rien à Mercier. Il ne s'en cache pas et cite avec complaisance tel pays, le canton de Berne, où le législateur n'a pas craint de sévir contre la dissipation, tel autre, la Toscane, où l'ascendant du grand-duc a eu l'art de suppléera tout texte écrit\ Si on l'en croyait, en outre, de bons textes strictement limitatifs de la propriété ne tarderaient pas à prendre place dans nos codes et il y aurait intérêt à les compléter, lors de l'ouverture de

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