DG SÉBASTIEN MERCIER
portante. Le dénouement en fut changé : le déserteur eut la vie sauve, en quoi l'auteur ne se conformait pas moins à l'adoucissement survenu dans la législation ' qu'au sentiment des spectateurs qui désirent que les pièces finissent bien. Ainsi transformé, le drame fît pleurer les Parisiens autant que les provinciaux. « Je n'aime pas excessivement les drames, écrit le correspondant anonyme du Journal de Paris qui a déjà été cité, mais j'y pleure comme un autre, et, depuis longtemps, je n'avais versé autant de larmes qu'à celui-ci '. » Ce n'est pas que l'on passât entièrement condamnation sur des défauts qui aujourd'hui nous sautent aux yeux. « Trop de capucinades, disent \q'& Mémoires secrets; le père du coupable fait trop le confesseur, parle trop de Dieu et du ciel '. » Conduite, incidents et style « dépourvus de vraisemblance et de goût », murmure de son côté Meister, « vaines déclamations d'une morale ampoulée et d'un héroïsme bourgeois *. » 11 n'importe, l'effet fut grand et le succès tel que les moins prévenus en faveur de Mercier durent en demeurer d'accord. Douze représentations successives furent données en un mois,du25juin au 27 juillet 1782, et la pièce, fréquemment reprise, conserva fort longtemps son pouvoir sur le public.
On s'accordait aussi à trouver qu'il était impossible d'imaginer rien de mieux joué. Une telle interprétation faisait grand honneur à la Comédie-Italienne et l'élevait au rang d'une émule redoutable pour l'orgueilleuse Comédie- Française ''. Tous s'étaient, à ravir, acquittés de leur emploi :
\. La loi qui infligeait la peine de mort aux déserteurs avait été réellement abolie. Faut-il croire que la fiction dramatique de Mercier veut contribué? Cela est plus que douteux. Notons seulement que les Annales dramatiques \e. prétendent, t. VI, p. 251. Je ne sais pas non plus oti Ch. Monselet a pris que Mercier eût changé son dénouement sur les instances de Marie-Antoinette et que le Déserteur lui ait valu de Leurs Majestés une pension de 800 liv. Oubliés et Dédaignés, p. 46.
2. Journal de Paris, 5 août 1782. V. aussi Mercure, 20 juillet 1782, p. 138.