Mém, secr., xx
SA VIE, SON ŒUVr.K, SON TEMPS 697
Raymond qui faisait Valcour, un jeune officier frivole ; Courcelle qui paraissait sous les traits du père, encore bien qu'on lui trouvât le ton un peu trop sépulcral: particulièrement M"" JuUien, la jeune première, et elle y avait du mérite, tout son rôle n'étant que de pleurer. M"»" Verteuil, chargée, cette fois, d'un fort petit personnage, s'y était néanmoins montrée égale à elle-même*. Mais surtout le plus large tribut d'applaudissements accueillit un nouveau-venu qui se signalait comme un grand acteur.
Oranger revenait, lui aussi, de province, après avoir fait, fort longtemps auparavant, en 1764, des débuts inaperçus à la Comédie-Française; et le renom qu'il avait acquis hors de Paris l'y suivit lorsqu'il y revint, un peu contre son gré. Dans la troupe de Bordeaux où il excellait à jouer les petits-maitres, il était arrivé à gagner dix mille livres par an, somme énorme pour le temps et pour l'endroit, et, à sa considération^ on y avait reçu aussi son père, sa mère et son frère qui étaient de médiocres sujets. Il fallut quitter tout cela sur l'injonction des gentilshommes de la Chambre, soucieux d'apporter quelque renfort à la Comédie- Française qui en avait besoin. Mais c'était compter sans elle. Mole, redoutant le parallèle, déclara tout net qu'il quitterait le théâtre si l'on y engageait Granger. « La crainte, sans doute, de perdre cet excellent acteur, sans être sûr encore d'en avoir un qui le remplace et plaise au public, a arrêté les supérieurs, qui, ne sachant plus que faire du nouveau venu, l'ont envoyé aux Italiens, c'est-àdire dans une arène toute différente où les pièces qu'il sait ne lui serviront plus de rien et où il faut apprendre un autre théâtre. Malgré ces difficultés et ces dégoûts, la supériorité du s'' Granger s'est manifestée dès qu'il a paru et le parterre enthousiasmé l'a vivement applaudi et traité avec une distinction méritée \ »
11 y fit ses premières armes le 5 mars 1782^ dans le rôle de Dorante, de la Coquette fixée ", et voici en quels termes d'une faveur signalée le Mercure en rendit compte à ses lecteurs : « Ce comédien jouissait dans la province d'une grande réputation et nous n'en sommes pas surpris. A une belle