I, 25, 26, 68-66 passim
Charte de la Révolution, les principes mêmes qu'il y emprunte le conduisent, quand il s'abandonne, comme ici, à la pente de sa propre pensée, dans la voie d'un empirisme explicatif tout renouvelé de Montesquieu. Conformité primordiale du droit civil au droit naturel, voilà le dogme indispensable. Quant aux méthodes d'application, il admet la latitude la plus indéfinie.
L'art de gouverner ne procède pas autrement que les autres arts. La nature fournit les premiers indices, l'esprit suit à tâtons, sans raisonnements ni formules. Vient une tête pensante qui y voit plus clair, comprend, combine et rédige : c'est la naissance de la première théorie politique. Ainsi agirent les législateurs dont les cités antiques se sont fait gloire'. En cela, les temps et les lieux furent les grands inspirateurs, les climats aussi eurent leur influence, encore que Montesquieu l'ait surfaite, mais, par dessus tout, c'est la nature du peuple et celle du sol qui l'emportent. Les gens qui ont peu de besoins et mènent une vie rustique ont des lois simples. Vivent-ils resserrés dans des villes, les lois se multiplient et changent souvent. En se perfectionnant, un peuple sent que les anciennes ne lui suffisent plus; il lui en faut d'autres qui germent de son propre sein et ne sauraient être importées du dehors. Une législation étrangère donnée à un peuple n'a pas le pouvoir d'en changer les mœurs : il faut qu'elle s'y accommode, surtout si la nation, déjà vieille, est en possession d'anciennes coutumes. II est déraisonnable de proposer pour exemple aux États modernes les constitutions antiques, comme s'il y avait quelque ressemblance entre Lacédémone et Paris. Les idées ont subi d'irrémédiables changements. Un principe des anciens législateurs était l'amour de la pauvreté. Commerce et richesse sont l'âme des sociétés modernes. Un livre comme celui de M. Necker sur les Finances de la France aurait bien étonné Lycurgue\ C'est faute d'avoir compris ces diversités fatales que l'ignorance de nations barbares et guerrières leur a fait adopter aveuglément les lois romaines, admirables en soi, mais qui ne leur convenaient point. De là des absurdités et des contradictions,, de là, par exemple, le fatras de notre jurisprudence inextri-