‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 502 sur 521 · I, 101-108 passim · texte numérisé non relu

I, 101-108 passim

cable. « Ces nations s'étaient réfugiées dans un code étranger, comme dans les temps de calamité on se réfugie pêlemêle dans un temple abandonné. Bientôt les autels servent à d'autres usages'. » Conclusion : « La politique est versatile par sa nature et doit varier comme les calendriers*. »

Voilà un jugement de fait auquel on ne peut refuser ni la clairvoyance, ni l'impartialité. Mais, entre tant de formes changeantes du Protée politique, avons-nous, du moins, quelque raison de fixer notre choix ou seulement d'indiquer une préférence? Pas même : c'est ici surtout que l'éclectisme de Mercier redouble d'énergie à ne pas prononcer. Il y a comme un accent de triomphe dans cette répudiation de tout parti : « Les principes généraux sont nuls en politique et d'une évidente fausseté... En fait de gouvernement, il y a des théories sans nombre et qui sont toutes bonnes sur le papier... Qu'ont gagné les hommes à vivre sous vos lois? Voilà l'interrogation que je ferai à tout gouvernement. Quelque nom qu'il porte, si les sujets me crient : Nous ne sommes pas mécontents I je bénirai jusqu'au despotisme'. »

Dirons-nous ici que Mercier ait expressément contredit à sa pensée première? Non : à le bien entendre, il constate seulement que bien des choses ne se justifiaient point en droit qui se justifient en fait. Exemples et applications sont multipliés pour appuyer ces maximes. C'est vouloir être dupe des noms que déjuger des gouvernements par celui qu'ils portent : monarchie, aristocratie ou république. Pris strictement selon leur définition, ils sont de purs êtres de raison : les passions des hommes ont vite fait de changer les choses en dépit des mots. Dans le fait, l'Anglais et le Suédois, qui ont des rois, sont pourtant libres; les Hollandais le sont sous leur stathouder. En Allemagne, dans cette confusion d'Etats et de princes, il y a une foule de lois protectrices. En dépit du sens restreint que l'on attache à l'idée de gouvernement aristocratique, c'est pourtant une vérité que l'Allemagne, la France, la Pologne souff"rent d'une foule d'institutions aristocratiques, tandis que Berne, aristocratique par essence, est douce au peuple. La démocratie, selon l'esprit de son institution, où la trouve-t-on? Pour

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