De J. J. R., II
2. Bachaumont ii'accorde qu'une brève mention à VAn 2440, « une espèce d'apocalypse, y est-il dit, qui demande beaucoup de discussion. » Mém. secr., v, 297. Cette discussion, le nouvelliste se l'épargna.
coûté davantage à l'auteur, qui a changé tant de choses, de changer tant soit peu la nature humaine; alors sa chimère devenait possible, mais il faut cette condition. C'est nous faire revenir sur nos malheurs d'une manière cruelle et barbare que nous prouver qu'ils tiennent si bien à notre être qu'il faudrait le changer pour nous rendre plus heureux*. »
L'An 2440 demeura pour Mercier un de ses écrits les plus chers : il se flatta publiquement d'y avoir prédit et provoqué la révolution'. En 1786, après l'avoir augmenté de notes nouvelles et de chapitres nombreux, il en donna au public une seconde édition composée de trois volumes ' et désavoua expi-essément par sa préface toutes les contrefaçons qui avaient paru dans l'intervalle. Au lendemain de la révolution enfin, l'an Vil (1799) vit mettre au jour une troisième édition, textuellement pareille à la précédente, mais signée de l'auteur pour la première fois et accompagnée d'une introduction où il conviait glorieusement le public à vérifier sur pièces la justesse de ses prophéties. L'édition de 1786 étant identique à la dernière et contenant la pensée définitive de Mercier, c'est d'elle que je me servirai pour exposer ici la substance de ce livre singulier.
L'auteur en justifie l'objet dans ces termes non exempts de fierté : « J'ai usé de l'empire que j'ai reçu en naissant; j'ai cité devant ma raison les lois, les abus, les coutumes du pays où je vivais inconnu et obscur*. » Or, coutumes, lois et abus ne présentent qu'oppression, inégalité et misère. Elles offensent le regard de l'homme juste. « Désirer que tout soit bien, tel est le vœu du philosophe, .l'entends par ce mot, dont on a sans doute abusé, l'être vertueux et sensible qui veut fortement le bonheur général parce qu'il a des idées précises d'ordre et d'harmonie. » Mais tout peut-il