CHAPITRE II
MISSIONS ET MISSIONNAIRES. — LES PROTESTANTS. Zèle du jeune Prélat. — La prétendue « conversion + de Zamet. — Les Missionnaires : Camus, évêque de Belley; Oratoriens, Jésuites, Capucins. — Caractère de leurs prédications. — Théâtres populaires ; excursions de vacances.
Les Protestants de Langres. — Un exploit de Senault. — Zamet et
les d’Andelot,.
Grâce au Journal de l’apothicaire langrois Africain Senault, nous pouvons suivre, presque sans interruption, l’action de Zamet de 1615 à 1625. Frère du farouche ligueur Pierre Senault, secrétaire du Conseil de la Ligue, oncle de lillusire Oratorien qui prêcha devant Louis XIV et devint supérieur général de lOratoire, Senault reflète les rudes passions qui agitaient les catholiques de cette époque. Il nous fait assister à la lutte quotidienne contre les Protestants ; il note tous les sermons qu'il entend, et en donne souvent le plan; il consigne le chiffre des communions à chaque fête, décrit les rivalités politiques entre les échevins, raconte l’arrivée des gouverneurs, el nous fail ainsi pénétrer dans la vie religieuse et politique d'une ville de province au début du xvre siècle.
Arrivé à Langres le samedi 31 octobre 1615, Zamet officia pontificalement le jour de la Toussaint à la cathédrale Saint-Mammès, « à la procession, à la grand’messe et aux vespres, et à midy il y fit la prédication au grand contentement des bons catholiques, ses sujets » ; le lendemain, il célébra l'office des Morts à l'église des Capu- Cins, au milieu d’une nombreuse assistance ; le mardi, chez les « Sœurs de Sainte Ursule », il entendit la messe du Père Bertin, qu'il avait amené à Paris ; il visita la
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maison et « les classes où estoient les petites filles de la ville, et leur donna sa bénédiction » ; le mercredi, il se rendit à l’église Saint-Pierre, et « monta au clochier, mesme jusque tout au-dessus où est la guette », et le bon Senault qui nous transmet ces détails, d'ajouter : « Dieu veuille qu’il soit la bonne guette dessus son evesché, et qu'il veille sur le troupeau que Dieu luy a donné en charge ! » ; le jeudi, c’est le couvent des Frères Prêcheurs qui a les honneurs de sa visite, et le vendredi, il quitte Langres pour prendre contact avec les habitants de Chaumont.
Cette première semaine d’épiscopat est caractéristique. Ce n’est pas là, comme on pourrait le croire, une ardeur de débutant ; les semaines suivantes seront exactement semblables, et le zèle du Prélat ne se démentira pas.
En avril suivant (1616), fidèle à la promesse jurée à Paris, il tmt un synode « en sa maison épiscopale, où estoient assemblés plus de trois cens prestres, tant curés que vicaires, et paravant que de le tenir, il célébra la messe au cloître St Mammès à six heures du matin ». À la suite de ce synode, il fit imprimer des statuts très importants dont nous parlerons plus loin.
Le 8 mai, nous trouvons Zamet à Dijon, où il fit une entrée solennelle « par la porte Guillaume, à cinq heures du soir, et alla loger en la maison abbatiale de Saint-Bénigne »(1). Le 10, il célébra la messe chez les Jacobins, puis, les jours suivants, visita les Pères Jésuites « et a beu et mangé avec eux, comme aussy avec les bons Pères Capucins dudit Dijon »(2). « Le lundy 16e dudit mois, ledit Seigneur commença de tenir son synode en l’église Saint-Jean de cette ville, et les 17° et 18° dudit mois, il examina les prestres du bailliage de Dijon mandés à cet effet, lesquels il exhorta et censura fort aigrement, écrit Sullot, à la poursuitte et méditation des Jésuites du collège
(4) CLaune Suzcor, procureur au Parlement de Dijon, Journal, (Bib. Nat Nouv, acq. franç. ms 394, fo 58.) (2) Senauzr, Journal, année 1616.
de cette dite ville, lesquels, en sa faveur, firent faire des jeux par leurs écoliers audit collège(1) ».
De retour à Langres, l'Evêque ordonne à Saint-Mammès, le 28 mai, 30 clercs tonsurés, 9 acolytes, 8 sousdiacres, 7 diacres, et 9 prêtres. Le 2 juin, jour de la Fête-Dieu, « il porta le précieux corps de Jésus-Christ sous le poèle tout le long de la procession faicte par la ville comme de coustume, et dura deux heures »(2). Le lendemain, il administre le sacrement de confirmation à Saint-Mammès, le surlendemain à Pérancey à 300 personnes, puis à Ormancey, Arc-en-Barrois, etc., et partout il prêche, et entend au confessionnal tous les fidèles qui se présentent à lui.
Ayant trouvé, au cours de ces premières visites, une centaine de « ses pauvres diocésains » mariés sans dispense à des degrés prohibés, « parce que, vu leur pauvreté, ils n’avaient pu payer la dispense »(3), il obtint du Pape, par l'intermédiaire du nonce, les dispenses nécessaires, en même temps qu’une indulgence plénière pour tous ceux qui, une fois confessés, communieraient de sa main, pendant qu'il faisait la visite de son diocèse ( 1616). Le nonce, en insistant pour que ces diverses faveurs lui fussent accordées, ne tarissait point en éloges sur « la piété de ce grand homme »(4). D'autre part, un contemporain, Théodecte Tabourot, chanoine de la Cathédrale, écrit dans son Histoire des Sainctes Reliques et Anciennetez de Langres: « Il fut dès le commencement plein de zèle et de charité, prescha en la chaire de la cathédrale (quoy qu’elle ayt son théologal), et alla prescher ensuite aux villages de son diocèse, faisant sa visite quelques foys à pied, ne desdaignant luy-mesme d’ouir les confessions, de célébrer la messe, administrer les sacrements, consoler les malades, les assister, et d'exercer tous autres actes
1) SuzLor, Journal, fe 58.
2) SexauLrr, Journal, année 1616.
5) Bib. Nat. mss ital. 1269, fos 424 et 146.
(4) Zbid.
de piété, accompagné souvent des Jésuites et des Pères de l’Oratoire »(1).
Nous insistons sur ces détails, parce que certains historiens jansénistes, qui se sont copiés textuellement, et l'abbé Houssaye qui les a suivis, ont parlé, en termes vagues d’ailleurs, de la conversion de Sébastien Zamet ; ils la fixent vers 1622 ou 1624. Le sens du mot conversion est très élastique au xvrre siècle. Dans le langage spirituel du temps, il est souvent employé pour signifier une aspiration et un effort toujours plus énergiques vers la sainteté. C’est ainsi que des hommes comme saint Vincent de Paul et le Père de Condren recommandent souvent à leurs correspondants de prier pour leur conversion(2). Pour nous, il est hors de doute qu’il faut entendre ainsi la conversion de Zamet ; il n'y eut jamais rien en lui d’un Gondrin ou d'un Retz, par exemple, et dès le début de son épiscopat, sa vie fut très édifiante. Dès 1622, au début de la réforme de Tart, il écrivait à l’abbesse, Madame de Pourlan, et à la coadjutrice, Madame de La Tournelle, des lettres qui supposent une grande habitude de la vie intérieure(3). En 1624, il fit plus. Il se démit de sa charge de Grand Aumônier, vécut d’une vie très mortifiée, et supprima dans son genre de vie tout ce qui sentait le luxe, au point de mécontenter fort les officiers de sa maison. Voilà, si l’on veut maintenir l’expression, ce qu'il faut entendre par la conversion de Zamet.
La réflexion de Tabourot, au sujet des Jésuites et des Pères de l’Oratoire, nous amène à parler des collaborateurs de l’évêque de Langres dans la réforme de son diocèse, car il ne pouvait songer à entreprendre seul cette tâche difficile.
Une des caractéristiques de son épiscopat, au début surtout, est le rôle qu’il fait jouer aux religieux. Manœuvrant avec habileté, et cherchant à tenir la balance égale
(4) Tasouror, op. cit. (mss de la Bibl. du Grand Sémin. de Langres.)
(2) C£. Livre I, chap. IT, la lettre du Père de Condren au Père Bertin.
(3) Nous publions ces 65 lettres inédites (1622-1625) dans notre volume des Lettres Spirituelles de Sébastien Zamet.
entre des ordres rivaux, il se sert de tous, sans s’assu-
jettir à aucun. Il veut renouveler son diocèse, il lui faut des prédicateurs ; il s'inquiète peu de l’habit, pourvu que l’homme ait du talent, et il faut avouer que ses choix témoignent d’un grand discernement.
Il semble bien cependant qu'il eût pour l’Oratoire une prédilection marquée ; le jour même de la prise de possession de son siège, il était accompagné du Père Bertin, son ami, et c’est avec lui qu’il commença la visite de son diocèse ; mais l’année suivante, il faisait prêcher en sa présence, à Saint-Mammès, le Père Honoré de Paris, vicaire du général des Capucins(1}), et en 1618, le 28 mai, il ramenait de Paris l’évêque de Belley, et deux Pères Jésuites, les Pères Thyal et Salian ; Camus prêche à la cathédrale deux jours après, les Jésuites aussi, et de part et d'autre, les relations sont excellentes. Ce seul trait indique de la part de Zamet un grand esprit de conciliation (2).
(1) I sera question plus loin du P. Honoré, Livre II, Chap. V.
(2) Zamet était très lié avec Pierre Camus ; cette année-là, les deux évêques, unis depuis longtemps dans un même culte pour saint Francois de Sales, firent ensemble un pélerinage à Clairvaux, au tombeau de St Bernard. De retour dans son diocèse, Camus dédia à l'évêque de Langres ses Premières Homelies Mariales, et fit allusion à « ce saint voyage ». Celte dédicace est curieuse à plus d’un titre : ;
CA Monseigneur le Révérendissime et Illustrissime Messire Sébastien Zamet, Evesque et Duc de Langres, Pair de France et Grand Aumosnier de la Royne.
Monsieur, Voicy des rayons de miel, d’un essaim d’abeilles mystiques, qui sont les pieux desseins que j'ai recueillys en vostre présence sur la tombe du doux sainct Bernard, enfant et nourrisson de vostre Diocèse, l'honneur de la France el le riche trésor de vostre territoire, En ce sainct voyage ou pélerinage dévot que nous fismes cet esté à Clairvaux, célébrant sur l'autel où repose ce sainct corps et me souvenant de la douceur de ce divin homme, ayant en sa langue et en sa plume le miel du Fils et le laict de la Mère, au demeurant si excellent Panégyriste de la très saincte Vierge, son exemple renouvella la ferveur de mon esprit envers ceste Mère de la belle dilection, et en ceste émotion sacrée, je me résolus tout foible que je suis, ne le pouvant acconsuivre en ses vertus, au moins de le suivre aux louanges de ceste Vierge Mère non jamais assez estimée, animé d'ailleurs de ceste divine voix qui promet la vie éternelle à ceux qui l’exalteront. Les oysillons sont-ils pas excusables, si pour imiter le ramage de leurs pères, ils piaillent au commencement ? Dieu ne laisse pas d'exaucer le cry des petits corbeaux qui l’invocquent. Voylà donc les fleurs de ces désirs que ce livret vous présente, Monseigneur ; Paranymphes à la vérité indignes de leur object, mais qui marquent, en la pauvreté de l'esprit de leur autheur, la richesse de son affection. Vostre zèle et vostre piété envers ceste Mère de Dieu n’a pas peu
. De même, en 1619, pour la Pentecôte, le Prélat revient de Paris, accompagné de quatre Oratoriens, parmi lesquels le Père de Condren, et de quatre Jésuites. Pour ces derniers, il avait une permission expresse du Roi, car l'arrêt qui permettait aux évêques d'employer des Jésuites pour prêcher et catéchiser dans leurs diocéses, ne devait être enregistré qu'en 1620 par le Parlement.
Parmi ces prédicateurs, les uns étaient envoyés comme missionnaires* dans les campagnes, afin de préparer la visite de l’Evêque, qu’ils précédaient de quelques jours les autres prêchaient des stations d’avent et de carême à Langres et à Dijon.
Les premiers étaient le plus souvent des Jésuites. Voici
aydé à esveiller ma froideur, j'en fays ici la recognoissance. Si ces pensées conçeües en vostre présence, recourent à l'ombre ‘de vostre protection, elles recherchent leur centre. Protégez-les en terre, Monseigneur, et la saincte Vierge. nostre chère Patronne et Maîtresse, vous protégera du haut des Cieux. Car ce sont icy les louanges de ceste Royne des Cieux, que loüent les Roynes de la terre, et de laquelle, bien que Grand Aumosnier d’une puissante Royne, et Duc et Pair de France, et qui plus est, Evesque exemplaire en l'Eglise de Dieu, vous n’estes qu'humble serviteur. Vous voulez bien que ceste affection sacrée dont j'honore ces belles vertus qui vous rendent recommandable, vous parle ainsy ; la confiance, fille aisnée de la dilection, porte l'excuse de sa liberté en sa naïveté c{ franchise. Je supplie vostre cœur de continuer au nuen ceste chère bienveillance qu'en Dieu et en sa saincte Mère il vous a pleu de luy tesmoigner, et de recevoir ces lignes pour marques de la fidèle amitié qui me rend, Monseigneur, Vostre très humble et très affectionné serviteur et indigne confrère, Jean Prerre, E. de Belley.
Les années qui suivirent, loin de diminuer cette amitié, ne firent que la fortifier. Il faut savoir que l'évêque de Belley était le parent de Madame Camus de Pontcarré, fondatrice de Port-Royal, la fille spirituelle de Zamet, Quand elle se fut mise sous sa direction, les relations des deux prélats devinrent plus intimes encore, et Camus venait souvent prêcher à Dijon. Nous le retrouverons en 1628, assistant à la cérémonie de fondation des Sœurs de Sainte- Marthe. (Voir Section Il, ch. VI); en 1629, il fera les ordinations à Dijon, aux Quatre-Temps de caréme, et prêchera à Langres pendant la semaine sainte ; aussi Zamet aimera-t-il à vanter à sa correspondante « l'infatigable charité de son bon parent » (Cf. Lettres Spirituelles de Sébastien Zamet, pp. 323 et 337.)
L'évèque de Belley fit partie de la Compagnie du Saint-Sacrement. (Cf. A. Résezciau, La Compagnie secrète du Très-Saint-Sacrement, Paris, Champion, 1908, p. 92). Sacré en 1609 par saint François de Sales, il se démit de son siège, après vingt ans de ministère ; il fut ensuite vicaire général de Francois de Harlay, archevé ‘que de Rouen, et venait d’être nommé à l'évêché d'Arras, lorsqu'il mourut le 25 avril 4652.
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comment ils procédaient : l'Evêque leur assignait d’abord un doyenné à évangéliser ; ils en visitaient toutes les paroisses successivement, et dans chacune prêchaient, catéchisaient, confessaient, rappelant les grandes vérités, et donnant ce que l’on appelle une mission. Quand ce travail préliminaire était terminé, l'Evêque arrivait lui-même au chef-lieu du doyenné, et conférait le sacrement de confirmation aux personnes venues des quatre coins du doyenné ; puis on recommençait dans un autre et ainsi de suite, jusqu’à ce que la visite de tout le diocèse fût terminée. Ainsi le 30 mai 1618, les Pères Thyal(1) et Salian(2) sont envoyés à Neuilly-l'Evêque : ils font la visite du doyenné, prêchent et confessent. Le 4 juin, l’Evéque arrive à Neuilly, et confirme « plus de 1.500 personnes venues de lout le doyenné » ; en 1619, après avoir célébré la fête de l’Assomption à Dijon, Zamet entreprend la visite du Dijonnais et du Tonnerrois ; le 12 septembre, le Père Thyal prêche à Is-sur-Tille, le lendemain à Selongey ; l’'Evêque le suit, et y administre le sacrement de confirmation.
Deux autres Jésuites, le Père Joignot(3), et le Père Fagot (4), exercent leur zèle à la fois à Langres et dans les campagnes. Le Père Fagot prêche à Langres l’avent de 1619, et le carême de 1620(5). Mais, malgré ses
(1) Jean Tayar, né à Riom en 1559, entra dans la Compagnie de Jésus le 4 mai 1583, prononca ses vœux en 1393 et mourut en 1626.
(2) Jacques Sazran, né à Avignon le 21 janvier 1559, entra dans la Compagnie le 19 janvier 1578, fut longtemps professeur d'humanités, puis de philosophie et de morale, et mourut à Paris le 23 janvier 1640.
(3) Jean-Claude Jorenor, né à Vesoul le 21 novembre 1586, entré dans la Compagnie le 8 novembre 1606, professeur d'humanilés pendant trois ans, missionnaire pendant huit ans, procureur, mort à Châlons le 16 août 1674.
(4) Jean Facor, né à Saint-Mihiel en 4381, entré le 42 août 1601, fit profession en 1618, enseigna quatre ans les humanités, deux ans Ja philosophie et s'adonna à la prédication ; il mourut à Metz le 19 septembre 1657.
(5) Pendant le Carèême de 1620, le P. Facor traite la première semaine « du Jugement final » ; la deuxième «de la tanstiguration de Notre Sauveur Jésus- Christ » ; la troisième « de l’anathème du mauvais riche et du Pharaon » : la quatrième « de la Prédestination et de la Réprobation » ; Ja cinquième « du procès de la Magdelaine » ; la sixième « de la Passion de Jésus. » (Sexaurr, Journal, année 1620.)
efforts, il ne peut rivaliser avec le Père Coton(1),/lancien confesseur d'Henri IV, qui, après avoir prêché le carême à Dijon(2), arrive à Langres au mois d’août 1620, accompagné du Père Marino. Son succès est tel que Senault écrit: « Depuis cinquante-huict ans que je suis à Langres, je n'ay jamais vu, à quelques prédications qui s’y soient faictes, autant de personnes qu’à celles du Père Coton à Saint-Mammès. »
Ce succès ne pouvait attrister l’Oratoire, représenté à Langres par des hommes de premier ordre. En dehors de Claude Bertin, missionnaire de la première heure, en dehors de Charles de Condren, nommé par Zamet vicaire général du diocèse le 26 septembre 1619(3), les Pères Eustache( 4) et Jean-Baptiste Gault(5), futurs évê-
(1) Pierre Coron, né en 1565, dans le Forez, entra chez les Jésuites le 4er Octobre 1583, fit profession le 29 septembre 1599, fut professeur de rhétorique, puis de morale, devint ensuite prédicateur et confesseur du Roi, et mourut à Paris le 19 mars 1626.
(2) Les magistrats de Dijon avaient écrit au Provincial plus d'une année à l’avance, pour n'’obtenir le P. Coton qu'au Carême de 1620. Dès le 16 février 1619, ils réitéraient leur demande :
« Révérend Père, nous vous avons prié de nostre part de nous favoriser de tant nous octroyer et accorder le R. P. Coton, pour prescher en ceste ville, à la Saincte-Chapelle du Roy, à l'Octave de la Feste-Dieu prochaine, au sainet temps de l'Avent et du Caresme suivant, dont n'avons eu aucune réponse ny assurance. C’est pourquoy nous vous faisons ceste recharge et vous supplions de tout nostre cœur ne nous esconduire de nostre juste désir et demande, ce que nous attendons de vous et de vostre Compagnie, vous asseurant que non seulement vous nous obligerez en particulier, mais tout le reste des habitans de ceste ville. Pryant Dieu de vous conserver en ses
saintes grâces, et sommes, ] Révérend Père,
Vos très affectionnés à vous servir.
De Dijon, ce 16 febvrier 1619.
(Arch. communales de Dijon, Correspond. communale, B. 256, Registre).
(3) 11 fut nommé au lieu et place de Noël Facenet ; «les dépesches données audict Père de Condren ont esté leues et enregistrées au Siège Royal de Langres le jeudy 3 octobre, encore qu'il y ayt eu opposition formée par ledict Sieur Facenet. » (Senauzr, Journal, Année 1619.)
(4) Eustache Gaurr (1591-1639) fut d’abord supérieur de la maison de Troyes ; le Père de Bérulle l’envoya ensuite à Dijon, puis à Langres ; de là, il se rendit en Espagne, afin de diriger un hôpital pour les Français à Madrid. Nommé évèque de Marseille en 1639, il mourut avant d'être sacré.
(5) Jean-Baptiste GauLcr (1593-1643) suivit d’abord son frère à Troyes, puis fut fait supérieur à Langres, où il enseigna la théologie aux ecclésiastiques du séminaire avec beaucoup de réputation, alla ensuite avec son frère en Espagne ; à son retour, il fut envoyé à Dijon pour y fonder un autre établis-
qués de Marseille, le Père Bence( 1), le Père LeJeune(2), le Père Métezeau(3), évangélisent le diocèse. Jean-Baptiste Gault prêche à Langres lavent de 1621(4), tandis que Bence donne une station à Dijon ; le Père Le Jeunese fait entendre à Langres en 1621, et prêche le carême à
Mussy en 1624.
Parmi les prédicateurs capucins, nous avons nommé le P. Honoré de Paris ; il y faut ajouter les Pères Jacques et Adrien de Briaucourt en 1620 et 1621. Avec le Petit Père André(5}, augustin, qui prêche à Langres l’avent de 1628, et le carême de 1629, tandis que Camus évangélise Dijon, avec les Pères Maignet(6), et Mareschal (7),
sement, se signala par son zèle à confesser, à prêcher, à visiler les malades, les hôpitaux et les prisons. Il fut nommé évêque de Marseille en 1640. Il faisait partie de la Compagnie du Saint-Sacrement.
(1) Jean Bexcr, né en 1568, entra à l'oratoire dès la fondation de cette congrégalion en 1611. Envoyé par le Père de Bérulle dans le diocèse de Langres, il y fut à la fois prédicateuret directeur du Séminaire, et travailla avec le Père Le Jeune à la réforme de Tart. Zamet le tenait en haute estime et se confessait à lui. On trouvera beaucoup d’allusions au Père Bence dans les lettres du Prélat à Madame de la Tournelle. Cf. Lettres spirituelles de Sébastien Zamet, pp. 82, 90, 92, 93, 94, etc. Le Père Bence mourut en 1642.
(2) Jean Le Jeuxe, né en 1592, à Poligny, fut un des plus célèbres prédicateurs de son temps. À Langres, il remplit à peu près les mêmes fonctions que le Père Bence. Il perdit la vue en 1635, pendant qu'il prêchait un carême à Rouen, et fut dès lors surnommé le Père Aveugle. Il consacra les vingt dernières années de sa vie à évangéliser le diocèse de Limoges, et mourut en 1672, à l'âge de 80 ans.
(3) Paul Mérezeau était, comine le Père Bence, un des premiers compagnons du Père de Bérulle. Ce fut en 1621 qu'il se rendit à Langres. « Etant supérieur de Lyon, il alla travailler quelque temps à Langres avec beaucoup de bénédiction et y prêcher l’Octave du Saint-Sacrement ». (BATTEREL : Mémoires domestiques. t. 1, p. T6.) Ses succès étaient tels que pendant une station de carème qu'il donnait à Bordeaux, « le Parlement changea souvent l'heure de ses séances afin de pouvoir assister à ses sermons. » (Tagaraun : art, Métégeau, dans la Biographie Universelle). I mourut à Calais, en 1632.
(4) On le retrouve également à Langres, pendant le carème de 1622 et le 23 juillet 1623.
(5) Axpré BouLLaxGer, dit le Petit Père, né à Paris en 1578, prècha 55 ans avec beaucoup de succès, dansles principales villes de France. On luiattribue beaucoup de plaisanteries plus ou moins authentiques ; ce qui est incontestable, c'est l'effet que produisaient ses sermons. Anne d'Autriche et le grand Condé se plaisaient à l'entendre, Il mourut à Paris en 1657.
(6) Louis Maiexer, né à Paris en 1574, entra dans la Compagnie de Jésus en 1594, fit profession en 1615 et mourut à Pont-à-Mousson le 19 avril 4657.
(7) Pierre MarescnaL, né à Besançon en 1588, entra chez les Jésuites en 1606, fut profès en 1623 et mourut à Charleville le 16 décembre 1635,
de la Compagnie de Jésus, on a la liste des principaux collaborateurs de Zamet, qui fait d’ailleurs lui-même de fréquentes prédications.
Quel était le caractère général de tous ces sermons ? Evidemment, ils diffèrent selon les personnes. Ceux de Camus sont plus fleuris, ceux de Zamet et de l’Oratoire plus théologiques. Les Jésuites et les Capucins sont plus passionnés ; ils ne craignent pas de faire des allusions locales, et de désigner les huguenots langrois par leur nom. Le Jésuite Mareschal tonne contre l’immodestie et le fard des dames ; il leur interdit de jouer aux cartes aux heures du service divin ; il défend « à ceux qui se disent catholiques, d’avoir en leurs maisons, et de lire les livres de Marot, Rabelais, et aultres livres de farce EtmocCqueries met tles #prie «d'en faire, Un sacrifice auvfeu > (1) WTe' Père Honoré, derson côté, s'attaque. à un protestant langrois qui avait envoyé de Paris « 39 livrets hérétiques et 14 lettres écriptes de sa main » dans un but de propagande. Il réfute « ces meschants livres envoyez aux huguenots de Langres par ung petit bout de médecin nommé Françoys Monginot ; et dict en la chaire de vérité qu'il falloit brusler lesdicts livres, puisqu'ils estoient censurés par l'Eglise et la court de Parlement de Paris, mesme qu'il avoit ouy dire à Monsieur Molé, procureur général du Roy audict Parlement, que Messieurs de la Justice de Langres avoient eu tort de ne pas faire brusler lesdicts livres par le bourreau »(2).
L'Evêque semble avoir voulu éviter ces procédés oratoires ; il n’en obtenait pas moins en chaire de grands succès. Tous les contemporains parlent de son air digne et grave « d’une bienséance, maintien et grâce non pa-
(1) Sermon du 8 septembre 1622. (Sexaucr, Journal). Galvin proscrivait également Rabelais ; Ramus l’appelait le plus dangereux des athées, et Henri Estienne le jugeait digne du bûcher.
(2) Senauzr, Journal, fo 11, Il s’agit ici de Mathieu Molé, né en 1584, conseiller général au Parlement de Paris en 1606, procureur général en 1614 et premier président en 4641. Il réclama en 1648 la liberté de Broussel et joua un rôle important pendant la Fronde, Il mourut en 1656.
reilles » écrit Tabourot (1). On le comparait à saint François de Sales. Pour toucher ses auditeurs, il leur laissait soupçonner ses préoccupations intimes et son désir de perfection. Faisant le panégyrique de saint Charles Borromée (4 novembre 1620) il montre « comme il fault que les évesques et tous les prédicateurs soient sans répréhension et qu'ils fassent ce qu’ils preschent, pour la gloire de Dieu, et qu’ils soient charitables envers leur prochain comme Saint Paul le recommandoit à ses diseiples, Tite et Timothée ». A Noël (1620), il prend comme texte: Verbum caro factum est, et ravit son auditoire par des considérations sur l'humilité et la bonté du Verbe fait chair. Le 1er janvier1621, prêchant sur la Circoncision, il explique « comme il fault nous circoncire en ce monde, en quittant nos vices, et plorer nos péchés, évitant l’orgueil, nous rendant humbles, charitables aux pauvres et ensuivre nostre bon Jésus, qui a non seulement enduré la circoncision en son Jeune Âge, mais la mort ignominieuse, en répandant tout son sang précieux pour nos péchés et pour nostre salut ». Le 14 février de la même année, le prélat prêche « doctement touchant l’obstination du péché, et les menaces que nous faict à ce sujet le Sauveur du monde. » « Par ainsy, conclut-il, il fault quitter le péché de bonne heure et crier mercy à Dieu ». Le 21, à l'Oratoire, il parle « des fols de caresme-prenant qui n’ont pas laissé de courir à che-
(1) Tasouror, Æistoire des Saintes Reliques et Anciennetez de Langres, p. 20. Voici le portrait que trace de lui Tabourot : « Il avoit l'air agréable et tous les traits de son visage délicats et biens fins, son nez estoit assez apparent et long, et non pointu, tout le corps bien proporlionné, en sa longueur, prestance et belle taille, estoit propre en ses habits, menoit un bon train, toute Sa maison estant fort réglée : on ne l'entendit point jurer : il avait quelquefois le mot pour rire avec gentillesse ». Vienter écrit de son côté: « Il estoit ordinairement d’une humeur gaie et nullement incommode : ÿ{ avoit par un don de nature le bien dire et la bonne grâce, et le tout sans affectation. Sa doctrine, acquise par l'estude aux collèges de Paris et de La Flèche, perfectionnoit tout cela et luy faisoit juger sainement des prédications ct des ouvrages d'autruy. » (Décade historique du diocèse de Langres, L. II, p. 256).
On remarquera la parfaite concordance des détails de la physionomie de Zamet, d'après Tabourot, avec l'héliogravure que nous donnons en tête du volume. (Voir, au sujet de cette gravure, la note 5 de la p. 172.
MISSIONS ET MISSIONNAIRES 7il
val à travers la ville » (1). Non content d'agir sur les âmes par la prédication, il s’astreint en même temps à entendre les confessions « pendant les trois jours gras, et l’on tient qu'il s’est communié plus de 1.200 personnes ».
Pour frapper les imaginations, et se rendre populaire, l'Evêque emploie des moyens que l’on pourrait croire très modernes. Il fait représenter, le 1er juillet 1621, dans la grande cour de son évêché « la mort et passion de Saint Pierre, et l’histoire de Simon le Magicien ». Il y assiste en personne, de trois heures à sept heures de l’après-midi, entouré de Jésuites et d'Oratoriens, « de Messieurs de la Justice et d’un grand nombre de bourgeois et d'artisans, accompagnés de leurs femmes ». Un autre jour, devant l’église Saint-Amâtre, est représenté sur un théâtre « le devoir des parents à faire instruire leurs enfants dans la religion chrestienne, composé par le cardinal Bellarmin, de la Compagnie de Jésus ».
L'année suivante, le Prélat fait organiser à ses frais une excursion de vacances, pour les enfants de Langres âgés de treize à dix-sept ans. Le but du voyage est un pèlerinage au mont Saint-Michel. A cette époque, une distraction de ce genre était rare; aussi parents et enfants durent-ils se montrer reconnaissants.
Ainsi, peu à peu, l’évêque de Langres faisait la conquête de ses diocésains par son zèle, son amabilité et ses heureuses initiatives.
Quel était, pendant cette période de propagande catholique, le sort des protestants ?
Le prédécesseur de Zamet, Charles d'Escars, soutenu par les trois corps de la ville, avait obtenu, le 25 octobre 1614, un arrêt du Conseil d'Etat, très dur pour les
(1) Sexaur, Journal, fo 72, el suiv.
protestants de Langres. Cet arrêt portait « qu'ils eussent à se contenter du lieu et village d'Estigny, pour y faire l'exercice de leur religion, et expresses inhibitions et deffences de faire aucune assemblée dans la ville dudict Lengres ny ailleurs qu’audict village d'Estigny ». Or, Etigny était situé près de Sens, à 33 lieues de Langres. L'ironie était cruelle.
Pendant les années suivantes, les protestants essayèrent d'obtenir l’annulation de cet arrêt, et le 24 juillet 1620, « en vertu d’une commission émanée de la Chambre mi-partie, et ardente », les huguenots de Langres firent venir de Sens un conseiller nommé Chauvelet, « qui avait élé élu commissaire, avec un adjoint M. du Puits, seigneur de Mont, tous deux accompagnés d’un greffier, d'un huissier, et de quelques témoins ». Leur but était de visiter trois villages : Jorquenay, Champigny, et St- Geômes, et de choisir celui qui conviendrait le micux pour y faire un prêche, auquel pourraient assister les protestants de Langres et des environs. |
Mais Senault veillait. Caché dans son jardin, près de la porte Saint-Didier, il avait vu arriver successivement plusieurs hommes à cheval: il avait surpris à la porte les manœuvres d’une sentinelle, complice des huguenols(1) ; enfin, il avait entendu que le lieu du rendezvous élail la maison de l’aubergiste Quenot, au Cerf-volant. Vite, il avait donné l'alarme. En moins d’une heure, les trois corps de la ville étaient assemblés. M. de Francières, gouverneur pour le Roi à Langres, pria ces « étrangers » de s’en aller, à cause de la rumeur qui se répandait déjà dans la ville, et menaçait de tourner à la sédition ; le gouverneur ajoutait que d'ailleurs ils n’avaient pas le droit de prêcher à Langres, ni à quatre lieues aux alentours.
Senault, fier de son exploit, ajoute triomphalement que
(1) « On estoit alors en temps de guerre », écrit Senaull, et la surveillance élait très étroite. « Et font toujours leurs meschancetez, et malices et detestables conspirations, lorsqu'ils voyent commencer quelques guerres en France, esquelles ils font bien leurs affaires, à ce qu'ils dient. Ainsy ils sont enfans de leur père Satan le diable, quine demande quela guerre », (Journal, 34),
le commissaire dut se contenter de dresser un procèsverbal du refus d'autorisation, et s’en retourner à Sens, « à la grande honte des huguenots de Langres, et de leurs adherents atheiïstes », et il conclut: « Il nous faut prier Dieu qu'il luy plaise nous garder de la patte de ces meschants loups de la religion pretendue reformée, les laisser là, et ne leur dire mot, puisque nostre bon Roy Louis XIII ne les ayme point ».
Comme les protestants ne se tenaient pas pour battus, un nouvel arrêt confirmant celui de 1614 fut rendu contre eux en août 1620, par lequel « ils iroient à leur presche, si bon leur sembloit, à Estigny, proche Sens... Et ledict arrest fut publié à Langres avec les trompettes et les tambours et lu par les carrefours le 16 octobre 1620, le tout à la louange de Dieu, et au grand contentement des catholiques »(1).
L'Evêque était alors en pèlerinage à Rome et à Milan. Mettant à profit son absence, les protestants cherchèrent autre chose. « Agissant en renards, dit Vignier, ils entreprirent sourdement de se rapprocher de Langres, et pour parvenir à leur but, achettèrent au nom d’un particulier de la ville, qui estoit de leur superstition, la terre et seigneurie de Percey, à dessein de changer son chasteau en synagogue et donjon d’hérésie ; mais les Sieurs Vénérables du Chapitre de Langres les en dépossédèrent et chassèrent par larrest qu'ils obtinrent l’an 1621. » (15 février) (2).
Il semble qu'après tant de déboires, les huguenots eussent dû se décourager, et que l’exercice de leur religion fût rendu impossible. Il n’en était rien cependant, et l’Evêque, de retour dans son diocèse, se préoccupait d'employer des armes plus persuasives et plus évangéliques
(1) Senauzr, ms. fo 34. Les protestants de Langres étaient peu nombreux. Lés principaux étaient : « le receveur Etienne Heudelot et ses deux fils, un tisserand, Jean Sarrazin -et ses deux fils, Michelin, peintre, Guenet, orfèvre, Mollet, couturier, Pegain, peintre, et autres racailles mahutres, qui les supportent. » (/bid. fo 33). Voir le récit de SENAULT, aux Pièces justificatives, (XI, Senault et les Huguenots de Langres.)
(2) Vicxr, Décade historique du Diocèse de Langres, t. I, p. 258 el suiv,
que ces arrêts perpétuels ; « le vendredi 18 mars 1622, jour de feste Nostre Dame de Pitié, monseigneur de Langres envoya le Père Huguet, jésuite, au village de Pressigny pour y catéchiser, confesser, prescher et administrer les saincts sacrements aux habitants dudit lieu et ès villages circonvoisins, mais principalement pour parler à la demoyselle de Pressigny qui faict toujours continuer la presche huguenote dans son chasteau... Dieu veuille par sa grâce qu'il puisse convertir quelques desvoyés et les ramener au giron de l'Eglise ». (1)
Une conversion qui fit alors quelque bruit en France, et surtout à Langres, fut celle de Charles de Coligny, marquis d'Andelot et de Saint-Brès, fils puîné de l'amiral Gaspard de Coligny, victime de la Saint-Barthélemy. Il était alors lieutenant-général en Champagne, et se rendait souvent à Dinteville ou à Lanty, au diocèse de Langres, dans les terres de sa femme, Huberte de Chastenay, fervente catholique et fort attachée aux Jésuites. Cette conversion fut suivie de celle de son fils aîné, François de Coligny, marquis d’Andelot, mestre de camp d’un régiment de 1200 hommes de pied, et pourvu en survivance de son père du gouvernement de Champagne. François devenu Catholique céda à Bernard, son frère cadet, tous ses droits dans la succession paternelle, entra à l’Oratoire de Paris, et se mit sous la direction du Père de Bérulle.
Des liens très étroits s’établirent vite entre l’'Evêque et cette famille. Le fils de l'amiral, devenu extraordinairement fervent, dota Chaumont en 1623, d’un couvent de Carmélites(2), et projeta d'y établir l’Oratoire. Toutes les fois que le gouverneur et son fils se rendaient à Dinteville, ils s’arrêtaient à Langres pour voir l’'Evé-
(1) SExaULTr, Journal, { 100.
(2) L'acte de fondation est du 47 juillet. Charles de Coligny, et Huberte de Chastenay s'y obligent envers MM. Gallemand, Duval et Bérulle, supérieurs des Carmélites de France, à donner une somme de 16000 livres qui devait être employée tant à l'acquisition de terrains et de bâtiments, qu’à la construcüon du couvent. La permission de l'Evêque est du 16 septembre 1624, et les lettres patentes du mois de janvier 1634.
L'établissement commença avec quatre religieuses venues de Châtillon-sur- Seine, et leur nombre s'accrut bientôt, ainsi que les revenus,
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que ; celui-ci les recevait soit à l’'Evêché, soit à l’Oratoire, et les gardait plusieurs jours, s’entretenant avec eux des intérêts du catholicisme, et des moyens de faire triompher la contre-réformation. Lorsque, quelques années plus tard, ils furent devenus, avec Zamet de Saint-Pierre, frère de l’évêque de Langres, les premiers affiliés et presque les fondateurs de la Compagnie du Saint-Sacrement, l'intimité de Zamet avec ces pieux personnages ne fit que grandir.
En 1627, le malheur vint frapper les d'Andelot. Bernard de Coligny, le cadet, qui avait obtenu la charge de son père, par la démission de celui-ci, mourut subitement, deux ans seulement après son mariage. Le père accablé de douleur, se vit en outre sur le point de perdre la charge qu'il lui avait imprudemment cédée. L’Evêque, pour lui rendre « office d’amy », écrivit à Richelieu. Cette lettre fait honneur à ses sentiments ; elle révèle, de plus, les nuances nouvelles que la situation du premier ministre devait fatalement amener dans les rapports de l’évêque de Langres et de l’ancien évêque de Luçon. Dix ans se sont écoulés ; les rôles sont changés ; le solliciciteur de jadis est maintenant sollicité. Zamet doit s’incliner, et flatter le tout-puissant dispensateur des bienfaits du Roi; il garde cependant, vis-à-vis de Richelieu, une dignité dont peu d’évêques alors donnaient l’exemple :
Monseigneur,
Ce gentilhomme vous porte la nouvelle de la mort de Monsieur le marquis d’Andelot qui depuis quelque temps avoit esté pourveu de la charge de lieutenant du Roy en ces quartiers par la démission de monsieur son père ; de laquelle charge néantmoins il n'a point pris possession, et dont le père est toujours demeuré en exercice. Il appréhende qu'elle ne sorte de ses mains, et qu’il ne s’en voye frustré sur la fin de ses jours, après l’avoir longtemps exercée avec le soin et la fidélité qu’un bon sujet doit à son Prince. C’est pourquoy son affliction extreme ne lui permettant pas d’avoir l'honneur de vous en escrire, il vous suplye très humblement par moy, Monseigneur, de luy vouloir estre favorable, afin qu’elle luy soit conservée, et qu’il vous soit obligé de ce bienfait, qu'il se promet
recevoir de la bonté du Roy. Jay creu que vous n'auriez point désagréable, Monseigneur, que je luy rendisse cet office d’amy auprès de vous, et parce que j’ay l’honneur d’estre son Evesque, et parce que nous vivons en très particulière amitié il y à longues années, ayant durant ce temps-là receu de continuels témoignages d'affection de luy et de toute sa maison. La reconnaissance que j'en doibs avoir me convie à joindre ma très humble supplication à la sienne, laquelle je me promets, Monseigneur, que vous recevrez volontiers, venant d’une personne qui est par tant de raisons et de devoirs, Monseigneur.
Vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur. SEBASTIEN, E. DE LANGRES,
Ce 2e janvier 1627. (1).
Richelieu répondit immédiatement à Zamet (le 7 janvier) par la lettre suivante :
Monseigneur,
Je ne puis vous dire la part que je prends à l’affliction dont il a pleu à Dieu visiter M. d’Andelot, qui est telle à la vérité que c’est du ciel qu’il doit attendre la consolation qui luy est nécessaire, Cependant je vous diray que le Roy par sa justice etsa bonté ayant Jugé la perte qu’il a faite de la personne de son fils assez grande, Sans qu'elle feust accreue de celle de ses biens qu'elle sembloit attirer après soy, à eu agréable, en considération du père, et à ma supplication, de luy redonner les charges dont il s’estoit desmis en faveur de son dict fils. C’est la moindre preuve que je voudrois luy rendre de l'affection que je luy ay portée de longue main, ce dont Je vous conjure de l’asseurer, et en vostre particulier croire que je suis sincèrement, etc. (2)
Un mois après, Zamet, atteint à Paris de la fièvre quarte, remerciait Richelieu de cette faveur, et d'un autre témoignage plus récent de sa bienveillance. La lettre entière vaut d'être citée :
Monseigneur,
Permettez-moy, s’il vous plaist, d'envoyer sçavoir des nouvelles de vostre santé, pour laquelle je prie Dieu tous les Jours, puisque mon indisposition m’empesche d’en aller apprendre moy-mesme. Je
(1) Arch. des Af. Etrang. France, 785, fe 44. Autographe. Les mots en italique sont soulignés dans le texte.
(2) AVENEL, Lettres de Richelieu, IV, 337.
FAC-SIMILE D'une LETTRE AUTOGRAPHE DE SÉBASTIEN ZAMET AU CARDINAL DE RICHELIEU.
(Archives du Ministère des Affaires Etrangères, France, 785, fo 98).