II
L’évêché de Langres était, au xvure siècle, l’un des plus vastes du royaume par son territoire, et l’un des plus recherchés à cause du privilège de Duché Pairie, qu’il ne partageait qu'avec l’archevêché de Reims et l’évêché de Laon (1). Il comprenait à peu près tout le territoire des anciens Lingons, c’est-à-dire le département actuel de la Haute-Marne, près de la moitié de la Côte-d'Or (arrondissements de Dijon et de Châtillon-sur- Seine), la moitié de l’Aube (arrondissements de Barsur-Seine et de Bar-sur-Aube), une partie de l’Yonne (arrondissement de Tonnerre), et même le doyenné de Fouvent, dans la Haute-Saône. Il était divisé en six archidiaconés : le Langrois, le Dijonnais, le Tonnerrois, le Lassois (Bar-sur-Seine et Châtillon), le Barrois et le Bassigny. Ces archidiaconés se divisaient eux-mêmes en dix-sept doyennés ruraux.
De nombreuses et illustres abbayes d'hommes et de femmes faisaient du diocèse de Langres l’un des plus glorieux de l'Eglise de France. C’étaient les abbayes bénédictines : de Molesme, fondée par Saint Robert au xr° siècle, de Saint-Bénigne de Dijon, de Moutier-Saint-Jean, de Molosme, du Morimond, de Pothières, de Bèze, de Saint- Pierre de Langres, de Saint-Michel de Tonnerre, de Saint- Seine. du Puits d’Orbe, de Prâlon, de Rougemont, etc. ; les abbayes cisterciennes de Tart, de Clairvaux, d’Auberive, de Beaulieu, de Vaux-la-Douce, de Poulangy, pour
(1) 1 y avait trois évêchés Duchés Pairies : Reims, Laon et Langres, et trois évêchés Comtés Pairies ; Beauvais, Châlons et Noyon.
ne citer que les plus célèbres ; les Augustins possédaient Saint-Etienne de Dijon, Notre-Dame de Châtillon, le Valdes Ecoliers ; les Prémontrés avaient Sepfontaines.
L’évêque de Langres, dans les assemblées, et au sacre des Rois, avait droit de préséance sur l’archevêque de Lyon, Primat des Gaules, son métropolitain ; tandis que l'archevêque de Reims sacrait le Roi et que l’évêque de Laon tenait en main la sainte ampoule, l’évêque de Langres portait l’épée du Roi ; enfin il était feudataire immédial de la couronne de France, comte de Montsaugeon, marquis de Coublanc, baron de Luzy, de Gurgy-le-Châtel et de Mussy-lEvêque, et chef suprême ou seigneur de plusieurs autres châtellenies. Le Roi, en lui écrivant, lui disait: mon cousin, comme aux princes du sang.
Le revenu temporel de l’évêché de Langres était, d’après un état dressé en 1624, de 20.596 livres, avec des charges s’élevant à 7.140 livres 7 sous 6 deniers.(1)
Au point de vue civil, le diocèse de Langres ressortissait à la généralité de Champagne(2).
Sal
Zamet, nous l'avons dit, s'était préparé, pendant les années 1614 et 1615, à sa mission épiscopale ; la présence à Paris de nombreux prélats, venus aux Etats Généraux et à l’Assemblée du Clergé, lui avait permis de s’instruire plus facilement des besoins généraux de son diocèse, car le mal était à peu près le même partout.
Dès son arrivée à Langres, le jeune évêque suit un plan méthodique, élaboré à Paris:
(1) Arch. de la Hte-Marne, G. 93. En 1698, un mémoire surla généralité de Champagne dressé par un intendant porte ce revenu à 22.000 livres. (Aff. Etrang. Champagne, 1532, fo 112). En 1790, l'Almanach Royal l'évalue à 52.000 livres.
(2) Dijon, ville du diocèse de Langres, était cependant le centre de la généralité de Bourgogne. La généralité de Champagne comprenait les diocèses de Reims, Troyes, Châlons-sur-Marne, Langres et Laon ; celle de Dijon les diocèses d'Autun, Chälon-sur-Saône, Mâcon et Auxerre. (Cf. Arch, Nat. G. 897).
1° Pour remédier à l'ignorance et au matérialisme des campagnes, et pour combattre les Protestants (1), il attire dans son diocèse des prédicateurs zélés (oratoriens, jésuites, augustins, capucins, etc). Plusieurs étaient déjà, ou devinrent des célébrités : le Père Coton, le Père Le Jeune, le petit Père André, les deux Pères Gault, Charles de Condren, etc.
20 Pour rendre le clergé à ses devoirs, et lui concilier l'estime des peuples, il tient de nombreux synodes, publie des statuts, et l’un des premiers en France, fonde un séminaire.
30 Il favorise l'établissement des nouveaux ordres religieux, en particulier de la Visitation, des Ursulines, des Annonciades ; il fonde lui-même une congrégation nouvelle, les Sœurs de Sainte-Marthe.
40 Comme les grands directeurs de cette époque, il s’occupe activement d'introduire la réforme dans les anciens ordres, spécialement dans les abbayes bénédictines de femmes. Le Puits d’Orbe, et surtout Notre-Dame de Tart exercent son zèle. C’est même à la suite de la réforme de Tart, que la mère Angélique Arnauld, émerveillée, se mettra sous sa direction.
Nous allons voir Zamet à l’œuvre dans l'exécution de ce plan.
(1) La question des Protestants était à l'ordre du jour. La harangue de Richelieu aux Etats Généraux leur avait déplu, de même que l'acte de l'Assemblée du Clergé de 1615, au sujet de la promulgation du Concile de Trente.