LES ANNONCIADES A LANGRES
qu'il fallait que les Annonciades fussent établies. Fortes de sa promesse, les solliciteuses essayèrent de gagner des adeptes, et d'attirer à elles Les futures Annonciades. Langres fut bientôt divisé. Toutes les ruses féminines entrèrent en jeu; lés unes exaltaient les Carmélites « à cause des extases de sainte Thérèse, et des ravissemens que cette sainte obtenait à ses filles », les autres répondaient « que la Sainte Vierge n'avait pas eu de ravissemens, et que les Annonciades ne songeaient qu’à imiter la vie humble et cachée de Marie ». L’'Oratorien, confesseur des unes et des autres, devint suspect aux Annonciades, qui furent soutenues davantage par le P. Huguet, Jésuite.
Sur le conseil de ce dernier, elles allèrent de nouveau trouver Zamet dans la crainte d’être supplantées par les Carmélites, car le peuple murmurait beaucoup, disant « que deux nouvelles religions dans la ville apporteraient la cherté, et qu’il n’en fallait qu’une ». Elles représentèrent à l’Evêque que leur nombre décroissait, parce que quelques-unes, craignant que rien ne réussil, s'étaient mariées pour obéir aux ordres de leurs parents. Zamel répondit que c'était fort bien ainsi, qu'il était nécessaire de séparer le grain d'avec la paille, que Dieu le permettait pour beaucoup de raisons qu'elles ignoraient. Enfin après toutes ces épreuves, il jugea le moment venu d'agir. Prêchant un jour aux Jacobins, il dit en chaire que, malgré toutes les oppositions, les Annonciades seraient établies à Langres. Dès lors, il s’y employa activement.
Il y avait déjà à Champlitte, depuis 1619, une communaulé d'Annonciades (1). Mais le Prélat, pour des raisons que nous ignorons, peul-être parce que cette maison n’é-
(1) Extrait d’une lettre de la Rév. Mère Marie Jean-Baptiste Angèle Mallesue, première fondatrice du monastère de l'Annonciade de Champlitte à la prieure du même ordre à Gênes (1619) :
€. Mgr Zamet, notre supérieur, est un grand seigneur, italien d'origine, d'une autorité telle qu'elle lui donne un grand pouvoir, et cependant si humble que, quelques mois avant notre arrivée dans cette ville, pensant déjà nous y trouver, il ÿ vint tout exprès pour nous voir et nous offrir ses charitables services, comme il le dit aux bonnes demoiselles qui nous onf fait venir, et cela avec grande bonté et courtoisie, les nommant toujours ses filles,
tait pas encore assez solidement établie, ne voulait pas choisir à Champlitte les religieuses nécessaires à la fondation de Langres ; il voulait les faire venir de Nancy, ou de Gênes. On ne put le satisfaire. Dans l'intervalle, en 1622, les religieuses de Nancy fondèrent un couvent à Paris, dans l'hôtel de Montmorency-Damville. Durant les séjours qu'il faisait à Paris, Zamet fréquenta assidûment la nouvelle communauté, pour en étudier l'esprit ; » il allait fréquemment célébrer la messe dans leur église, et ne voulait se servir que de leurs pauvres ornements de Jaine. Son action de grâces achevée, il aimait à s’entretenir avec la Prieure sur des matières spirituelles, étant lui-même très expérimenté dans les voies de Dieu » (AE
L'année suivante, « il insista auprès des Mères de Paris, et demanda à quelques-unes d’entre elles de se dévouer pour venir à Langres ». Malgré les requêtes adressées par plusieurs villes, et bien que la fondation de Paris fût récente, « cependant par respect pour le digne Prélat, elles ne purent refuser de se rendre à sontdésir,etren élurent trois d’entre elles et deux novices, qui se rendirent à Langres le 21 octobre 1623, où elles établirent la communauté qui subsiste encore aujourd'hui. » (2)
Le crédit de Zamet à Paris avait rendu la fondation très facile. Les Annonciades avaient obtenu un brevet du Roi, des lettres patentes, et même des lettres de faveur pour les magistrats de Langres. Elles envoyèrent de Paris un prêtre chargé de les présenter à la ville, et de faire l’achat d’une maison. Le maire et les échevins les reçurent avec courtoisie, et tout se passa fort bien.
Après la fondation, l'Evêque n’abandonna pas ses chères postulantes. Devenues religieuses, elles furent l’objet de ses soins assidus. « IL célébrait fréquemment la messe dans leur chapelle, et traitait ensuite avec chacune d'elles
les encourageant beaucoup, en leur disant que Dieu voulait tirer sa plus grande gloire de l'ordre de l’'Annonciade ». (Arch. du monast. de Langres).
(1) Relation manuscrite du monastère de Paris, 1622.
(2) Cette communauté existe encore en 1911, et la mémoire de Zamet y est toujours en grande vénération.