VV. Ÿ JHs
Jour de l’Incarnation (25 mars 1627).
Mon Révérend Père, Jésus-Christ se donnant à VOUS, vous sanctifie par sa grâcel
Nous avons receu vos secondes avec beaucoup de joye, ne nous étonnant pas des difficultés, bien que j'aye bien compassion de vous qui les soutenez ; mais j'espère que Jésus-Christ, la gloire duquel seul vous regardez en cette négociation, vous fera sentir son assistance très particulière.
Nous avons distribué vos lettres, celles de Mr Vincent, à lui-même, et luy celle de M. Du Val, qui l’a receue de très bon cœur, mais qui, trouvant beaucoup de difficultés à l’affaire, en veut parler au R. P. de Condren, avant que d’en escrire, ce qui ne s’est pu faire avant que ce courrier partit ; ce sera, Dieu aydant, par le premier.
M. Vincent à une affection pour l'affaire toute entière, et dit que desjà il jouit des fruits qu'elle apportera. Il tarda sa mission d’un jour pour parler à M. Du Val.
M. Messier estoit À Beauvais, où on luy a envoyé la vostre ; s’il vient, nous luy parlerons, mais ce ne sera pas avant Pasques. M. Halier se porte bien, sa grand’mère est défunte ; je ne say s’il ne vous escrit point par ce courrier.
Je vous envoye une lettre du R. P;' de Condren autR.P. Br. thin qu'il a escrite à nostre parloir. Il ne peut, ce me semble, avoir plus d'affection à l'affaire qu'il y en a. Il m'a asseuré que le R. Père de Bérulle est pour nous, maïs c’est un homme qui ne se veut point mesler d’affaires. Je vous confesse, mon Père, que je sollicite de très bon cœur les choses à quoy on m'oblige ; mais quand je n’en puis venir à bout, je ne m'en fâche nullement, croyant que Jésus-Christ ne donnant pas ces moyens, en trouvera d'autres meilleurs. Sa sapience éternelle sait comme il faut faire réussir ses desseins. Le P. de
(1) M. de Béthune.
(2) Copies, appartenant à M. Gazier.
Condren promet d'écrire encore plus au long au P. Bertin et à vous, et d'écrire aussi pour le Saint-Sacrement. Nous l'en presserons tant que nous pourrons.
Je pense que mon frère de Trye (1) escrit comme il faut. Nous sommes résolues à demander pour supérieurs Messeigneurs de Sens, Paris et Langres ; moyennant cela, il n'y a nulle difficulté au consentement de M. de Paris.
J'ai un très grand désir que vous ayez veu le Saint Père. Nous vous avons mandé comme Madame la Duchesse de Longueville se rend fondatrice et envoye ses lettres.
M. de Langres trouve que vous faites très bien, et que vos réponses touchant la règle de Saint Benoît sont très bonnes. Je vous envoie un petit extrait que ma sœur en à fait qui vous pourra servir. Véritablement, mon Père, cette règle est digne de grande vénération, mais elle ne fut jamais écrite pour des filles. Sur quoi l’on dira qu'il y à eu très grande quantité de monastères de Bénédictines très florissants, ce qui est vray. Mais il est vray aussi que tous ces monastères n'avoient que le nom de Bénédictines et l'invocation et protection de ce grand saint : car au reste, elles avoient des règles particulières si différentes de celles de Saint Benoît, qu'on ne connoit pas qu'elles ayent aucun rapport, ce qui se voit aux sept monastères qui sont en ce diocèse, et de plus à Jouarre, Sainte-Croix, Farmoutiers et infinis autres, où elles ont la règle de M. Poncher, évêque de Paris, qui n'a presque rien de la règle de Saint Benoît, laquelle aussi presque À chaque chapitre se trouve im propre aux filles.
Quant à la maison que le P. Berthin dit devoir desjà estre acheptée, l'on ne debvoit pas se mettre en ces frais, sans savoir la volonté du Saint-Père; et l’on n’en manquera point, Dieu aydant, si Dieu le nous rend propice.
Nos sœurs du Tard auront patience, et si cette maison se fait, j'espère que Dieu aydant, elles seront tost agrégées. Si Je Saint-Père accorde la fondation à la requeste de Madame la Duchesse de Longueville, il faudra faire que le Saint-Père nous commande de la fonder, ainsi que vous aviez avisé.
Par vostre précédente vous nous disiez que le R. P. Bertin disoit que l’on pouvoit tout d’un chemin obtenir Bref pour nous délivrer de l'obéissance de M. de Cisteaux. Je vous supplie très humblement, mon Père, d'y travailler, cela estant absolument nécessaire pour le bien de cette maison. Ledict seigneur, notre supérieur, se rendant de plus en plus difficile, nos sœurs consentiront toutes assurément et seront très ayses. Nos Pères réformés mêmes me le conseillent, et sont résolus de faire une congrégation, voyant manifestement qu’il a résolu de ruiner notre observance. Je croy qu'il faut présenter notre requeste pour les mêmes raisons qu'ont apportées depuis peu nos Sœurs ‘du Tard.
Je vous envoie la copie de la lettre qu’escrit le bon Père de
(1) Henri Arnauld.
Condren ; ne faites pas semblant de l'avoir receue. De plus, mon Père, je vous envoie une lettre de ma sœur Geneviève à notre Saint Père que M. de Langres et le P. de Condren ont veue et ont été d'avis que je vous l’envoyasse au moins pour vous consoler. Cela est arrivé ainsi. Comme vous nous eûtes escrit, je l’allay trouver en son lict (où elle est presque toujours avec la fiebvre et des peines d'esprit extrêmes, et avec cela une douceur dans le visage incomparable, et un soin de toutes ses novices comme si elle estoit en pleine santé) pour luy communiquer vos lettres ; et luy parlant des difficultés qui se rencontroient, elle me dit avec une façon toute extraordinaire: « Ma mère, ne vous étonnez point ; Jésus-Christ surmontera tout. » Il me vint en luy parlant une pensée de luy dire pour l’éprouver et voir ce qu'elle feroit: « Maïs, ma sœur, si vous écriviez au Saint-Père. » — Elle me répondit en s’étonnant : « Hélas, ma mère. » — Je luy dis: « Pourquoi, ma sœur, nous parlons bien à Dieu ; essayez pour voir si Jésus-Christ ne vous donnera rien. » — Je m'en allay, et n’y pensois plus quand le lendemain elle m'envoya cette lettre qui me remplit d’un si grand étonnement de son obéissance, simplicité, et en effect de l'esprit de Dieu que je vois résidant en cette bénite âme. Le Père de Condren l’a leue deux fois en très grande révérence ; et voylà, mon Père, comme cela s’est passé (1).
Je ne say si M. de Langres vous escrit. Il est très mal disposé d'un rhume; l'on espère que le beau temps le remettra. Il affectionne l'affaire plus que jamais, et mes frères aussi.
Tout se porte bien céans. Je suis mieux disposée qu’au dernier courrier, grâce à Dieu. Ma sœur la Coadjutrice est encore à Maubuisson, où l’on n'avance rien, faute des supérieurs qui soutiennent les anciennes dans leurs transgressions qu'ils appellent leurs droits.
Toutes mes sœurs prienf pour vous. Nous espérons que la bonté de Dieu vous assistera. Je vous remercie très humblement, mon Père ; Jésus-Christ sera luy-même vostre récompense. Je suis en luy.
Votre très humble et très obéissante fille et servante, Sœur MARIE ANGELIQUE.
Le frère Crichant vous salue très humblement. (2)
Vv. Ÿ Jus.
8 avril, Jeudi d’après Pâques.
Mon très cher Père en Jésus-Christ, Les vostres du 10 mars sont arrivées, auxquelles nous ne
(1) Cette leltre au Pape est très probablement celie qu'on peut lire au t. 1, p. 2, des Lettres de la Mère Agnès. Klle lui a élé attribuée par M. Faugère, parce que le manuscrit de Port- Royal est de l'écriture de la Mère Agnès. C'est sans doute une copie faite par elle.
À celle époque, on le voit, la Mère Angélique el les antres religieuses admiraient les « inspirations » de la Mère Geneviève ; plus tard dans les Relations, on les criliqua très sévèrement et l'on nous apprend qu'on brûla toutes ses lettres de cette époque, qu'on jugeail alors remplies de sottises. Cela eut lieu après la rupture avec M. de Langres. (Cf, Hist. de La Mère Geneviève de Saint Augustin Le Tardif, Bib. Nat ms. f. fr. 13.893.)
(2) Autographe,
savons presque que répéter ce que nous vous avons jà mandé par les nostres du XIe du même mois et du 26, que je croy que vous avez maintenant receues.
Vous n'aurez point encore par ce courrier de lettres de M. Du Val, qui m'est venu voir, et en effect approuve l'affaire, à quoy il avoit quelque répugnance à cause de la nouveauté ; mais quand je lui ay montré la copie de la lettre de ma sœur Geneviève Catherine à Sa Sainteté, il est demeuré tellement étonné et admiré qu’il s'est rendu. Et en effet, j'espère qu'il escrira, et ce n'est que par humilité qu'il ne le fait pas, car, se dit-il, « moi qui suis-je pour qu'à ma recommandation le Saint-Père doive faire une affaire de telle importance ? »
Je vous envoye une lettre de M. de Nantes à M. le Cardinal Bentivoglio. Il a parlé de notre affaire à M. le Cardinal Spada, qui s’en doit retourner dans quinze jours, et il escrira par cette voye à M. le Cardinal Barberini.
Le billet a esté trouvé bien, sinon que comme je vous ay desjà escrit, vous direz les trois prélats pour supérieurs, Messeigneurs de Sens, Paris et Langres. Quant à mettre le Saint- Sacrement sous l'Ordinaire, i n’y faut pas penser, s’il vous plait, non plus qu’à commencer icy (1). Mais pour mettre cette maison (2) soubs l’'Ordinaire, nous le désirons grandement, et vous avons déjà supplié d'en présenter la requeste. S'il est absolument nécessaire d'envoyer procuration, nous le ferons.
Quant à votre retard, mon Père, je pense que vous jugez bien qu’il n'est pas temps d'abandonner cette affaire, et vous avez assez de foy en la bonté de Dieu pour espérer qu’il aura soin des vostres. Il n'est pas nécessaire de nommer ma Sœur la coadjutrice ; l'on croit qu’elle passera soubs le nom de reli: gieuse ; et au pis aller, l'on auroit une permission après pour elle:
Pour la lettre de M. le général des Galères (3), nous en aurons facilement une, Dieu aydant ; mais nous n'avons pell par Ce courrier, d'autant que [undi dernier, il se rendit à l'Oratoyre pour y estre prêtre de la Congrégation, et estant en retraite, l'on ne peut parler à luy.
Pour les raisons que nous avons à dire pour sortir de soubs la juridiction de M. de Cisteaux, je ne pense pas vous en pouvoir dire plus que vous en Savez, et Dieu vous inspirera ce qu'il faudra dire. S
Ma sœur, l2 Coadjutrice ‘est encore x Maubuisson où tout iroit bien sans un confesseur qui gate tout et est impossible de faire M. de Cloute (sic). La bonne abbesse (4) se rend si Capable qu’on en est étonné.
Je vous remercie très humblement, mon Père, des saints avis qu'il vous plait me donner ; je désire de tout mon cœur de les
(4) À Port-Royal.
(2) Port-Royal.
(3) M. de Gondi, père du Cardinal de Retz. Voir la note (3) de la page 223. (4) La Mère Marie des Anges Suireau,
pratiquer. Toutes nos sœurs vous saluent. Je suis si mal disposée d’un rhume que je ne vous puis escrire davantage. CRE
M. de Langres se porte mieux, et ma sœur Geneviève aussi qui vous escrit. La bonne mère sous-prieure se porte aussi bien; elle a une très grande affection pour notre affaire.
J'espère que vous aurez receu des lettres du P. de Condren. J’ay un grand désir de recepvoir de vos nouvelles que vous ayez parlé au Saint-Père. Croyez-moi, mon Père, que je n’ay nulle impétuosité de désir pour cette affaire. Je ne suis pas digne d'y avoir part; et si Dieu nous fait la grâce qu'elle se fasse, je seray tout aussy contente de demeurer ici que d'aller là, si on le jugeoit ainsi à propos ; car enfin la gloire de Dieu seul et son intérest doit estre nostre unique prétention.
Je vous supplie d’avoir souvenance particulière aux saints lieux de Rome de Mad. de Pontcarré et de ma sœur Le Maistre, sans oublier le reste, particulièrement ma sœur Catherine Félicité. Mes frères vous saluent très humblement. Adieu, mon Père : je prie Dieu de tout mon cœur vous conserver.
Ce jeudi d’après Pâques 1627.
Je vous recommande ma sœur Isabelle Marie qui a très grand besoin. (1)
60 Lettre de Zamet à M. Féron.
À Monsieur, Monsieur Féron, Docteur de la Faculté de Théologie de Paris, à Rome.
Paris ce 12 avril 1027.
Monsieur, je vous remercye de tout mon cœur des deux lettres que vous avez pris la peine de m'escrire. Celle cy servira, s’il vous plaist, dé response aux deux.
Je vous supplie en premier lieu de ne point parler du fait des filles de Tard; je ne désire nullement que leur intérest nuise à notre affaire ; elles demeureront dans la Providence de Dieu. Je me réjouis que vous repreniez vos esprits. Madame de Port-Royal me prie d'’escrire derechef au R. P. Berthin sur le mesme sujet. Je le fais en peu de mots, mais bons à mon avis. J'en écrivis par ma précédente avec plus de retenue, ayant quelque égard à la part que l’on veut me donner dans l'affaire. Cette fois-cy je me suis plus oublyé.
Vous aurez avec le temps tout ce que vous demandez, et je tiens comme assuré que M. Du Val en écrira et en bons termes. Vous devez avoir la lettre du P. de Condren, laquelle vous trouverez précise, et le P. Bertin verra le langage d’un homme qui en parle par obligation divine. M. de Nantes à fait ici de puissantes recommandations à M. le Cardinal Spada, et a aussy escrit à Rome. Vous savez tout cela mieux que moi, car je Sais que Madame du Port-Royal a grand soin de vous tout
(1) Autographe,
écrire. Ce'que je vous en mande n'est que pour vous témoigner l'affection que j'ay à l'affaire. De deçà, toutes choses commen: cent à augmenter la confiance qu’elle réussira, et qu’enfin vous n'aurez pas perdu vos pas.
Le P. Berthin me fait grande difficulté sur les supérieurs. Mais je regarde ce point comme le principal de la négociation, servant entièrement à l'union des esprits et des monastères. Il est vrai qu’il est contre le droit qu’un Prélat ait autorité permanente dans le diocèse d'un autre. Mais il me semble que cette raison tirée du droit est de beaucoup affaiblie par un million de privilèges donnés À diverses sortes de personnes et de communautés; et il y a sujet de trouver plus étrange qu'un religieux, simple prêtre, comme sera un général ou un provincial gouverne de grandes familles dans un diocèse à l'ex: clusion de l'Evesque, auquel on fermera même les portes de l'église, s'il y veut entrer pour visiter le Saint-Sacrement, comme il est arrivé ici en quelques endroits. D'ailleurs cette manière de supériorité présentement ne blesse personne ; car, outre que M. de Paris est nommé l’un des supérieurs, il dépend de lui de consentir l'érection du menastère nouveau SOUS cette condition d’avoir deux assistants ou de le refuser. Pour moi, tant s’en faut que j'aie peine à cela qu'au contraire je seray très aise que d’autres que moy aient juridiction sur toutes les Religieuses de mon Evêché; et tant qu'il s’en présentera d’exemptes pour s’y établir, je les recevray toutes très volontiers, pourvu qu'elles soient bonnes et bien réformées. La puissance que nous avons à désirer n'est pas sur les moniales, mais sur les réguliers qui, dans l'avantage de leurs privilèges, combattent et troublent souvent l'autorité hiérarchique. Et cependant c'est ce que l’on nous refuse : et n'ayant en ce point aucun égard au droit ancien, on nous y veut assujettir en ce qui concerne des filles, desquelles on se peut fort aysément passer et dont le gouvernement demande des esprits totalement appliqués à elles.
Je vous escris, Monsieur, ingénument et véritablement les pensées de mon cœur, laissant à vous d'en donner communication au R. P. Berthin ou de ne le pas faire.
Au reste, je ne pense pas que Madame du Port-Royal vous laisse revenir sans que les affaires soient conclues ; et je trouve qu'elle a grande raison. Elle vous a, par son désir, tout à fait engagé à nostre diocèse ; je ne say si vous l'en dédirez. Pour moy, Je me souviens fort bien des honnestes offres que vous m'avez faittes. L'Esprit de Dieu qui est vostre conduite vous inspirera en Cecy de faire ce qui sera de sa gloire.
[1 faut vous dire pour fin de cette lettre que cette bonne mère est dans une indifférence ou pour mieux dire dans une soumission x Dieu merveilleuse sur le sujet que vous traitez; jamais je ne la vis plus sage ny plus tranquille, mais je le dis en vérité, et sa conduite en cecy, veu son humeur, me semble toute extra-
ordinaire, de sorte qu'elle fait leçon tous les jours à ses filles
sur la dépendance qu'elles doivent à Dieu touchant le succès de vostre voyage.
Adieu, Monsieur, aymez-moi, et me tenez, s’il vous plaist, pour vostre très affectionné serviteur, SEBASTIEN, Ev. de Langres.
Je me porte beaucoup mieux. (1)
7° Lettre de la Mère Angélique à M. Féron.
CE CE mMAar 1627:
Mon très cher Père en Jésus-Christ,
Nous n'avons rien à vous dire pour ce voyage, ayant répondu à tout par le dernier courrier. Nous attendons des vostres avec un grand désir.
Il faut que je vous die, mon Père, qu'il me prend appréhension que vous soyez fâché de retarder votre licence, comme nous vous avons supplié. Toutefois, je me reprends moi-même de cette crainte, sachant bien que vous serez joyeux de consacrer cela à Dieu, et tous les discours que le monde fera de vous, qui, selon son humaine prudence, jugera que vous aurez faict une grande faute.
La fiebvre quarte a repris à Mgr de Langres, mais c’est fort peu de chose, et en effect il se porte assez bien, grâce à Dieu, affectionnant toujours de plus en plus l'affaire du T. S. Sacrement.
L'on nous a mandé de Dijon que M. de Cisteaux à envoyé un procureur à Rome en poste. Il s’opposera fortement À notre distraction de sa juridiction, mais Jésus-Christ sera le plus fort.
J’ay envoyé vostre lettre À M. la C. Gif (2). La pauvre fille vous souhaite beaucoup, et est en grande affliction.
Le mal de teste me fait finir. Je prie Jésus-Christ nostre bon Maistre vous conserver pour son sainct service.
Je suis en luy ce que luy même sait. (3)
80 Lettre du Père Bertin, de l’Oratoire à la mère Angélique Arnauld (4).
À la Rd Mère et très dévotte Abbesse du Monre de Port-Royal, à Paris.
JESUS Ÿ MARIA 16 juin 1620.
Ma Rde mère, Jésus Pain vivant et vivifiant soit vostre vie. Il ÿy a longtemps que je diffère de vous escrire, mais la solennité
2) Madame la Coadjutrice de Gif, Madame de Villarceaux. 3) Autographe appartenant à M. Gazier.
ë) Bib. Nat, f. fr. 17.808, f- 56.) Autographe.
(1) Autographe. n (2)
du très Saint-Sacrement ne m'a permis de différer davantage, afin de me tenir en vostre souvenance en sa présence et nous obtenir de luy les effets de vie, de sainteté & d'union avec luy & avec le prochain qu’il opère par sa présence réelle au St-Sacrement. Les prestres ont une obligation si estroitte et une relation si spéciale au très St-Sacrement que personne du monde ne devroit y avoir plus d'application & de dévotion qu'eux, & toutefois je m'y trouve très froid & suis contraint d’implorer vosfétsecours! & de vos plus chères filles, pour me disposer à ce que je sus tant obligé d’estre envers Jésus au très St Sacrifice & Sacrement. Je scay que parmi vous il y à des Âmes qui luy sont très chères, & très appliquées, & je vous supplie leur
ordonner de luy présenter nos besoins & nos misères. Je n'ay
peu encores faire ce que Monseigr de Lengres m'a ordonné ; J'espère le faire bien tost. Je n'ay rien a escrire à vostre très cher frère Monsr de Trye par ce courrier ; si vous luy escrivez, je vous supplie de luy en toucher un mot. Vos abbés de Cisteaux vous laissent-ils en paix? Et Madame du Lis? On travaille à faire raccommoder le bref de mad. de La Buxière de Bourges. Votre nouvel ordre du St-Sacrement ne prend il point encores de commencement ? Je vous souhaitte la vie que Jésus pain de vie donne et maintient et perfectionne en l'âme avec tous les effets de grâce qu'il respand par sa Ste présence. Je suis en luy & en sa très Ste Mère; ma Rde Mère, Vre très humble serviteur, CLAUDE BERTIN, ptre de l’Oratoire de Jésus.
A Rome, le 16 juin 1629.
oo Lettre de Zamét à la Duchesse de Longueville.
Madame, Je supplie Jésus-Christ vous donner force pour travailler à son œuvre selon Île désir qu’il en a. Je sors de mon silence pour vous dire que les desseins que Dieu veut estre accomplis en la terre par ses créatures doivent estre conduits avec puissance et persévérance ; qu’il y faut agir en la vertu de son esprit qui ne se lasse point, ne s’arreste point et ne se laisse point confondre par les raisons humaines. Ce mesme esprit de Dieu, quoyque régissant toutes choses par sa puissance et Sa domination souveraine, ne dédaigne pas toutefois de se rendre à elles, s'accommodant à leur portée, inclinations, faiblesses, oppositions et résistances. Il se rend infirme avec les infirmes, mais il se rend puissant et fort avec les puissans et les forts, et par les diverses conduites de sa sapience, il confond les sages du monde et assujettit les rebelles à ses volontés.
Je vous.dis tout cecy, Madame, afin qu’en l'œuvre qui vous est commise, vous vous éleviez par dessus vous-mesme, agissant dans une force et une puissance supérieure à la vostre, pour travailler à la commission que Jésus-Christ vous impose, en sorte que vous
en surmontiez les difficultés et les traverses, et que par votre courage et votre humilité tout ensemble, vous gagniez les volontés qui vous sont nécessaires à ce dessein, vous exposant pour cela non seulement une fois, mais plusieurs, aux refus que vous recevrez et aux autres fâcheuses rencontres qui vous y arriveront.
Jésus-Christ a institué ce très auguste sacrement de son corps, allant mourir pour vous; c’est par cette institution sy sainte qu'il a voulu entrer en ses souffrances et avec raison, puisque ce mystère devoit estre un sacrifice et une représentation adorable de celuy de son martyre. Il semble de même que l’heure de sa gloire en la terre ne puisse estre avancée par vous qu’en souffrant, et en participant par vos soins et vos travaux À ceux dont Jésus-Christ à voulu accompagner une sy sainte et sy salutaire institution. Souffrez donc avec Jésus-Christ ; mourez avec lui, non de la mort du corps qu'il ne demande pas de vous, mais de celle qui rend les Âmes insensibles À tout pour parvenir à l’accomplissement de ses desseins.
C'est pourquoy je vous supplie très humblement, Madame, de parler vous-même à NN... (1) de lui dire que vous n’espérez pas trouver moins de piété en luy que vous avez fait en Sa Sainteté, qui a loué et approuvé vostre pensée sur l'établissement de votre maison du Saint-Sacrement qui est une œuvre digne du Roy, due au triomphe de ses armes, par lesquelles il a dompté l'hérésie et abattu les ennemis du Saint Sacrement. S'il vous parle de règle, vous luy direz, s'il vous plaist, que la règle est de Saint Augustin, comme la bulle dont vous avez copie en fait foi; pour les constitutions, qu’on y auroit travaillé en vain, n'ayant pas encore les lettres du Roy ; qu'on les dressera aussitôt que l'établissement sera résolu ; que pour cet effet, il ne reste plus que ce que vous demandez de luy, étant déjà assurée du consentement de M. de P. (2); que vous le suppliez de ne vous point refuser une requeste sy Juste ; que vous y auriez employé d’autres recommandations que la vostre, mais que vous avez cru qu’il n’en falloit point pour les œuvres de piété ; que vous saviez que pour luy celle-là était privilégiée, qu’elle se rendoit d'elle-même plus recommandable que par l'entremise et la prière de qui que ce soit.
Pardonnez, Madame, à ma liberté. Pour Jésus-Christ, il faut oser toutes choses ; c'est ce qui me fait parler plus hardiment, et je me promets que vostre bonté l’excusera, et la qualité dont je veux toute ma vie faire profession, qui est, Madame, de vostre etc. (3)
(1) N.. nous paraît désigner Richelieu, sinon le Roi. (2) M. de Paris.
(3) (Bib. Nat. Coll. Dupuy, 947, fo 295, La copie de cette lettre est la dernière. de ce recueil composé de lettres spirituelles de Zamet. L'en-tête porte : « À une Princesse ». Il est évident que cette princesse est Louise de Bourbon, duchesse de Longueville. Comme il semble d'après le contexte, que « l’on n'avait pas encore les lettres du Roy », cette lettre dut être écrite de Langres à la duchesse entre 1627 et 1630. ; ;
Sur LE séjour DE M. DE SAINT-CYRAN AU « CHASTEAU DE VINCENNES. »
Les lettres qui suivent furent adressées à Chavigny par le sieur, Du Moulinet, chargé de la garde des prisonniers. Elles contiennent ‘des détails sur les conditions matérielles de l’habitation de M. de Saint-Cyran.
ro Monseigneur, Monsieur de Saint-Cyran vous remercie très humblement des soins que vous avez de luy. Il n'a point deslogé de sa chambre. Je luy ay offert de vostre part celle où estoit Monsieur d'Hoquincourt. Il dit avoir pris huit jours de temps pour y penser, et après en est demeuré à la sienne. Je luy ay offert la chambre basse comme vous me l’ordonnez ; il demande huit jours de temps pour y penser sy le doibt faire. S'il prend la résolution d’y loger, je la feray accommoder comme il désirera. Pour les cinq croisées qu'il faut griller, vous ordonnerez, s’il vous plaist, ce que j'auray à faire sur cela. Je ne manqueray à faire toutes les choses que vous m'’ordonnerez. Il ne se passe autre chose icy qui méritte vous estre mandé. Je prye Dieu qu'il vous conserve, Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviteur, Du MoOULINET.
A Vincennes, ce XX juin 1641.
(Arch. des Aff. Etrang. France 1590, fo 293.)
20 Monseigneur, Monsieur de Saint Syran s'est logé dans la chambre basse que vous luy avez fait donner. Il demande que l’on la face plancher de bois par en bas et que l’on mette une plaque de fer a la cheminée pour eschauffer la chambre par le moyen du feu qui sera dans la chambre d’auprès la cheminée estant a l’opposite. Il désire aussy que la cheminée de la chambre soit fermée de bois pour empescher la chaleur quand il voudra. J'ay fait prendre la mesure de la chambre, elle a cinq thoizes de long sur quatre de large, qui fait vingt thoizes. Le menuisier en demande quinze livres de la thoize, sans la maçonnerie et le charbon qu'il veut qu'on y mette. Je ne l'ay point fait voir à d’autres ny rien résolu que je n’aye sceu vostre volonté tant pour cela que des cinq grilles de fer des croisées. Il demande aussy de faire ouvrir une baye de porte qui a esté murée, pour y prendre un jour sur le jardin à la ruelle de son lit où il veut faire un retranchement pour un cabinet de la grandeur de la ruelle de son lit retranché de tapisserye, en attendant que l’on face le plancher. Il demande que l’on mette un parterre de natte, croyant que cela sera long a faire, a cause qu'il a froid ; attendant cest accommodement, il demande a se loger dans l’une des chambres qui sont sur l'escalier qui est celle des valets de chambre et laquais de Madame, qui a veüe
sur la court et entrée dans la chambre où est Monsieur de Vauzel ; l’autre est celle qui est au dessus de la chambre des filles de Madame ; Monsieur le baron d’Horyon vous supplie très humblement qu'il puisse se pourmener quelque heure du jour dans la court ou jardin de l’enclos du chasteau ; Monsieur de Saint Aubin vous supplie aussy qu'il puisse voir quelques uns de ses parens et amys en attendant sa liberté qu'il espére par l'honneur que vous luy ferez d’en parler ; Monsieur Dorval est venu icy qui a fait espérer que vous luy serez favorable. Je croys que Madame vous aura informé des particularités, en la teneur de sa lettre, que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire. J'attendray l'honneur de vos commandemens avec une entière obéissance. Je prye Dieu qu’il vous conserve, Monseigneur, Vostre très humble et très obéissant serviteur, Du MoOULINET.
À Vincennes, ce X juillet 1641.
(Arch. des Aff. Etrang. France 1590, fo 3o1).
3° Monseigneur, Il n’y a encore rien de commancé en Ja
chambre de Monsieur de Saint Syrant, synon au parterre de natte qu'il a commandé luy mesme au nattyer, qu'il a fallu faire venir pour le contenter, et en a fait le marché à la thoize. Pour ce qui est du plancher il est venu un menuisier de la part de Monsieur de Mauvoye pour prendre la mesure dudit plancher pour le faire. J'ay sceu depuis que ça esté Monseigneur le Surintendant qui en à parlé a Monsieur de Mauvoye a la sollicitation de Monsieur d’Andilly qui donna à disné a mondit seigneur à Ponponne le 14 de ce mois... etc. |
Vincennes, ce 22 juillet 1641.
(Jbid. fo 305).
Le 6 septembre, Du Moulinet annonce la sortie « du sieur de Vauzelle et du sieur baron d’'Horyon ».
Le 20 septembre, il écrit: « Monsieur de Saint Aubin est sorty par vostre ordre le 17 du courant. M. de Saint Syran s'est logé dans la chambre où estoit M. le baron d’Horyon. »
Le 3 mai 1642, M. De Bry écrit à Chavigny :
« Monsieur l'abbé de Saint Syran se porte fort bien. »
En décembre 1642, après la mort de Richelieu, Chavigny envoie cet « ordre pour le Chasteau de Vincennes »:
€ M. de Saint Cyran pourra demeurer dans la chambre où 1l est. M. le Comte Philippe pourra s’aller promener dans le petit parc et M. de Saint Cyran dans le grand et dans le petit en prenant la seureté nécessaire. »
Enfin un rapport de Du Moulinet sur les dépenses du château contient cette mention :
€huit livres par jour pour la nourriture de M. de Saint Syrar »,
La dépense indiquée pour les autres « hôtes » du château varie entre 6 et 9 livres.
(Arch. des Aff. Etrang. France 1590.)
Zawer er M. Ouen: ExrRarr Des MMOIRES INÉDITS DE M. OLter.
« Un jour de la Purification de la Sainte Vierge (2 février 1636), après avoir prié quelque temps à l’oraison du matin en grande sécheresse, sans occupation quelconque du mystère, tout d’un coup je vis en esprit la Sainte Vierge qui me tenait dedans ses bras comme un petit enfant et me donnait à un prélat de grande piété qui était à genoux devant Elle, qui pourtant ne me reçut pas, et sans penser du tout qu’en ce jour Elle avait donné son Fils à Saint Siméon, et alors ces paroles me furent dites : « Il faut vous consommer en moi, afin que je fasse tout en vous ». Ces paroles se répandirent en mon cœur comme une cire fondue, et la réflexion du bonheur que cela me prophétisait me faisait répandre des larmes fort suaves. J'entendais par là qu'il fallait que je fusse en cet état pour répondre au dessein de ce prélat qui me faisait solliciter d'être son successeur par un de mes supérieurs (Saint Vincent de Paul), car Notre Seigneur m'en avait fait changer. Après cela j'entendis ces paroles: IT faut que tu sois lumen ad revelationem gentium ; » paroles que je n’entendais point ; car je disais que ce diocèse était parmi les chrétiens. Je ne savais point même qu’on chantât si souvent ces paroles dans l'Eglise ce jour-là, et ne m'en suis aperçu que quelques années après, étant instruit des biens qui se font en Canada, peuples gentils, et me trouvant lié de société comme miraculeuse à celui à qui Notre Seigneur à inspiré le mouvement et commis le dessein et l'entreprise de la Ville-Marie, ville qui se va bâtir au Canada dans l’île de Montréal. Je me suis senti toujours porté d'aller finir mes jours en ces quartiers, avec un zèle continuel d'y mourir pour mon maître. Dieu m'en fasse la grâce s’il lui plaît. Je continuerai tous les jours de ma vie à l'en solliciter ; qu’il soit béni à tout jamais |
Cette vue m'arriva après plusieurs mois de prières et de visites fréquentes que mon directeur me faisait faire à Notre-Dame, pour me mettre en état de connaître la volonté de Dieu qui devait être exprimée avec un peu plus de lumière qu’à l'ordinaire, à cause des grands défauts que ce second directeur (le P. de Condren) remarquait en moi, comme je pense, qui était homme éclairé comme un ange, et qui jugeait que la vocation n'était pas assez expresse pour passer par dessus les empêchements qu'il reconnaissait en moi, comme défaut de jugement, de conduite, de piété, de véritable zèle, de ‘science et d'expérience; bref de toutes les qualités nécessaires à cette condition. Joint que Notre Seigneur donnait bénédiction aux emplois des missions auxquels il m'avait occupé jusqu'alors ; ce qui me fit juger qu'il désirait
quelques signes positifs ou intérieurs ou extérieurs pour lesquels il me fit tant prier. C'était cette maxime-ci, selon laquelle il se conduisait, à savoir que dans les vocations communes, s'il y avait de notables empêchements il y fallait avoir grand égard, par exemple aux miens dans la vocation commune de ce prélat qui me désirait pour successeur, mais avec quelque échange, se trouvant incommodé à ce qu'il disait ; ou au contraire il ne fallait avoir égard aux empêchements, quand les vocations étaient manifestes et extraordinaires, ce qu'il eût voulu voir en ce rencontre pour boucher les yeux à mes imperfections et misères. Notre Seigneur disposera de moi selon son bon plaisir. Il me reste un grand estime de ce prélat depuis ce temps-là, il y a bien six ans ; ce qui était tout autrement en mon esprit auparavant, quoiqu'il me fît beaucoup d’honneur, et que j'en reçusse bien des grâces. Les saints entretiens qu’il me fit me touchèrent extrêmement, et surtout le premier où me parlant de Saint Ambroise dont j'avais l’idée de la vie dans l'esprit, il me fit tout fondre en larmes, tant j’estimais ce grand saint protecteur de notre bienheureuse Sœur Agnès, joint à ce qu'il m'avait apparu en songe avec Saint Grégoire dont j'ai toujours conservé grand respect.
J’ai toujours eu du depuis grandes tendresses pour sa personne, quoique auparavant j’eusse quelque aversion pour lui, À cause de cette poursuite que je n’agréais pas ; comme aussi parce qu'il me semblait qu'il me faisait perdre du temps à Paris, me sentant toujours pressé de m'en aller aux missions, dans lesquelles Notre-Seigneur m'avait donné bénédiction grande et à tous ceux que j'avais accompagné dans ces pays fort sauvages.
J'ai cru que notre Bon Dieu me faisait donner à ce prélat par la T. S. Vierge, parce que j'ai toujours eu le bien de vivre sous sa protection... C'est elle donc par qui j'ai été donné à ce prélat à genoux qui priait il y avait plusieurs années pour un successeur. (Il est homme de grande oraison). Les paroles qui me furent dites: « Il faut vous consommer en moi, afin que je fasse tout en vous », me signifiaient que je devais être consommé en Dieu pour soutenir cette charge, ce que je n'étais pas, et par conséquent qu'il n’était pas encore temps d’y penser ; d’où vient que je dis à mon P. Directeur (Condren) que je ne croyais pas que cette affaire se fît encore, mais que dans un an elle se ferait, espérant dans un an que Dieu me ferait la grâce de me consommer en lui, ce qui n’est pas encore, quoiqu'il y ait beaucoup d'années que notre Bon Dieu me l'a fait espérer. Je sentais donc que je n'étais pas en état de satisfaire À cette proposition, et me souviens même que comme mon premier directeur (St Vincent de Paul) qui avait bien meilleure opinion et espérance de moi que le dernier, s’entremêlait un jour de cette affaire, qui devait être celui de la conclusion, je me retirai pendant ce temps dans l’église de Saint-Germain-des-Prés pour prier notre Bon Dieu qu'il fit sa sainte volonté dans cette affaire :
alors je sentis qu’il m'unit à lui d’une manière si pure et si
intime et que je voyais si éloignée de mon état grossier et sensible, que j'ai toujours soupiré pour cette sainte ct pure union. Je ne sais si cela ne voulait pas dire la même chose que les paroles précédentes, à savoir que je devais être en cet état de pure, et sainte union avec Dieu pour pouvoir tenir cette sainte et divine condition (l’épiscopat).
Je le remercierai que me sentant délivré de cette affaire par la rupture qu’il plut à Dieu d'en faire, je commençai ma retraite pour me préparer à la mission d'Auvergne... »
(Manuscrits inédits du Séminaire Saint-Sulpice).
Lervre pu P. DE CONDREN A UN PRÉLAT SUR L'OBLIGATION QU'IL A D'ESTRE A TOUTE L'EGLISE ET À SON DIOGÈSE.
Monsieur, L’intention que j'avois, & que je pensois devoir avoir de me demettre en notre Assemblée de la charge, & de la conduitte de la Congr. m'avoit fait différer de vous escrire plus longtemps que le respect & les obligations particulières que Je vous ay de longtemps ne me doivent permettre. Il me sembloit que vivant en cette intention, & en la conscience de mon incapacité, je devois couler doucement le temps, & ne respondre en qualité de Supérieur, qu'en la nécessité précise, où l'intérest manifeste de la Congr. m'obligeoit. J'attendois à m'excuser envers vous, & à vous faire voir en mesme temps que j'avois eu raison de ne vous donner pas le conseil que vous m'avez fait l'honneur de me demander, en un poinct qui regardoit le corps de la Congr. puisque ce n’estoit pas à moy de le résoudre, & que mon estat & ma condition m'obligeoit à vous servir simplement, à vous obéir & à recevoir votre conseil, quand il vous plaira de me faire l'honneur de vous appliquer à me le donner. J’ay vescu jusques à la conclusion de notre Assemblée en cette disposition ; mais maintenant que l'Assemblée ne m'a pas voulu descharger, je vous diray, puisque vous m'y obligez, que l’honneur que vous faites à la Cong. de l’Or. de l'aymer & desl'es: timer vostre, ne vous dispense pas de l'obligation que vous avez à votre première vocation, mais au contraire elle vous doit porter à en rechercher la perfection comme vous faites, & vous y servir en tout ce qu'elle pourra. Nous sommes pour servir en qualité de Prestres, obligez par l'esprit du Sacerdoce, à la grâce & à l’authorité Episcopale qui vous oblige à l'Eglise, & non seulement à votre Diocèse, mais solidairement avec tout l'Ordre Episcopal partout où vous serez appellé. En tout lieu vous devez estre tout à tous, omnibus omnia factus. Sauf la perfection Chrestienne, & celle de votre Ordre & vocation particulière, vous devés vous aneéantir vous-mesme à l'exemple du Fis de Dieu pour vous conformer à eux, comme il s’est anéanti pour se rendre semblable aux hommes pécheurs, & comme il est sorty du Ciel & du sein de son Père par mission de son
Père pour un temps, demeurant tousjours en esprit dans le sein de son Père, & a mis son estat divin mesme en exinanition, vous devez en son honneur, & pour un temps mettre en exinanition, & cacher la part que vous avez en sa famille, . pour en obéissant à votre première mission, servir aux âmes qui doivent estre à luy, tout autant que votre mission le requiert, & sortir comme luy de votre centre & du sein de votre repos, y demeurant tousjours néanmoins en esprit & vérité, en une manière inconnue aux hommes, mais agréable à Dieu, & en ce fonds d'esprit les hommes ne doivent point séparer ce que Dieu a conjoinct. Il me semble qu’en cette disposition vous devez rendre à l'Eglise le service auquel vous estes appelé, & à R. & à A. (rt) & que vous vous devez donner pour cela au Fils de Dieu qui vous y appelle, & y travailler aïnsi avec luy, & en son esprit, & que nous devons en esprit y travailler avec vous ; .& quand avec Dieu vous le jugerez à propos, toutes nos maisons sont vostres ; & il me semble bien convenable, que comme Notre Seigneur s’est souvent retiré en sa vie en diverses solitudes pour vacquer à son Père, vous vous retiriez tousjours quelque temps de l’année en quelqu’une pour vacquer à Dieu, & vous remplir de son Esprit pour le respandre sur son Eglise; car il est la source, & vous n’en pouvez estre qu’un canal. Donnez-moy part par miséricorde à vos prières, & me tenez tousjours, etc.
(Recueil de quelques discours & lettres du R. P. de Condren, Paris, MDCXLIII. Lettre XXXVIII, p. 437).