‹ Sébastien ZametChapitre 81 sur 142 · VV. TU THS · texte numérisé non relu

VV. TU THS

Ce 25 février 1627.

Mon très cher Père en Jésus-Christ,

Il commence à nous bien ennuier de n'avoir point nouvelles de votre arrivée, et je crains que vous ne le soyez beaucoup de n’en point avoir de nous ; car en effet, tout ce que nous vous avons mandé n’est rien, et si vous n'’auriez rien davantage, Car je pe saurois tirer raison de personne.

M. de Langres est arrivé du mercredi des Cendres, mais nous ne l'avons point encore vu, sa fiebvre quarte et un fâcheux rhume le retenant au logis; si bien que nous n'avons encore rien résolu. Il est vrai que je pense que Dieu permet cela afin que nous ayons de vos nouvelles auparavant et sachions par vous, mon Père, l’air des affaires et ce qu'on vous aura dit.

Ma sœur la Coadjutrice (3) est encore à Maubuisson, où tout va très mal, à cause d'un confesseur que Monsieur de Cisteaux

(4) Sœur Geneviève le Tardif.

(2) Autographe.

(3) La Mère Agnès.

n’a pas voulu en tirer qui a rendu les anciennes si fâcheuses qu’on n’en peut rien tirer. Il ne vouloit pas seulement que les professes qui sont céans de cette maison retournassent ; et le tout de peur qu’on y establit l’abstinence qu’il a entrepris de détruyre.

Mad. la Duchesse de Longueville y envoya hier un homme en poste le menacer d’avoir recours au Saint-Père, s’il ne donne autre satisfaction.

Ma Sœur Geneviève Catherine a été extrêmement malade ; elle est un peu mieux et toujours dans ses souffrances intérieures, et avec cela sa fiebvre continue. Elle ne laissoit, de son ft d’où elle n’a levé depuis un mois, de gouverner avec autant de soin son noviciat comme en pleine santé, et toujours me demande de vos nouvelles, et vous supplie d’avoir bon courage. Ma Sœur Marie souffre aussi de son costé ; nous allons l’envoyer à Maubuisson, afin de faire revenir ma sœur la Coadjutrice que M. de Langres veut être ici pour parler de nos affaires.

Mes frères se portent bien, toujours dans les afflictions que vous savez. |

Au nom de Dieu, mon Père, ne perdez point d'occasion de nous donner de vos nouvelles, et priez, s'il vous plaît, Dieu pour nous.

Toutes nos sœurs qui ont le bien de vous connoistre vous saluent très humblement.

Je suis en Jésus-Christ :

Votre très humble et obéissante fille et servante,

Sœur MARIE ANGELIQUE

20 Lettre de Zamet à M. Féronr.

Nous donnons ici cette lettre de Zamet, à cause de sa date. Cette lettre, ainsi que celle d’Angélique, et les trois lettres de la duchesse de Longueville, partirent par le même courrier et supposent un accord entre Zamet, Angélique et la Duchesse.

A Monsieur, Monsieur Féron, Bachelier en Théologie à Rome.

RU Paris ice n1emars F027À Monsieur, Je vous écris seulement pour vous dire que je ne suis pas encore du nombre des morts; il est vrai que j'ay toujours ma fièvre, mais Dieu mercy, moindre qu'elle n’a esté. Pour l'affaire que vous sollicitez à Rome, tout le monde vous en escrit ; et vous verrez par les lettres qu’on vous envoye que Dieu a donné une fondatrice aussytost et telle que vous l'avez demandée ; et cela s’est fait avec plus de diligence que vous ne sauriez croire. Je pense que les lettres de cette bonne Princesse vous donneront courage et je croy que vous le devez prendre pour vaincre toutes les difficultés. Vous avez un bon guide que le R. Père Berthin qui ne vous laissera pas égarer. Je trouve que l’expédient qu’il vous a proposé est très excellent, et qu'il

le faut suivre, car par cette voie nous obtiendrons ce que nous tentions par l’autre. Mais il y a un point que je vous dis à Mussy devoir être le plus malaysé, et c’est l’assujettissement à des supérieurs particuliers autres que les ordinaires ; et néantmoins il le faut emporter et j'espère que Dieu favorisera vostre poursuite, si elle est constante, et faudra que Sa Sainteté se rende enfin, parce qu'il semble que cette unité de supérieurs sera plus due à un ordre qui doit adorer Jésus-Christ unissant les cœurs entre eux et avec son Père par le sacré mystère de l’Eucharistie qu’à aucun autre qui soit en l'Eglise. Je crois qu'on vous nommera lesdits supérieurs, à savoir: M. de Sens, M. de Paris, et celui que vous connaissez qui se rend à présent pour servir sous la conduite des deux autres. -

Quant à l'affaire de Tard, je vous la recommande aussi autant que je puis. Il me semble que cela se peut, vu que c'est une maison déjà fondée et dotée de bon revenu, maison, bâtiments et église, avec tous meubles nécessaires, etc. Il n’y a qu’à les comprendre dans le Bref ou la Bulle qui sera donnée pour l'érection de celle de Paris et ordonner qu'elles vivront comme celles: ci, observant mesmes règles, statuts, constitutions, etc. En quoy personne n’y a intérest que moi, vu que Sa Sainteté les a entièrement tirées de l’ordre de Cisteaux et soubmises à l’Ordinaire. Ce qui me le fait désirer est afin que ces bons religieux n’ayent jamais rien à démesler avec elles. Et en effet il leur sera moins honteux de les laisser là entièrement quand elles ne porteront plus aucunes marques de l'ordre de Cisteaux, et qu'elles auront passé en un nouveau que si elles demeuroient comme auparavant.

Je vous supplie, obligez-moi de parler de cecy au R. P. Berthin et d’aviser si cette proposition que je vous fais est raisonnable. Il faudra assujettir cette maison-là de Dijon aux supérieurs cy-devant nommés, afin qu'elles ayent union et entière correspondance avec celles d'ici.

Voilà ce que je vous écriray pour ce coup, et que je seray, à mon avis, en cette ville au moins jusqu’à ce que je sois tout à fait guéry. Je suis, Monsieur

Votre très affectionné serviteur, SEBASTIEN, Ev. de Langres.

Je vous remercie mille fois de toutes vos bonnes et saintes dévotions.

Si l'affaire de Tard est pour nuire ou retarder l'autre, je serois très marry qu'elle fust proposée, quoyque jugée fesable. (1) 30. — Lettre de la Mère Angélique à M. Féron. VV PUS: pi

Mon très cher Père en Jésus-Christ, Les vostres du 9 février nous ont apporté très grande joye,

(1) Autographe.

vous voyant arrivé à bon port en cette sainte cité, et que déjà le bon Père Bertin trouve expédient pour notre affaire. Je loue Jésus-Christ notre Seigneur de ce que dans la douleur que vous aviez de l’appréhension de la perte de M. de Langres, vous n'avez pas perdu courage et ce bon Dieu par sa miséricorde ne nous a pas envoyé cette affliction, comme vous savez desjà, si vous avez receu nos lettres par le dernier courrier comme je le croy ; vous recepvrez la bénédiction de ses lettres par le cour- Trier (1);

Quant au Révérend Père de Condren, je crois que c’est devant Dieu seul qu'il veut accomplir tant de belles promesses qu'il nous à faites et faict tous les jours, car au reste, il n’y a moyen d’en rien tirer ; et si véritablement il a désir extraordinaire de cette affaire et ne dit jamais la sainte messe qu'il ne l’offre à Dieu et j’ai une très grande foi à ses prières.

Or, mon Père, M. de Langres trouve l’expédient du bon Père Bertin très bon, et nous nous tenons assurée que Madame la Duchesse de Longueville voudra bien se rendre fondatrice ; de sorte que vous pouvez traiter l'affaire à cette condition; et nous espérons aussi pouvoir fournir quinze cens livres de rente perpétuelle et tout ce qu’il faut, car les richesses inépuisables de Jésus-Christ ne nous ont jamais manqué.

Quant à tirer ce monastère tout présentement de l’ordre de Cisteaux, nous le désirerions bien et espérerions bien faire consentir toutes nos sœurs; mais je pense qu’il faut encore un peu avoir patience, à cause de Maubuisson que nous ne pourrions plus secourir. Mais s’il y avait moyen de le tirer ce pauvre Maubuisson! Si vous saviez, mon Père, la misère et la peine, voire l'impossibilité qu'il y a à y mettre le bien sous M. de Cisteaux, cela est incroyable. Imaginez-vous que la bonne Madame la Duchesse de Longueville qui a une charité si extraordinaire pour le bien de cette maison et de toute autre que j'estime que Dieu lui a communiqué du zèle du grand Saint Louis son père, a envoyé deux courriers exprès à Cisteaux et a mesme faict escrire la Reyne mère du Roi, pour demander qu'on ostât un confesseur qui visiblement empesche les religieuses de se mettre à la réforme, et ne bouge de les entretenir depuis le matin jusques au soir; et la raison qu'il dit, c'est qu’elles sont neuf qui lui ont mandé qu'elles ont fait vœu de ne se point confesser À d’autres. Jugez, mon Père, la belle raison. Nous voudrions bien tirer cette maison, mais nous ne saurions maintenant, car les seize religieuses anciennes ne consentiront jamais, aimant trop les supérieurs de l’ordre qui les maintiennent dans leurs libertés.

Comme j'escrivois ceci, Madame la Duchesse est arrivée que la mère sous-prieure avoit disposée à notre affaire, de sorte qu'à l'instant avec une grande joye elle a écrit les trois lettres que je vous envoie avec les copies, et la vostre. Vous voyez

(1) Allusion à la lettre précédente.

comme Dieu travaille. Prenez de l'argent tout ce qu’il vous faudra. Mon frère le mande, à ce que je croy, à M. Marchant ; nous le rendrons soigneusement, Dieu aydant.

L'on dit quand nous aurons permission de faire notre monastère qu'il nous sera facile de faire associer nos sœurs du Tard. Quant aux supérieurs, absolument, mon Père, il faut que ce soit Mgr de Langres; cela est essentiel à l'affaire. Mon frère (1) est maintenant parti de Rome; nous l’attendons à Pasques. J'espère qu’il nous apportera de vos nouvelles. Vous avez bien fait de ne luy rien dire. Faites, s’il vous plaît, en sorte que le moins qui se pourra sache notre affaire.

Nos sœurs vous saluent très humblement.

Je vous supplie, mon Père, pour l'amour de J.-C. continuez à m'offrir à sa divine bonté. Je me suis trouvée toute indisposée, et qui pis est, je ne m’amende point.

Présentez, s’il vous plaît, nos très humbles recommandations au R. Père Berthin, auquel nous n'’écrivons pas, parce que ce ne seroit que l’importuner, car Mgr de Langres le fait.

Dieu vous conserve, mon Père, et vous fasse digne demie servir parfaitement.

Ce 12° mars 1627.

4o Lettres de la duchesse de Longueville (du 11 mars 1627)

Monsieur le Cardinal Barberin,

J'ay appris avec tant de joye la pensée que Dieu a donnée à de bonnes âmes d’establir un monastère à Paris en l'honneur du Saint-Sacrement, que je m'estimeray fort heureuse d'en estre la fondatrice ; et ay donné charge au sieur Féron, Bachelier en Théologie que j'ay envoyé à Rome pour ce subject, de vous représenter particulièrement toutes les considérations qui rendent ceste affaire favorable, et comme vostre zèle, et vostre authorité la peuvent extresmement avancer, je prends la liberté de vous en supplier de toute mon affection, et de croire que je conserveray pour jamais un tel ressentiment de ceste faveur

aue personne ne se dira plus véritablement que moy...

Monsieur le Cardinal Bentivoglio,

Le dessein que Dieu a donné à de bonnes âmes d'’establir un monastère à Paris en l’honneur du Saint-Sacrement me semble si favorable que je désire avec passion d'y contribuer en m'en rendant fondatrice. Pour ce subject, j'ay envoyé à Rome le sieur Féron, Bachelier en Théologie ; et scachant avec quelle joie vous embrassez toutes les affaires qui regardent la gloire de Dieu, je ne crains point de vous supplier de tout mon cœur de prendre un soing païticulier de celle-cy, et d'augmenter par cette faveur qui me sera si chère l'affection avec laquelle je suis...

(4) Henri Arnauld, futur évèque d'Angers,

Monsieur l'Ambassadeur (1),

J'estime tellement le dessein que Dieu a mis en l'esprit de plusieurs bonnes âmes d’establir un monastère À Paris en l’honneur du Saint-Sacrement, que je me tiendray fort heureuse d’en estre la fondatrice; et pour en poursuivre l’exécution, j’ay envoyé à Rome le sieur Féron, Bachelier en Théologie, avec charge de vous informer particulièrement de cette affaire, laquelle je vous supplie de tout mon cœur de vouloir embrasser avec une entière affection, et de croire que vous ne sçauriez en aucune autre m'obliger plus sensiblement, ainsi que j'espère de le vous témoigner, si se rencontre jamais occasion de vous faire voir par effects combien je suis. (2)

5° Lettres de la Mère Angélique à M. Féron.

Page 1