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Second dialogue de quelques bourgeois

Nous vous avons promis , NOSSEIGNEURS, de vous communiquer nos converfations fur vos opérations , 8c les moyens qui nous reftoient de remédier aux maux que vous nous avez faits 3 8c d’arrêter ceux que vous nous faites , qui deviennent tous les jours plus intolérables. Les incendies 8c les ravages qui détruifent nos Campagnes , ( fléaux qui vous font tous attribués ) femblent attefter la vérité d’un moyen dont vous vous êtes fervis pour faire retenir un de vos Députés pendant un mois dans une petite ville. ( Parce que vous redoutiez fes talens & fa fermeté dans votre aflemblée, ) Vous aviez donc perfuadé au Peuple qu’il voul°it faire mourir les enfans au-deifous de fept ans , 8c les vieillards au-ddfus de cinquante , mais , Messieurs , ce que nous éprouvons eft encore bien pire j car il eft évident que vous avez réfolu de faire périr les hommes de tout âge , les uns par les autres. N’eft-il pas vrai , Nosseigneurs, que fi vous détruifez les riches 8c les nobles , ils n auront plus de l’argent pour nous faire travailler ? N’eft-il pas encore plus vrai que les villes ne proçiu;fant rien par elleS'Çnêmes , fi les ncrn-r

Meffieurs ( locataires ) , & voici leur Vous dites que les Parlemens fon naturels de la Nation : qui peut do:

truire ? Ses Députés ne peuvent ai pouvoir que celui qu’ils tiennent d’eîlt î-elle commis pour cela ? Où eft let lion? Vous fentez donc que. nos Pari

veaux dogues que vous mettez en œuvre détrui-*fent les grains & toutes des denrées de la campagne , les villes crèveront de faim ? N’eft-il pas évident que pour arrêter les progrès d’un fi grand mal , il faudra que les habitans des villes s’afl'emblent , qu’ils falîént des battues , & tuent ces pauvres payfans abufés , cent fois plus malheureux que coupables ; & ne voilà-t-il pas bien démontré par le fait, que votre projet eft de nous détruire les uns par les autres? Et livrer enfuite nos malheureux reftes fans réfutance a l’ennemi ou à l’ufurpateur ? Le cœur ferré par Timpreiïïon de ces triftes vérités , dont nous ne pouvons plus douter , nous marchions triftement à l’iffue de vêpres vers le lieu de nos petites Affemblés , ayant à notre tête M. Grégoire , qui avoit , comme nous , les larmes aux yeux. "

Voilà mes amis , nous a-t-il dit , le bonheur qu’on nous avoit promis, nous en goûtons les premiers fruits.

Hélas! oui, M. Grégoire ; & le malheur encore , ce qu’ayant fait part de notre dernier réfultat à nos amis , ils nous ont dit que ce remede de recourir aux Parlemens ( qu’ils trouvoïent d’âilleurs fort bon ) n’étoit plus praticable , attendu que l’Affemblée redoutant fans doute i’aniinadverfion ou les pourfùites des Parlemens , jugés naturels de la nation 5 a commence par les détruire, & qu’ils n’attendent plus que le coup de grâce.

R. J’ai bien oppofé la même difficulté à nos

ii;

truire pouv< t-elle fion ?

avoir d’autre j or les aleur commif- Parlemens font

trop éclairés pour fe tenir détruits par une au* torité fi illégale , qui veut dire fi peu légitime*

Invoqués par nous , nos intrépides clélci eu;s fe feront une loi facrce de détruire ces defi uc* leurs, & de faire peut-être reflituer à la Nation, l’argent dont ils nous font payer notre propre ruine.

D. Cela eft bon , M. Grégoire , vous nous remettez le cœur au ventre fur cet objet } mais il fe prélente bién d’autres difficultés : ou dit que tous les Journaux de fes Meilleurs font pleins des Villes ou Communautés qui acceptent la nouvelle conftitution.

R. Les a - t - on afiemblées ces Villes ? Ces Meilleurs ont dans toutes des japeurs qui font ces acceptations au nom de leurs Concitoyens qui gemilîent. Si on y comptoit les voix , & mieux encore fi on les* peloit , le catalogue de leurs Acceptans feroit bien petit !

D. Et pourquoi ces fages Concitoyens fe contentent-ils de gémir , que 11e s’oppofent-ils aux démarches de ces japeurs ?

R. Parce que ceux-ci , qui font bien payés à nos dépens , agilTent fous l’autorité du jour 7 qu’ils ont des moyens qui ne font pas a la por*» tée des honnêtes gens } qu’ayant commencé par nous féduire , nous Peuple , ils fe fervent de nous comme des bêtes féroces qu’ils lâchent à volonté , comme je vous difois l’autre jour , fur ceux qui pourroient nous défendre j & qu’étant les plus nombreux , nous faifons peur à ceux qui auroient plus de lumières.

D. Il faudra donc fe corriger & revirer de bord , mais il nous reliera bien d’autres difficultés , on dit par exemple que le Roi confent à tout ce qui fe fait $ &c l’on a même annoncé qu’il devoit fe rendre dans l’Alfemblée pour lui en témoigner fa Jatisfa&ion. Si cela eft comment s'y oppofer l

K Le Roi eft libre ou il ne l’eft pas. On dit

qu'il" cil prlfonnier ; cela étant amfi , il ne doit

pas être le feul de fou Royaume prive du bénéfice de la Loi, qui déclare nul tous les engagements pris dans les fers ; & effeaivement , que peut-il vouloir ou ne pas vouloir dans les chaînes de ceux qui lui Ufutt le vain titre de Roi lui ont enleve dans le fait la royauté , ne lui accorderont la miférable exiftence qui leur eft encore néceffaire , qu’autant quil voudra ce qu’ils voudront, car il ne vit que pour cela, ma il vais plus loin , & je fuppofe qu’il le veut librement & En cérement , c’eft pour nous une ra fou très-forte d’invoquer l’autdnte de nos Par lemens , & de leur faire tout cafter, parce que de

‘leO»t'’tildl°malhe»,eur«m.». tombé «» démence , ou il fe fert de l’ombre de 1 autorité des Députés pour établir le defpotifme le plus abfolu. Dans le premier cas, il eft clair que l’Etat a befoin délateurs dir Roi j & à qui ce titre eft-il

VL^trdes HjS, Î

en 'même temps les plus fermesappmsdu Troue qui ont plufieurs fois fauve la Monarchie , & feuls , appuyés par nous , peuvent la fauver

€nDarns le cas où tout ce qui fe paffe feroit un effet de fa volonté bien réfléchie, il ny A.Pas u n L IJn fe fert du miniftere de rAftembîée pourTbitfe mus les Corps qui peuvent un plu tempérer fon autorité-, & dans - cas nos

^nSe-Æ’que difent nos Mef, fUD?Nous commençons d’en connoître la né-

teflité; cependant ces Parlemcns n'ont-ils rien à fe reprocher , & la Magiftrature n’a-t-elle befoui

d’aucune réforme ? ■ .

R. A Dieu ne plaife , que nos Meilleurs la, prétendent *, mais croyez - vous que la nouvelle Magiftrature qu’on nous prelente , ne fera fuceptible d’aucun abus j & ne croyez - vous pas, au contraire , qup leur feul mérite étant , par la nature du ferment qu’on exige pour y entrer , de foutenir les dilpofitions de l’ÂHemblee , iis y feront fixés pour toujours ÿ & que moyennant qu’ils rempliiïent cet objet, ces abus fe perpétueronr fans reflburce ? Mais qu’eftee que vous voudriez réformer dans l’adminiftration de la juftice ?

D. La trop grande longueur des procès.

R. Hé bien ! on peut en fixer la durée à un, deux , trois ans , félon leur importance ^ mais encore.

D. Le trop grand nombre des -juges qui nous ruinent en appointerons.

R. Croyez-vous que quatre-vingt-trois Départemens auront moins de Juges que treize Parlerons ? Mais d’ailleurs on peut les réduire.

D. On le pourroit fi ces Meilleurs vouloient y confentir ; mais vous voyez dans tous les cas quelle a été leur roideur , quand il s’eft agi de toucher leurs immunités j ils ne le voudi oient pas.

R. Ils ne le voudront , quant après qu’ils auront pris un état , donné leur argent pour cela , on viendra brufquement leur ôter l’un , & leur faire perdre l’autre $ mais quand au lieu de> rompre on voudra délier, qu’on attendra la vacance cies Offices par mort , la réduction deviendra facile , le rembourfement très-aifé & très-fûr , parce qu.il ne pefera prefque rien fur l’état } & aucun individu vivant , ni aucun héritier des morts , n’étant prive de rien , on y confentira fans peine.

D. Cela feroit bien long.

R. Hélas ! la vie des hommes eft-elle ù longue , qu’on ait à rédouter cet inconvénient ? ht d’ailleurs , croyez-vous qu’en matière de legil ation les opérations les plus brufques foient les meilleures ? Voyez ce qui nous arrive pour avoir voulu aller trop vite. La France eft couverte de ruines , & nous femmes tous en pleurs.

D, Et comment remédièrent vos favaus a 1 inconvénient de la vénalité des charges , qu’on trouve fi important de fupprimer ? . . ,

R. De la même manière qu on aura tait la réduftioiï des Offices , quand on aura fini cette première opération ( dont la neceffité ei. pour an bien douteufe ; car il y a quelquefois bien de la befep-ne pour tous) en la fuppofant indifpeniab.e , dès qu’elle fera finie , on pourroit continuer a rembourfer les Offices vacans par mort , ou par retraite , furvétérance , & choififfant pour le remplacement les meilleurs fujets dans le Barreau, qu’on préfenteroit au Roi pour les nommer.

D. Il nous paroît , Monfieur Grégoire , que ce feroit un bon moyen d’avoir une bonne Magiitrature ; mais cela fuppcfe la continuation du Barreau , & fans doute des Procureurs -, cependant ce font ces fuppôts de juftice qui rendent

les procès ruineux. , . u

R. Les droits du Roi contribuent bien a Jeucherté : quand ou les füpprimeroit , il fera toujours indifpenfable d’avoir des défenfeurs , fans quoi le fcible feroit toujours la viftime du fort; mais on peut les affujettir à des réglés qui mettent des entraves à leur cupidité : par exemple , établir que toutes les parties qui ferment en état de s’en paffer , pourraient elles-mêmes, plaider leurs caufes, foit verbalement , foit par, écrit. pour les autres , affujettir les Avocats a un tard raifonnable.

Ah ' Monfieur , qu’avez-vous prononcé là ? Le* Avocats fe prétendent un état libre ; ils ne «mien-, tiroient pas à un tarif.

R. Ils y confentiroient , s’ils étoient vertueux , & il ne/faudroit que de ceux-là, ce corps de t vaut fournir la Magiftrature ;• car nous ne pouvons pas nous diffimuler , que la trop Sran ® liberté conduit au libertinage , & le libertinage de cupidité , va plus loin que tous les autres : s’ils entendent bien les vrais intérêts de leur amour-propre , ils fendront qu’il eft bien indigne de leurs talens , de les proftituer a un mont il bas. ,

D. Vous fuppofez , Monfieur, les hommes te s qu’ils devroient être ; mais a les pren re te s qu’ils font , il y a à parier que les parties leroient bien mal fervies , fi la rétribution devoit être la même.

R. Je crois qu’il y auroit encore moyen de prévenir ce danger, en attendant, qu meilleur ordre des chofes les eût rendus ce qu us cioiven être ce feroit d’établir un honoraire double pour les défenfeurs gagnans * ils auroient tous p^r la intérêt à bien défendre , & cela pourroit .prévenir auiïi. l’abus criminel d’engager les partie?

dans de mauvais procès. . :

D. Et le Code , M. Grégoire , n’y a-t-il rien

à réformer?

R. Mes amis , vou* voudriez que je vous rendis là un compte au-deffus de ma portée ; nos Meilleurs difent feulement, que dans ce qu’on connoît du Code Criminel , nos auguites repréfentans femblent avoir agi pour eux- meme , tant ils ont adouci les Loix penales, & rendu difficile la conviâion des coupables. Helas. l’appareil des plus affreux fupplices ne peut les contenir. Que fera-ce quand ils feront enharais

jsar f Indulgence de la loi & la difficulté des

procédures ?

Croyez m’en , mes chers amis , rapportonsnous -en à ia prudence , à la délicatefie , à l’experience de nos Parlemens j comptez, que les âbus leur pefent autant qu’à nous.

D. Ils réformeront donc auffi les abus des ordres que vous voulez défendre 5 par exemple , fcuiique vous êtes d’avis de cpnferver les biens du Clergé j & vous nous avez fait fentir que Cela ell jpfle & important pour la Religion : friais vous conviendrez qu’il ferait efîentiel d’en Corriger la diftribution:, car il efl affreux de voir tant de fuperflu dans les uns qui ne font rien ,

*ant de mifere chez ceux qui travaillent.

R* Nos Meilleurs feraient bien charmés de vous trouver tant de juftefFe d’efprît : fo u venez vous de la divifion que nous fîmes dans notre demiere convention du bien des Evêques • s’ils ont l’efprit de leur état, ils n’en auront pas trop. Et pour les Curés pauvres & les Vicaires , Voici j fi j’en étois cru . comme j’arrangerais cela :

Il y à une grande quantité de gros Bénéfices fimples , comme Prieurés , Abbayes $ quand ils viendraient à vaquer, je ne les nommerais plus, 6c j’en appliquerais les revenus aux Congrues & aux Vicariats par maniéré de tontine, qui s’accroîtrait jufqu a ce que les Curés auraient 1500 liv. 6c les Vicaires 1000 liv. : en les chargeant , par parties proportionnées, des obligations des Bénéfices éteints , parce qu’il faut toujours remplir les intentions des Fondateurs.

D. Ces objets remplis , M. Grégoire , il resterait encore bien de ces Bénéfices j là feule Abbaye de Saint-Germain-des-Prés compléterait bien de Congrues ou Cures pauvres, 6c bien

de Vicariats 5 vous bifferiez donc fubfifter le* autres ?

R. Ces objets remplis , s’il en étoit befoin , je fuppoferois les Fondateurs bons citoyens ; & dès que les obligations qu’ils auroient impofées feroient remplies , comme nous l’avons dit , je croirois faire honneur à leur mémoire , que de les croire, s’ils vivoient dans la difpofition d'appliquer le furplus aux befoins de l’état , dans un temps de fi grande détreffe.

D. Vous avez raifon , Monfieur , de fuppritner le furplus de ces titres vacans par mort: ■( car il faut toujours refpeâer l’état des vivans , ) en vérité ces Titulaires paroiffent bien inutiles , & affichent un luxe bien fcandaleux.

R. Il n’en feroit pas ainfi s’ils avoient l’efprit de leur état, & s’ils ufoient de leurs revenus félon l’efprit de l’Eglife } mais c’efl: la faute de nos Rois. Ils ont voulu s’arroger la nomination aux grands. Bénéfices } ( car je parle auffi des Evêchés ) & de Ce moment-là , c’efi: la faveur , c’efi: l’intrigue , qui ont pris la place du Saint- Efprit $ & vous croyez bien que ces Titulaires n’ont pas été pris dans la claffe du peuple } à moins qu’on n’ait eu un intriguant ou un audacieux à récompenfer , tout a été pris dans les premières familles } quel moyens d’avoir de bons Apôtres ou de bons Chefs d’ordre ! Ces Miniftres portent fur les Sieges Epifcopaux le luxe, la mondanité , dans lefquels ils font nés} & de là la corruption générale , l’indifférence la plus criminelle fur tous les objets de la Religion & fa ruine.

D. Vous ne voudriez donc pas de Nobles , c’efi: bien là l’efprit de notre augufte Affemblée ?

R. Je voudrois tout au contraire , qu’à mérite égal , la Nobleffe eût la préférence 5 mais

je voudroîs que ce fût une Affembléè Dîocéfaine de Curés , de Bénéficiers qui jugeaffent de ce mérite , parce qu’ils font à portée de le connoître \ & fi on vouloit confier ver au Roi l’honneur de les nommer, je voudrois que cette' Afièmblée lui préfentât ces Sujets bien choifis. J’aurois voulu que nos Députés , au lieu de voler le bien du Clergé , enflent établi ces bonnes réglés } & alors nos enfans , comme ceux des Grands , pourroient y prétendre , puifque les vertus & les talens décideraient feuls. Ah • fi le Roi favoit le mal qu’il .. s’eft fait en négligeant les intérêts de la Religion ! le monflre à qui l’on a proftitué le nom de philofophie moderne ne lui feroit pas aujourd’hui la barbe, ainfi qu’à nous. Mais , mes amis , nous parlons de ceci comme de la pluie & du beau temps nous ne fommes pas de Légiflateur^ : avez- vous quelque autre obfiacle à oppofer au parti que je vous propofe , de donner nos pouvoirs aux

Parlemens? .

D. Oh oui , deux très-grands y je ne fai fi vos Meilleurs en ont parlé , 8c s’ils vous ont mis en état de nous répondre. Premièrement , nos Gardes Nationales j comment voulez-vous arracher à nos jeunes gens leurs uniformes 8c furtout leurs cocardes qui leur pîaiient tant ?

R. Et pourquoi les leur arracherj il n’y a qu’à les changer de couleur. Ees oardes Nationales font très-utiles, & feront la fûreté & la décoration de nos Villes, pourvu quelles foient bien dirigées. Quel eft le fécond obftacle dont vous vouliez me parler ?

D. Il efl bien plus fort que le premier 5 comment , je vous prie , févrer les troupes de cet argent qu’ils ont» reçu 8c reçoivent tous les jours pour les corrompre ?

R, Comment , mes amis ! En leur faifant un

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