II
traitement qui les mette au-defîus de ce genre de corruption ; en rendant les Compagnies aux Officiers, qui, dès ce moment, feront les peres de leurs Soldats , les guideront dans le chemin de l’honneur , & leur apprendront que leurs premiers fermens étant au Roi, ils lui doivent toute leur fidélité } en rendant les grades aux corps qui , par ce moyen, les regarderont comme leur domaine, & vous reffufciterez les motifs d’émulation dont la ceffatiou les a jettes dans une indifférence fur tout, que la mauvaile politique de les eu priver a bien meritee.
D. Ne pourrons-nous vous faire convenir moins que vous prendriez mal votre temps , pour Une agmentation de paie , lorfque le trefor pu c eft épuifé , & qu’on n’a plus de reffource pour y
fuppîéer ? . . .
R. Les Troupes qui n’ont pas de quoi vivre peuvent-elles ordonner à leur eftomac d attendre ! Mais je vais propofer un moyen de leur appliquer une épargne fûre : faifons nos procurations aux Parlemens , comme je les propofe , chacun dans fon reffort , & appliquons aux Troupes une quinzaine de millions que l’Affemblée nous coûte par an , fans compter les préfens énormes qu il taut faire pour nous faire détruire , & les paiement des Émiffaires, des Efpions dans toute la France , nous rendrons l’emploi de fimple Soldat un objet d’émulation. ' ,
D Mais les Parlemens vont a leur tour devenir
nos Maîtres ; & voilà bien l’Ariftocratie dont on
parle tant. ; .
R. Ils en mériteroient au moins mieux le nom ,
car ils gouverneroient ; & ce feroit abufer du mot que de l’appliquer à ceux qui fuient , qui lont proferits , & qui ne gouvernent rien } & cette application faite par ceux qui gouvernent tout politiquement. Quelle pitié ! Quand aux Parlemens ,
ils n’auroient d’autorité que la nôtre ; & il n’arrîvd pas fouvent d’en voir reculer les limites , autant que l’ont fait nos Très-Illuftres ; en tout cas , je penfe, que guidés par les deux Ordres , que nous avons l’aveuglement de combattre , nous ne pourrions jamais faire auffi mal qu’eux , & puis , fi l’on étoit capable de tromper encore notre confiance , à refaire par rapport à eux.
D. Nous devenons bien importuns, M. Grégoire 5 mais vous nous paroiflez avoir fi bien faifi la politique de vos locataires , que 11c s avons bien du plaifir à la trouver fi pleine de ratfoii : levez-nous encore queîqu’obftacle que nous trouvons à votre plan : les chofes font bien avancées , Sc il y a bien de l’entêtement : on dit que MM. les Députés ont déclaré qu’ils fie laifferoient écrafer par les voûtes de leur falle , plutôt que de revenir fur leurs pas : que faire !
Il n’eft pas nécefiaire d’attendre cet a<fte de raffon de leur part } ils ont fait divorce avec elle, encore moins de rien détruire : c'eft un honneur que nous leur ! aillons , & dont iis ont bien ufé ! Nous favons , d’après ce qu’ils s’écrivent euxniêmes, fous le nom de l’Abbé Raynal , que Ce n’efi pas en fe couchant au travers d’un torrent qu’on l’arrête j mais on peut doucement en détourner la fource & le cours , & c’eft ce que je vous propofè.
D. Attendez un peu , je vous prie : & que ferezvous de la promefïe que le Roi vient de faire , & du ferment que ceux qu’on appelle Ariftocrates vont prêter , de foutenir la nouvelle Conftitution ?
R. Ôu ce ferment eft forcé ? ou il eft criminel 5 l’un & l’autre n’impofènt d’autre obligation , que de le rétra&er le plutôt que cela fe pourra : c’eft ici la place d’une réflexion bien fimple. Si ces admirables Légiflateurs nous préparent tant de bonheur , pourquoi tant de moyens pour nous le faire
adopter ? Pourquoi donc employer tantôt l'argent,
( oui dans ce moment avoit bien un autre emploi ) tantôt les poignards , tantôt les terreurs paniques dans tout le Royaume , tantôt les incendies \\ & au bout de tout cela encore , le ferment , & ferment
forcé ! ;
D. Un moment , Moniteur, nous n avons pas
ouï-dire qu’on ait forcé perfonne.
R. Non pas dire&ement , mais il l’eft fous peine de voir tout faccagé , de livrer tout un peuple a leurs agents } fous peine de voir incendier (X piller tous les châteaux , fous peine d être peut-etre foi-même pendu à la lanterne : & ce neft pas ua
ferment forcé ! . . ,
D. Mais au moins n’eft-ii pas criminel.
R.I1 ne Tell pas , parce qu’il eft force > car , d ailleurs pourroit-on jurer de foutenir une Conftitution qui renverfe toutes les loix antiques de lEtat ? tant divines qu’humaines ?
D. Et en quoi les divines ?
R. En admettant comme indifférents tous les cultes , au moins quant à l'état civil , dans un Royaume qui fe conduit depuis quatorze necles , par les maximes d’un Évangile qui n’en connoit qu un.
D. En quoi les loix humaines? . v
R. En renverfant toutes les loix conltitutives de l’État , en violant tous les droits les plus facrés de
D Votre réponfe fur ces loix divines donne lieu à un nouvel obftacle. Nos freres féparés croient que la révolution leur eff li favorable qu ils la fou-
tiendront toujours. . ,
R Ils ont tort s’ils font juftes ; ils conviendront que tout ce qu’elle leur accorde , leur étoit accorde avant qu’elle n’eût lieu ; & c’étoit aux Parlemens qu’ils en étoient redevables. Il y avoit bien longtemps que les Parlemens ne jugeoient plus aucun*
des querelles que des collatéraux avides faifoieat aux fiiccefïïons de leurs enfans : mais ils font Citoyens j ils font Propriétaires ^ ils pourront être quelques jours les viéfimes des atteintes que les nouvelles loix portent aux propriétés.
D. En prenant , M. Grégoire ? le parti que vous propofez , le Roi n’auroit donc plus befoin de Miniftres ?
R. Et pourquoi voulez-vous qu’il puiffe s’en paffer ? Voulez-vous qu’il exécute tout par lui-même ?
D. Nous voilà donc tombés dans la même difficulté de les bien choifir : ce font eux qui ont perdu le Royaume par les abus d’autorité.
R. On peut les aifujettir à la reiponfabilité pour prévenir ces abus. Mais d’ailleurs la circonftance n’a jamais été fi favorable pour en avoir des bons : ce malheureux bouleverfement n’a eu que cela de bon , qu’il a été une. pierre de touche pour bien connoître les hommes : croyez-vous que ceux qui ont il bien ma*nifefté la réunion des talens fupérieurs & des vertus fnblimes 9 comme un Laly- Tolendal ? un Mounier , &‘c. &c. . . . feroient de mauvais Miniftres ?