CONCLUSION
Moniteur Grégoire , il y a déjà long - temps que vous prêchez des convertis ^ mais nous avons été bien aife de profiter des lumières que vous avez fi heureufement tiré de vos " Savans. Nous allons travailler de toutes nos forces à les faire paffer à nos chers Compatriotes , à nos enfans qui font leur tour de France } nous, fentons la vérité de tout ce que vous nous avez dit : nous voyons que nous avons malheureufèment fervi d’inftrument à la ruine d© la France $ mais on nous a égarés & féduits \ nous en fommes innocens , & nous en fommes les vidimes. Si non?
étions un peu moins légers , nous n’aurions pâi oublié que la première , ou une des premières opérations de l’AlTemblée , fut d’anéanttr nos privilèges & nos maitriiès '•> & que n ayant © e foutenir cette démarche , à caufe du beioin qu on avoit de notre bras, nos maîtrifes & privilèges les trouvent détruits par l’effet de 1 anarchie 5 nous Tentons de quelle importance il eft de nous réunir à tous les Ordres, pour agir de concert^ & faire face au terrible orage qui s’elt eleve fur la France, ne fouffrons pas que 1 agiotage, qui a fait tant de fortunes fcandaleufes , achevé de pomper le fang des Provinces -, & quand il feroit auflî vrai qu’il eft faux que les biens du Clergé appartinfent à la Nation , ne fouftrons pas qu’il rempliife cet odieux objet. La dette nationale ne fera jamais plus en fûreté que fous la fauve-garde de la Nation. Quand toutes les êlaffes feront contentes , 8c que tous leurs intérêts feront ménagés , on peut , on doit en attendre l’acquit des nouvelles importions.
Que l’indigne Apôtre de Fagiotage porte feu! la peine de fes infra^ions. aux réglés 8c aux devoirs de fon état. Nous fommes Nation } que chacun dans fon reffort retienne la partie qu’il renferme } c’eft notre patrimoine c’eft rétablit fement de nos enfaris , le débouché des familles , la relfource de l’indigence, la portion du Seigneur , dont on veut détruire le Culte.
Monfieur Grégoire Mes amis , vous
me transportez , allons au Roi , dont la fituaîion nous couvre d’une honte éternelle , mais allons-y éclairés par le véritable patriotifme \ notre bras , mallieureufement égaré , a contribué plus que tout au renverfement de l’autorité légitime , donnons-nous la gloire de la rétablir 5 Sc pour cela , à la Nobleffe 3 au Clergé , 8c tous*
cnfemble aux Parlemens : confervons, maintenons ces colonnes du Trône 8c de la liberté.
O ma Patrie ! puilTe ce retour de zele , que je te paie , peut-être au péril de ma vie , te fervir de don patriotique , 8c te profiter.
Voilà, NOSSEIGNEURS, le réfultat de notre fécond entretien , dont je vous avois promis la communication } s’il en furvient quelqu’autre , 3’aurai l’honneur de vous en faire part. Mais eu ïécompenfe de ma fidélité à cet égard , permettez-moi quelques réflexions en forme de plaintes refpeéhiepfes. Nous vous avons fèrvis , comme on dit , fur les deux doigts 3 vous devez vous-même être étonnés des fuccès que nous vous avons procurés , par notte aveuglement 8c la facilité avec laquelle nous avons reçu votre propre barbarie \ nous méritions d’être traités avec plus de confiance. Que ne nous difiez-vous , par exemple , que vous nous feriez travailler au fuccès du projet de l’année derniere , pour la chiite duquel nous brûlâmes , en ligne de joie , l’éfigie de M. de Brienne dans toute la France 5 6c vous nous avez fi bien traités en moutons , que vous vous êtes contentés d’y changer feulement les noms.
L’année derniere le defpotifme miniftériel vouloit détruire les Parlemens , comme gens incommodes , qui voient trop clair } mais alors ils furent foutenus par les trois Ordres , qui en connoiffoient le prix. Un autre Miniftre a fuccédé à celui-là , qui a eu le même efprit , & a dit : il faut abattre les deux premiers Ordres , 8c pour cela, il faut fe fervir du troifîeme pour les divifer 5 & pour que le peuple n’y connoiffe rien , il faut lui appeller Départemens 6c Diftriéh , ce qu’on lui appelioit grands 8c petits Bailliages \ il faut lui appeller Affemblée Nationale , Commiflion intermédiaire, ce qu’on lui avoit .appelle Cour Plé~
'niere \ cc fera allez bon pour le peuple , que nous récompenferons en promclfes. Les remplira qui pourra } nous lui dirons qu’il fera égal à tout le monde , & nous lui laiderons le foin de fe faire tel s’il peut \ qu’il ne payera rien , & nouâ le mettrons dans le cas de fupporter feul la partie que le Clergé & la Nobleife s’engageoit à payer dans tous leurs cahiers , parce que nous nous emparerons du bien de l’un , & que nous lui ferons détruire l’autre. En vérité , NOS- SEIGNEURS , il a fallu vous fuivre bien exactement , pour connoître tout cela , vous nous avez dit, pour nous encourager & nous enhardir , vous ne payerez rien , & vous etes mille
contre un Noble ou un Prêtre. Nous calculons un peu par réflexion , & nous difons : fi nouâ Tommes mille contre un , comment faire fupporter à cet un ruiné & dépouillé , les contribua lions de mille ? N’eft-il pas plus apparent que nous ferons obligés^ de fupporter , tous ruines que nous ferons , par la privation des fruits de notre induftrie,la quote-part de ce mille &: unième* car l’Etat a plus befoin que jamais de fes revenus.
Tenez ^NOSSEIGNEURS, vous & nous avons un peu perdu la tête dans tout ce margouillis 5 aux Parlemens , fi vous m’en croyez * pour dévider cette grande fufée.