ONZIÈME LEÇON
Le savant et ses petites-filles. La fable du Soleil et du Vent. Le bouton et l'habit. La lune. Bonne nuit ! 91
PREMIÈRE LEÇOK
Voilà une véritable scène rustique (= rurale). Cette vue (= scène) m'inspire le désir de quitter la ville où la chaleur est insupportable. Vous avez raison1 (= c'est juste), il faut (= il est
1 Notez qu'on dit avoir raùon. (Cf. Premier Livre, p. 41, n. 4.)
nécessaire de1) partir2 tout de suite (= immédiatement). Nous, nous partirons demain.
En été, les pierres3 des trottoirs4 et les briques5 des maisons de la ville retiennent6 la chaleur, et il fait7 si chaud dans la rue ! A cause de cela (== pour cette raison) nous préférons la vie rustique (= campagne) dans la saison chaude.
C'est bien juste (= vous avez bien raison), mon ami; c'est à la campagne8 que la nature nous enchante. Elle y9 est toujours (= tous les jours) active10 et nous y prépare les plus grands plaisirs, les joies (= jouissances) les plus vraies11 de notre vie (= existence). L'air de la campagne est plus frais; les fleurs et les plantes exhalent une odeur agréable et un parfum dé-
1 U faut est la 3ième pers. pi. ind. prés, du verbe irrégulier et impersonnel (inf . falloir ; imparf. fallait ; part, passé, fallu) 2 Partir (partant y parti), c'est-à-dire quitter la mile. 3 Les rocs ou rochers sont de la pierre ; le diamant est une pierre précieuse. 4 Le trottoir est cette partie un peu élevée, de chaque côté de la rue, sur laquelle marchent les gens (= personnes). Les garçons qui ont des échasses, page 43 du Premier Livre, sont sur le trottoir. 5 Beaucoup de maisons sont construites en briques, espèce de pierres artificielles de couleur rouge. 6 De retenir (retenant, retenu). Le présent est: je retiens, tu retiens, il retient, nous retenons, wus retenez, ils retiennent. 7 II fait pour il est. Cf. P. L., p. 65, n. 2 ; et p. 73, n. 3. 8 La campagne, par opposition à la ville, est la terre cultivée, les champs, les bois, etc., avec des villages, etc.
9 Elle y est, c-à d. A la campagne elle est, etc. (Cf. P. L., p. 67, n. 1).
10 Active est le fém. d'actif: les mots en /forment leur fém. en changeant / en ve. u Les plus vraies est le superlatif. O n forme le superlatif en mettant l'article défini ou T adjectif possessif devant le co rnp arat if Par exemple : positif: grand; comparatif: plus grand; superlatif: le plus grand.
DEUXIEME LIVKE. 11
licat et vivifiant. Tout y enchante l'homme des villes1 fatigué de ses travaux.2 La vie rurale est plus isolée, plus tranquille,3 plus simple que celle4 des5 grandes villes. Après tout, " la simplicité de la vie pastorale et champêtr e," (= rustique), comme dit6 Jean-Jacques Rousseau,7 "a toujours quelque chose qui touche."
La gravure en tête de la leçon nous représente la campagne, n'est-ce pas, monsieur? Oui, cette scène rustique nous représente la campagne. Et la maison dans le 1 o i n tain,8 à droite, est-ce que vous la voyez9? C'est une ferme.10 Et ces hommes qui travaillent, qui sont-ils? Ce (= ces hommes) sont des ouvriers (=. travailleurs) .que le fermier emploie11 pour cultiver ses terres.
Encore une question, monsieur le professeur:
1 Prononcez vi-les. 2 Travaux est le pluriel de travail. (Cf. Gr., 5f 00.) 3 Prononcez tran-qui-le. 4 Celle est le fém. sing. du pronom démonstratif celui. 5 Des n'est pas ici l'article partitif, mais la contraction ordinaire de l'article défini (les) avec la préposition (de), parce qu'on parle ici de toutes les grandes villes. 6 De dire, (disant, dit). Le prés, est : je dis, tu dis, il dit, nous disons, vous dites, il disent. Le sujet (J.-J. Rousseau) est placé après le verbe parce que le membre de phrase commence par comme. Voyez Gr., ^f 00. 7 Rousseau (Jean- Jacques) est un auteur célèbre (1712-1778). Il a écrit des livres sur 1' éducation et la p h i 1 o s o p h i e. 8 Lointain — distance. 9 De voir (voyant,, vu). Le prés, est : je vois, tu vois, il voit, nous voyons, vous voyez, il voient. 10 Une ferme est une maison à la campagne, avec dépendances, disposée spécialement pour la culture de la terre. Le fermier habite la ferme et dirige les travaux de la ferme. u Emploie est du verbe employer. Dans la conjugaison de la plupart des verbes en yer, l'y se change en i devant un e muet. Ex. f emploie, tu emploies, U emploie, nous employons, etc. Voyez Gr., % 00.
comment appelle-t-on1 ce grand espace de terre devant la ferme où les ouvriers travaillent ? C'est un pré (= une prairie). Que produit le pré ? Il produit de l'herbe. Je ne comprends2 pas ce mot herbe. Eh bien, écoutez (= faites attention).
Depuis3 le printemps jusqu'à4 la fin de l'automne la terre est ornée de couleurs diverses; mais le vert5 domine. L'herbe couvre6 les prés; c'est un véritable tapis vert, qui [re]couvre la terre pendant la plus grande partie de l'année. Mais en hiver on ne voit souvent (= fréquemment) qu'une seule couleur ; la terre est blanche7 comme vous le voyez dans la gravure à la page 51. Mais revenons8 (= retournons) à notre sujet.
Le fermier a coupé l'herbe. Coupé, qu'est-ce que c'est ? Vous le savez,9 on coupe avec un couteau.
Voilà un couteau et une
fourchette;10 et Voilà Un couteau et une fourchette.
1 Appelle est du verbe appeler. Un certain nombre de verbes en eler, eter, doublent l ou t devant un e muet : Nous appelons, il appelle. Cf. Gr., If 00. 2 De comprendre (comprenant, compris). Le prés. est : je comprends, tu comprends, il comprend, nous comprenons, vous comprenez, Us comprennent. Cf. P. L., p. 52, n. 1. 3 Depuis = de, en parlant du temps. Depuis ce moment = de ce moment. 4 Jusqu'à . . . Cf. P. L., p. 46 et p. 50. 5 Le vert, c-à-d. la couleur verte. Les adjectifs de couleurs sont ainsi souvent employés substantivement : le bleu, le jaune, etc. 6 De couvrir (couvrant, couvert). Le prés, est : je couvre, tu couvres, il couvre, nous couvrons, vous couvrez, Us couvrent. 7 Blanche est le féminin de blanc. 8 Impératif lière pers. pi. de revenir {revenant, revenu). 9 De savoir (sachant, su). Le prés, est : je sais, tu sais, il sait, nous savons, vous savez, ils savent. 10 Une fourchette (— petite fourche) est un ustensile de table à trois ou quatre dents.
un couteau et un canif. Mais lequel des deux instruments représentés dans la dernière gravure est
. Un couteau et un
le couteau ? Le plus petit avec deux canif.
lames1 est un canif. L'une de ces lames est ouverte,2 et l'autre est presque3 fermée. Le couteau n'a ordinairement qu'une4 lame. On s'en sert5 (= on l'emploie) principalement à table pour couper. De6 quel instrument le fermier se sert-il pour couper l'herbe? H peut7 la couper avec une faux; mais en Amérique, généralement, et aussi dans les grandes fermes en France, on coupe maintenant l'herbe avec une machine. Pourquoi? Pour gagner8 du temps9: l'économie du temps est un véritable gain. Cette machine
1 La partie d'un couteau (ou d'un canif) avec laquelle on coupe est la lame; la partie par laquelle on tient le couteau s'appelle le manche. 2 D'ouvrir, cf. couvrir, p. 12, n. 6. 3 Presque = pas complètement. 4 Ne ... que — seulement. Cf. P. L., p. 76, n. 2. 5 On se sert (— on emploie) est de se servir {servant, servi). Les verbes réfléchis (ou pronominaux) se conjuguent avec deux pronoms de la même personne. Le premier pronom je est le sujet, et le second (me) est le régime ou complément qui se met devant le verbe. Le prés, est : je me sers, tu te sers, il se sert, nous nous servons, etc. (Cf. P. L., p. 61, n. 2.) A l'impératif, les verbes réfléchis conservent le pronom régime qui se place alors après le verbe, e. g. reposez-vous ; repose-toi. 6 Notez que la préposition de est employée avec se servir (de). 7 De pouvoir (pouvant, pu). Le prés, est: je peux, tu peux, il peut, nous pouvons, vous pouvez, ils peuvent. 8 Gagner est dérivé du substantif (le) gain. 9 II faut se rappeler que l'heure, le jour, etc., sont des divisions du temps. Cf. P. L., p. 75.
Une faux.
COUBS DE FRANÇAIS.
Une faucheuse.
appelée faucheuse fait1 e travail bien plus vite ^quelafaux: le progrès que ^l'on a fait dans la fabrication des instruments d'agriculture est un grand bien (=gain)pour l'humanité (= la race humaine).
Quand l'herbe croît2 (= pousse) sur la terre, elle est verte; mais lorsqu'elle est coupée, on la laisse [étendue] quelques jours par (= sur la) terre au soleil. Le soleil la sèche3 et en change la couleur ; de verte elle devient4 jaune. Cette herbe ainsi (= de cette manière) changée et séchée s'appelle du foin. Le foin sert à nourrir le bétail (= les animaux de la ferme). Mais, monsieur, on emploie aussi un autre instrument sur le pré. Regardez cet homme à gauche, quel instrument a-t-il dans les mains? C'est un râteau. L'herbe fauchée (= coupée avec la faux) est ramass é e (= réunie en tas) avec le
Un râteau.
1 De faire {faisant, fait). Le prés, est : je fais, tu fais, il fait, nous faisons, vous faites, ils font. 2 De croitre, (croissant, cru). Le prés, est: je croîs, tu croîs, il croît, nous croissons, vous croissez, ils croissent. Cf. connaître, P. L. , p. 40, n. 8. 8 De sécher. La racine de ce mot est l'adj. sec (fém. sèche). Un objet pénétré par l'eau ou l'humidité est humide ou mouillé, mais quand l'eau se retire, il sèche. 4 De devenir. Le prés, est : je deviens, tu deviens, il devient, nous devenons, vous devenez, Us d viennent. Cf. tenir p. 10, n. 6 et P. L., p. 59, n. 1.
DEUXIEME LIYEE.
râteau. Vous voyez plusieurs petites hauteurs (= élévations) sur le pré: ce sont des tas de foin. Pouvez-vous compter combien de tas il j a. J'en vois cinq ou six anprès de moi.
Est-ce que tous les moissonneurs1 dans ce pré ont des râteaux ? Non ; on a coupé l'herbe avanthier, puis (= après) on l'a râtelée (= ramassée avec le râteau). Aujourd'hui, deux des moissonneurs ont encore des râteaux ; mais les autres ont une fourcha1 dans les mains, et ils mettent3 le foin sur le chariot. Qu'est-ce qu'un cliariot? C'est une espèce de véhicule à quatre roues qui sert à transporter le foin et les grains dans les granges4 ou greniers de la ferme.
Et les jeunes filles et le petit garçon (dans la première gravure de la leçon) que font-ils dans le pré? Ils cherchent à5 se rendre utiles6 en apportant7 le repas8 afin que9 leurs grands frères n'interrompent10
1 Les moissonneurs sont spécialement les ouvriers qui travaillent en été dans les fermes pour récolter (= moissonner) le foin et les différentes céréales : ils font la moisson. 2 Une fourche est un ustensile en bois employé pour mettre le foin sur le chariot, etc. Cf. p. 12, n. 10. 3 De mettre (mettant, mis). Le prés, -est : je mets, tu mets, il met, nous mettons, vous mettez, ils mettent. 4 La grange est le b a t i m e n t (= la maison) où est le grain. 5 II cherchent (à) — ils font effort pour. 6 Utile, c-à-d., qui rend de grands services. ' Apportant est le participe prés. Rapporter qui signifie porter à. 8 Le déjeuner (le matin), le dîner (à midi), le souper (le soir), sont des repas. 9 Afin que, locution conjonctive qui veut dire dans cette vue que. 10 Du verbe interrompre. v
Une rone.
pas leur besogne1 (= travail, ouvrage). Car (= en effet), pendant que les hommes travaillent et chargent2 le chariot, les femmes à la maison préparent le dîner pour leurs maris3 et leurs fils aînés.4 Les garçons cherchent encore (= aussi) à se rendre utiles en râtelant le foin qui reste et qui n'a pas été ramassé dans les tas. Et, quand le foin aura été5 en t a s se sur le chariot, ils grimperont6 dessus7 et rentreront ainsi (= de cette manière) à la ferme.